Les discours qui prônent seulement une adaptation résiliente aux effondrements sont une fumisterie criminelle

Si on laisse le capitalisme et le système industriel aller au bout de leurs destructions, il n’y aura PAS de résilience possible

par Camille Pierrette.
Mis à jour le lundi 5 août 2019

Souvent, certains collapsologues et autres nous disent : inutile de lutter contre le système en place, on doit juste s’adapter et se préparer aux changements climatiques et catastrophes écologiques pour être résilients et solidaires, et après les effondrements inéluctables de nos sociétés (finance, économie, Etats....) il sera possible de bâtir une autre société, écologique, résiliente, sobre, etc.

la stratégie de la résilience sans luttes est totalement illusoire et criminelle


- Or, n’en déplaise aux nombreux « écolos » planants et dépolitisés qu’on croise dans la Vallée de la Drôme et ailleurs, avis aux transitionneurs béats du « développement durable », cette stratégie est totalement illusoire et criminelle, voici pourquoi, avec ce post de Nicolas Caseaux :

Je me suis récemment entretenu avec Pierre Madelin, qui a traduit en français plusieurs auteurs écologistes dont Arne Naess, John Baird Callicott, Holmes Rolston et prochainement Val Plumwood, et qui est lui-même l’auteur d’un très bon petit livre intitulé "Après le capitalisme". Extrait :

Dans ton livre "Après le capitalisme", tu affirmes que l’idée de limites externes ou écologiques au capitalisme est erronée. Je voudrais revenir là-dessus. Cela signifierait donc que le capitalisme ne serait pas menacé par la contamination, la dégradation, la consomption, la destruction ou la perturbation croissantes de tous les milieux (biomes, biotopes, etc.) et de tous les organismes qu’il génère inexorablement ?

Ce n’est pas exactement ce que je dis dans mon souvenir. Je remarque que le capitalisme est bel et bien confronté à une limite écologique dans la mesure où il exerce une pression croissante sur nos milieux, dont il détruit la diversité et dont il compromet la fonctionnalité, la résilience et in fine l’habitabilité. En épuisant des ressources limitées, comme les gisements d’énergie fossile, et en exerçant sur les ressources dites « renouvelables », comme les sols, les forêts ou les cycles hydriques, une pression telle qu’elle ne leur permet justement plus de se renouveler, le capitalisme contribue à saper les conditions de sa propre reproduction.

Ce que je souligne en revanche, c’est que ces limites écologiques auxquelles se heurte la reproduction du capital ne sont pas à proprement parler une « bonne nouvelle », car la fin du capitalisme qu’elles laissent entrevoir coïnciderait malheureusement avec une détérioration telle des conditions de la vie sur Terre qu’elle ne permettrait guère d’imaginer l’avènement de sociétés « décentes », plus égalitaires et moins destructrices de la nature. Je ne crois pas trop à l’idée d’un effondrement heureux, au terme duquel, sur les ruines encore fumantes de la civilisation industrielle, nous pourrions construire des organisations collectives conviviales dans les brèches ouvertes par l’amoindrissement ou la disparition des logiques marchandes et de l’État ; les dégâts causés par la dynamique dévastatrice du capital et par la compulsion de croissance complètement délirante qui l’animent seront trop importants…

Donc si je cite l’expression célèbre de W. Benjamin – « le capitalisme ne mourra pas de mort naturelle » – c’est pour insister sur la nécessité de l’action : nous ne pouvons pas attendre que la société industrielle s’effondre en préparant « l’après », car cette société se caractérise précisément par la destruction de tout « après » possible, ou tout au moins de tout après souhaitable. Seules une insurrection mondiale, une résistance violente et non-violente systématiques – notamment face à ces organisations mafieuses et criminelles que l’on appelle des « États » – et une transformation profonde des rapports sociaux peuvent sauver ce qui peut encore l’être. Et il y a malgré tout encore beaucoup à sauver ; de nombreux degrés, des millions d’espèces, la vie de milliards de frères humains et de « cousins à plumes et à fourrure », la beauté du monde loin d’avoir disparu, etc. [...]

- Voir absolument cet article essentiel en entier : Pierre Madelin : « Nous ne pouvons pas attendre que la société industrielle s’effondre en préparant l’après »

Et ce constat implacable est d’autant plus vrai si on regarde le très probable auto-emballement apocalyptique et non contrôlable du climat entraînée par les émissions croissantes de gaz à effet de serre par le système industriel et marchand. Si on reste sur le même modèle, les gaz à effet de serre émis AVANT le possible effondrement de nos sociétés entraîneraient une catastrophe climatique dantesque, compromettant totalement ou très très largement les possibilités de résilience et de survie pour nous et la plupart des autres animaux.
D’où l’extrême importance de lutter pour arrêter le capitalisme et donc réduire fortement au plus vite les émissions au lieu de seulement s’adapter et se préparer.


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