Toute écologie sérieuse est anticapitaliste

En finir avec les illusions suicidaires de la croissance verte, du développement durable et autre avatar du capitalisme

par Les Indiens du Futur.
Mis à jour le mercredi 2 octobre 2019

💥 Qu’est-ce qu’un besoin artificiel ?

C’est d’abord un besoin qui n’est pas vital. Se nourrir ou se protéger du froid, par exemple, sont des besoins dont dépend la survie de l’être humain. Ils ne sont pas satisfaits pour des millions de personnes à travers le monde, alors que nos sociétés auraient largement les moyens d’y pourvoir. Mais il existe des besoins essentiels qui ne sont pas pour autant vitaux. André Gorz les appelle « besoins qualitatifs », Agnès Heller « besoins radicaux ». Ils sont définis historiquement.

il existe des besoins essentiels qui ne sont pas pour autant vitaux

Quelqu’un qui n’aurait jamais voyagé à notre époque serait privé d’une dimension essentielle de la vie moderne. Ce n’était pas le cas dans les sociétés passées. Voyager est un besoin culturellement construit, mais qui est devenu essentiel avec le temps. Le problème est que certains de ces besoins « qualitatifs » ont des conséquences environnementales désastreuses. Les avions low-cost favorisent la démocratisation du voyage, mais accroissent considérablement les émissions de gaz à effet de serre. Ils contribuent aussi à la standardisation du tourisme, forme d’aliénation s’il en est.

Ce qui compte comme un besoin légitime est l’enjeu de débats. A l’exception des besoins vitaux, qui ont un caractère « transhistorique », cette définition change selon les époques. La dimension politique des besoins est manifeste au moment où la transition écologique force à réexaminer ce que nous considérons comme des besoins essentiels.

Tout écologie sérieuse est anticapitaliste

💥 D’où viennent ces besoins artificiels ? Du capitalisme.

Pour Marx, le capitalisme repose sur une double logique : le productivisme et le consumérisme, qui sont étroitement imbriqués. On produit des marchandises toujours nouvelles, qui sont déversées sur le marché afin d’être consommées. Et ainsi de suite à l’infini. Marx a compris que pour soutenir cette logique dont dépend le profit, le capitalisme doit périodiquement générer des besoins artificiels.

Cette théorie des besoins, il l’utilise pour développer sa critique de l’aliénation. Dans les sociétés capitalistes, les individus sont aliénés parce que leurs besoins authentiques sont ensevelis sous des faux besoins. Mais il l’emploie aussi pour comprendre le lien entre le capitalisme et la nature, montrant que la prolifération de besoins artificiels induit un épuisement des ressources et des pollutions multiples.

Nous avons atteint le stade suprême du consumérisme

Cette prolifération des besoins est aussi à l’origine de pathologies graves chez certains consommateurs. Je me suis intéressé à ce que disent les psychiatres sur la consommation compulsive, les cas, souvent tragiques, de personnes qui achètent de manière effrénée. La consommation compulsive est une pathologie qui conduit parfois à la mise sous tutelle de la personne. Comprendre ce phénomène peut nous aider à percer le mystère du consumérisme en général. Ce dernier repose sur des institutions : la publicité, la facilitation du crédit et l’obsolescence programmée notamment.

La montée en puissance de plateformes de type Amazon rend quasi immédiat l’accès à la marchandise. Nous avons atteint le stade suprême du consumérisme. Pour lutter contre la consommation compulsive, les psychiatres recommandent à leurs patients de faire leurs courses à plusieurs. Seul, l’individu n’a aucune chance face à la marchandise, mais lorsqu’il est accompagné, la pulsion d’achat est contrebalancée par la présence d’autrui. Lutter contre le consumérisme suppose donc de socialiser la consommation. A l’échelle collective, de la politiser. [...]

💥 Comment agir contre les faux besoins ? Collectivement.

Il faut faire confiance à l’intelligence des mouvements sociaux

Il faut faire confiance à l’intelligence des mouvements sociaux. Les associations de consommateurs du début du XXe siècle envisageaient conjointement les enjeux de production et de consommation. Les conditions de travail, le niveau des salaires, le processus productif lui-même étaient partie intégrante de leurs préoccupations, souvent en coordination étroite avec les syndicats. Ceci débouchait parfois sur une combinaison des modes d’action : grève (production) et boycott (consommation) étaient par exemple déclenchés simultanément.

Au cours du XXe siècle, les enjeux de production et de consommation ont été progressivement séparés, les syndicats se chargeant des premiers, et les associations de consommateurs des seconds. Aujourd’hui, si l’on veut lutter contre le productivisme et le consumérisme, un rapprochement entre syndicats et associations de consommateurs est nécessaire. Par exemple, en créant des associations de producteurs-consommateurs.

💥 Toute écologie sérieuse est anticapitaliste !

La principale cause de la crise environnementale est le capitalisme industriel.

La principale cause de la crise environnementale est le capitalisme industriel. Ce système ne peut prospérer que parce qu’il est basé, depuis le XIXe siècle, sur les énergies fossiles : charbon, gaz et pétrole. Ce sont elles qui lui ont permis de se diffuser à la planète entière. On est obligé de conclure que toute écologie sérieuse est anticapitaliste. Le remplacement des énergies fossiles par des énergies dites « propres », à supposer qu’il soit possible dans le cadre du système capitaliste actuel, ne servira à rien si le productivisme et le consumérisme continuent à prospérer.

Il y a toujours eu une écologie de droite. Elle se caractérise par exemple par une obsession pour la démographie, selon laquelle la crise environnementale résulterait du trop grand nombre d’êtres humains. Elle préconise aussi des solutions de marché à la crise, comme les marchés carbone par exemple, la distribution de droits de propriété sur la nature étant supposée être une condition de sa préservation. A cette écologie de droite s’oppose une écologie de gauche, qui insiste sur la critique du capitalisme. L’écologie est de droite ou de gauche, mais en aucun cas elle ne dépasse ce clivage.

- Adapté de : interview de Ramzig Keucheyan, dans Libération

Photo : Dessin de Xavier Lissillour pour Libération.
via Désobéissance Ecolo Rennes et Paris

Nos remarques

On n’a plus le temps de se faire entourlouper par tous les promoteurs du désastre et autres adeptes de la continuation du capitalisme sous d’autres formes tout aussi suicidaires.
En Drôme, par ici, on entend des députés, comme Célia de Lavergne, des adjoints au maire, comme Pierre Jouvet, des présidents du conseil départemental de l’Isère comme Jean-Pierre Barbier, des membres de la CGT comme André Mondange, des institutions privées comme Biovallée, etc. faire tous la promo de "l’écologie industrielle", des usines chimiques écoresponsables, des camions qui polluent moins, de la croissance qui serait "verte" et "durable".

Maintenant que les catastrophes climatiques et écologiques ne sont plus niables et s’aggravent, de nombreux élus et patrons, de droite ou de gauche, vantent à présent le développement durable et autre fumisterie qui perpétue le désastre (voir notre article dans Le Crestois de vendredi 28 septembre 2019). Que ce soit juste de façade, du greenwashing cynique, ou des réelles actions, ils veulent tous modifier légèrement le capitalisme et les énergies utilisées pour que la civilisation industrielle puisse durer.
En réalité, cyniquement ou naïvement, leurs objectifs ne font le plus souvent que renforcer ce qui détruit le climat et le vivant.

A présent que la réalité effrayante des destructions écologiques et climatiques (et donc sociales) est là, un des enjeux majeurs est de ne pas s’enfoncer dans la mauvaise direction.
Etats, populations et capitalistes vont vouloir plus ou moins faire quelque chose, mais l’enjeu est d’éviter qu’ils agissent dans la perpétuation du système destructeur. Etats et capitalistes, députés et entrepreneurs "modernes" veulent exploiter les peurs légitimes et les problèmes pour vendre la croissance "verte" et le développement durable. Nous devrons donc résister à ces illusions et autres avatars du business as usual, nous devrons donc lutter contre eux, les destituer, et prendre les choses en main collectivement à leur place.
On ne peut pas compter sur des pyromanes incurables qui ne veulent qu’attiser le feu pour étouffer l’incendie et empêcher qu’il emporte tout.

Le mensonge du développement durable

P.-S.

- Pour se désintoxiquer pour de bon des voies sans issues et suicidaires de la croissance "verte" et du développement durable, quelques articles :


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