Capitalocène : Interrompre la destruction du monde à temps !

Arrêter la croissance et le capitalisme, le développement économique n’est pas soutenable

par Camille Pierrette.
Mis à jour le jeudi 12 septembre 2019

Un article présente un superbe extrait du livre « Une juste colère. Interrompre la destruction du monde » de Jérôme Baschet (Editions Divergences).

Une juste colère, de Jérôme Baschet

- voici des extraits de cet article « Je ne veux plus vivre dans un monde où les colombes ne volent plus » :

Attribuer la responsabilité du dérèglement climatique à la nature humaine ou même à l’humanité en tant que telle est une supercherie et une insulte à tous les peuples du monde qui n’y ont en rien contribué – ou si peu. L’actuelle concentration de gaz à effet de serre est le résultat d’un processus qui a commencé avec la révolution industrielle, à la fin du 18e siècle, avec l’utilisation massive de la machine à vapeur dans l’industrie et les transports. Le phénomène s’est amplifié au 20e siècle, avec le recours massif au moteur à explosion et au pétrole, jusqu’à connaître une accélération après 1945, avec l’essor de la société de consommation puis la mondialisation de l’économie. Né à un moment précis, le phénomène s’inscrit dans une géographie également spécifique. Il est né en Grande-Bretagne, avant d’être portée par les États-Unis, de sorte que jusqu’en 1980, plus de la moitié des émissions de CO2 était le fait de ces deux seuls pays. Même si aujourd’hui la Chine et l’Inde pèsent plus lourd dans le bilan des gaz à effet de serre, c’est incontestablement l’Europe occidentale et l’Amérique du Nord qui portent la responsabilité historique du réchauffement climatique. On en conviendra : cela n’est pas toute l’humanité.

Au sein même des nations qui ont dominé et colonisé le monde, la responsabilité est du reste loin d’être homogène, car le bilan carbone n’est pas également réparti du haut en bas de l’échelle sociale. Plus profondément encore, c’est l’essor d’un système productif fondé sur les énergies fossiles, avec toutes les politiques de modernisation qui l’ont accompagné et rendu possible, qui doit être identifié comme la cause de l’envolée des émissions de CO2. Il y a donc de très bonnes raisons de baptiser autrement la nouvelle période géologique identifiée par les scientifiques : non pas Anthropocène, mais Capitalocène. En effet, ce qui a entraîné le basculement dans cette phase inédite de l’histoire de la Terre, ce n’est pas l’humanité en tant que telle, mais un système économique et social bien spécifique qu’il convient de nommer par son nom : le capitalisme. Du reste, celui-ci a créé la supposée « nature humaine » à son image, en faisant de l’égoïsme et de l’intérêt personnel des valeurs positives, ce qu’aucune culture humaine n’avait fait auparavant.

Toutefois, si la prise de conscience de la gravité du dérèglement climatique ne peut que s’amplifier dans les années à venir, elle ne conduira pas nécessairement à éviter le pire. Le défi majeur est le suivant : il s’agit de faire en sorte que l’inquiétude grandissante suscitée par la dégradation climatique et écologique ne se laisse pas dévier vers des leurres, c’est-à-dire vers des explications biaisées et des solutions insuffisantes, voire dangereuses. Identifier la véritable cause du réchauffement global s’avère indispensable et, à cet égard, nommer « Capitalocène » la période dans laquelle nous vivons paraît judicieux. Faire apparaître l’impossibilité d’agir à la hauteur des enjeux sans rompre avec un système animé par une pulsion productiviste insatiable n’est pas moins décisif. En ce sens, si le souci écologique paraît devoir faire l’objet d’une unanimité de plus en plus large, les chemins divergents auxquels il conduit obligent à rompre cette illusion consensuelle. Le combat à mener ne peut qu’opposer ceux qui mettent en cause la responsabilité du capitalisme et ne voit pas d’autre option que d’en sortir et ceux qui, péchant par omission, s’en font les complices.

Au total, le choix est assez simple, du moins à énoncer : la croissance ou le climat. Mais la croissance n’est elle-même que l’expression d’un impératif constitutif du capitalisme ; et tant que celui-ci continuera de prévaloir, la catastrophe climatique et biosphérique ne pourra que s’approfondir. Si l’on ne veut pas se condamner à voir « changer le climat » au-delà du supportable, il n’y a pas d’autre voie que de « changer le système » – lequel n’est rien d’autre que le productivisme compulsif du capitalisme. Sinon, la planète continuera de s’enfoncer dans un abîme où la possibilité même de la vie – une vie digne, si ce n’est la vie tout court – se réduira sans cesse plus drastiquement. Les luttes à mener sont multiples, mais aucune ne peut ignorer la nécessité de préserver la possibilité de vivre sur Terre.

- voir aussi l’article Les discours qui prônent seulement une adaptation résiliente aux effondrements sont une fumisterie criminelle - Si on laisse le capitalisme et le système industriel aller au bout de leurs destructions, il n’y aura PAS de résilience possible

- Le pouvoir étatique et les capitalistes, maintenant que le désastre qu’ils ont causé se précisent, vont essayer de se rendre indispensables, de jouer les pompiers. En réalité ils seront toujours des pyromanes adeptes du développement économique, en réalité ils veulent continuer le désastre, voire l’aggraver, tout en ayant de jolis discours et tout en réprimant les rebelles qui eux veulent vraiment changer radicalement les choses dans la bonne direction...
Ils n’auront que les mots de transition, d’écologie, d’énergies renouvelables, de zéro déchet, d’économie circulaire à la bouche tandis qu’ils continueront à faire perdurer les principes suicidaires du capitalisme et du développement économique.

- Pour en finir avec les mythes de la croissance verte et du développement durable, quelques articles :


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