Le militant « antifa » Antonin Bernanos reste en détention provisoire

par janek.
Mis à jour le samedi 17 août 2019

Antonin Bernanos écope de quatre mois supplémentaires en détention provisoire, par une décision de la cour d’appel de Paris. Cet « antifa » est incarcéré depuis le 18 avril, après une bagarre avec des militants d’extrême droite. Ses proches, qui espéraient une libération sous contrôle judiciaire avec bracelet électronique, disent ne pas être surpris par cette décision.

La juge des libertés et de la détention (JLD) avait pourtant rejeté la demande de prolongation de sa détention provisoire, lors de l’audience – à huis clos – du 2 août. Le parquet de Paris a fait appel et obtenu gain de cause : lundi 12 août, la détention provisoire d’Antonin Bernanos a été prolongée de quatre mois par une décision de la cour d’appel de Paris.

« On reste très déterminés, puisqu’on n’est pas non plus surpris d’une telle décision », déclare Geneviève Bernanos, mère du militant, contactée par téléphone. « La mobilisation doit absolument se confirmer, espère-t-elle, parce que les messages qu’on nous fait passer sont extrêmement durs. »

Geneviève Bernanos dit se battre pour son fils mais aussi pour « tous ceux qui osent porter une autre parole, qui sont dans le collimateur et visés par une répression très dure ». Elle craint une rentrée sociale très difficile : « Ce qui est important, c’est ce que ça dit du message du gouvernement, par la voix de son ministère public : continuer une répression sans faille contre tous ceux qu’ils considèrent comme un danger pour la République. »

Antonin Bernanos, étudiant en sociologie à l’EHESS âgé de 25 ans, a été arrêté le 15 avril, à la suite d’une bagarre – à laquelle il nie avoir participé – qui a opposé « des militants antifascistes aux fascistes de Génération identitaire, des Zouaves Paris et de la Milice Paris », expliquait quelques jours plus tard un communiqué de Libérons-les, un collectif de « solidarité contre la répression ».

L’arrière petit-fils de l’écrivain Georges Bernanos est placé en détention provisoire le 18 avril et mis en examen pour « violence commise en réunion sans incapacité en récidive » et « vol avec violence ayant entraîné une incapacité totale de travail supérieure à 8 jours en récidive », après la plainte déposée par un militant, blessé, de l’autre camp, qui a identifié formellement Antonin Bernanos « comme faisant partie du groupe », « sans pouvoir dire quel(s) coup(s) ce dernier lui a porté(s) ».

Cinq « antifas » sont placés en garde à vue puis mis en examen. Quatre sont placés sous contrôle judiciaire, sauf Antonin Bernanos, placé en détention provisoire à la maison d’arrêt de Fresnes, en isolement médiatique, « un régime très à part, mais qui n’était pas légal », d’après l’un des ses avocats, Me Arié Alimi. Antonin Bernanos a par la suite été transféré à la prison de la Santé à Paris, fin juin.

Pour la cour d’appel, la détention provisoire est « l’unique moyen d’empêcher une concertation frauduleuse » entre Antonin Bernanos et « ses co-auteurs ou complices », avant l’interrogatoire de la juge d’instruction prévu le 20 août.

Son arrestation a eu lieu quelques jours après qu’il eut fini de purger sa peine pour l’affaire du quai de Valmy. Antonin Bernanos a été condamné en 2017 à cinq ans de prison, dont deux avec sursis, pour avoir participé en mai 2016 à l’attaque d’une voiture de police, qui finirait en flammes. Il a toujours nié les faits reprochés.

Geneviève Bernanos rappelle, tout comme son avocat dans sa plaidoirie, que dans cette affaire son fils s’est présenté à toutes les convocations. Elle déplore l’argument du procureur qui invoque le maintien en détention pour être sûr qu’il se rende à la première audition par le juge d’instruction prévue le 20 août. Et la mère du militant d’affirmer : « En aucun cas la libération d’Antonin ne l’aurait empêché de se présenter le 20 août, puis de retourner dans le lieu de sa surveillance sous bracelet électronique. »

Cette première convocation est tombée quelques jours après le rejet de la demande de prolongation de sa détention provisoire par la juge des libertés et de la détention. « Il y a un calendrier assez malsain, estime Me Arié Alimi, contacté par téléphone. On a attendu quatre mois, et ça n’est qu’au moment d’une remise en liberté potentielle que la juge d’instruction décide de fixer en plein mois d’août une audition. Ça correspond véritablement à une volonté d’influencer la décision de la cour d’appel, en disant : il faut d’abord qu’il soit interrogé avant d’être remis en liberté. » Selon lui, il s’agit d’une « méthode souvent utilisée par les juges d’instruction pour maintenir quelqu’un en détention provisoire ».

La cour ordonne la prolongation également pour empêcher « une pression sur les témoins et les victimes, ainsi que sur leur famille », en précisant qu’il y a « des facteurs qui démontrent une certaine connaissance des uns par les autres et inversement ». En outre, la cour précise que la détention est l’unique moyen « de prévenir le renouvellement de l’infraction », estimant que le risque est « actuel et prégnant ».

Lors de la première audience du 2 août, la juge des libertés et de la détention s’était pourtant prononcée pour une remise en liberté sous surveillance électronique. Les proches d’Antonin Bernanos, que l’on retrouve notamment dans le collectif Libérons-les, dénoncent cette prolongation : « La justice persiste dans son acharnement contre Antonin, et manifeste une fois de plus son tournant autoritaire à l’encontre de celles et ceux qui osent défier l’État », postaient-ils sur les réseaux sociaux juste après l’annonce de la décision par l’AFP.

Voir en ligne : https://www.mediapart.fr/journal/fr...


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