16 mars : des marches climat ridicules / belle réussite des émeutes à Paris !

Les manifs climat continuent de tourner en rond, tandis que la détermination des gilets jaunes se réaffirme

par Camille Pierrette.
Mis à jour le lundi 18 mars 2019

Ce 16 mars a vu à nouveau de nombreuses manifestations fleurir en France.
A Paris, le soulèvement en gilets jaunes a montré une nouvelle fois sa grande détermination. Les émeutes, destructions et incendies de symboles du capitalisme ont égalé, voire surpassé selon certains commentaires, les émeutes des 1er et 8 décembre à Paris sur les Champs Elysées.
Au même moment, des marches climats continuent le même manège qu’il y a 30 ans...

On voit dans les manifs et sur internet que la plupart des gilets jaunes ont à présent bien compris que le régime les menait en bateau et que la manière forte leur était nécessaire face à un tel verrouillage et un tel mépris. Aussi, à Paris, la plupart des gilets jaunes qui ne participaient pas aux affrontements avec la police ou aux destructions de magasins de luxe les approuvaient, ou ne les condamnaient pas.
Une vidéo montre par exemple un groupe de black bloc applaudi à son arrivée.

Post FB :

Je voudrait dire un mot pour les Black Bloc hier, des femmes, des hommes. Ils ont meme été applaudis en arrivant pour certains...de sérieux alliés contre la repression et les violences policieres...je ne connais pas bcp de gens capables d’aller se fighter directement contre les crs pour aller sortir un mec qui etait en train de se faire cabosser par les flics et prêt a etre embarqué... Quand vous verrez castaner les traiter de pilleurs cette après midi dites vous que les fringues ils les balançaient a la foule... Respect. Je suis un vrai gilet jaune de la première heure et j’ai été fier d’être épaule contre épaule avec eux !

Ceux qui était pas là, ou sont dans leurs canapé à se faire laver le cerveaux, merci de passer votre chemin et pas commenter.

La grande majorité des manifestant.e.s a aussi bien compris que détruire des banques, des bijouteries ou des Fouquets n’était pas grand grand chose par rapport aux brutales et féroces répressions policières ordonnées par Macron et Castaner, par rapport aux violences et destructions dantesques et quotidiennes pratiquées par le système capitaliste et industriel en place et les gouvernements qui les soutiennent.
Quelques vitrines brisées de richissimes commerçants pour riches ne sont rien par rapport aux vies brisées, aux morts, aux exploités, aux écosystèmes détruits, aux précarisé.e.s, aux mutilations policières volontaires, etc.
Ces destructions de symboles capitalistes sont juste un moyen, et un juste retour des violences énormes subies par les peuples.

Ces belles et courageuses émeutes ne suffiront pas pour faire chuter le régime, mais elles sont le signe que la révolte est loin d’être finie, et que tout reste possible.

Ni macron ni boutef ni aucun autre

Banderole : Pour un avenir Vert, brûle un ministère !

En revanche, côté manif pour l’écologie et le climat, c’est hélas le calme plat, la répétition du même et l’ornière.

Le 16 mars les "écolos", leur marche du siècle et leurs soutiens s’enlisent à nouveau dans le festif bruyant et vain, les exhortations absurdes en direction des gouvernements auteurs et complices du désastre qui ne peuvent/veulent rien changer, les musiques trop présentes pour empêcher toute parole mal venue, l’encadrement pour éviter tout débordement, le bégaiement et l’impuissance exaspérante... Ces défilés sont pitoyables.

A leur place, j’aurais honte : depuis 30 ans ils répètent et font les mêmes choses en boucle, on dirait qu’ils n’ont rien appris, qu’ils ne tiennent pas compte de l’urgence de la situation et du fait que le système se contrefout de leurs défilés et ne prête l’oreille parfois que pour fourguer ses camelotes technologiques, son autoritarisme anti-social (taxes carburants) et son mortifère capitalisme vert.
Après leur gueulante du samedi pm au soleil, mais sans trop de colère ça fait peur et c’est pas bon pour son karma, chacun.e retourne chez soi à son train train, ses peurs et ses ralages, ses petits actes individuels impuissants et vivement conseillés par la propagande gouvernementale.
Et le CO2 continue de s’accumuler, les animaux sont détruits à la pelle, les insectes disparaissent, les sols continuent d’être détruit par l’agro-industrie, les sols et l’eau sont pollués, les humains ici et encore plus ailleurs maltraités par le productivisme et l’extractivisme, des quasi-esclaves se tuent à la tâche à l’étranger pour qu’ici on puisse consommer n’importe quoi et pour que les riches se gavent et aimantent la très sainte Croissance, etc.

On me dira peut-être que ces marches permettent à de nouvelles personnes d’être sensibilisées, qu’on parle davantage des catastrophes en cours qu’avant, que c’est plus médiatisé...
Et alors ? Ca change quoi dans la pratique ?
Pourquoi les anciennes personnes déjà sensibilisées continuent à faire les mêmes marches moutonnières et déclarées bien incapables d’arrêter la destruction du climat et du vivant ?!

Seuls points nouveaux et peut-être porteurs d’actions plus adaptées, on voit des mouvements ayant envies d’actions plus radicales émerger, comme Extinction Rebellion, et des jeunes se mettent à faire grève et à protester.
Et l’audience des écologistes radicaux tels que DGR est peut-être en augmentation.
On voit aussi certains youtubeurs s’interroger sur la portée de leurs actions passées :

https://www.youtube.com/watch?v=lvdckQKKz_Q

Alors qu’on sait de plus en plus la gravité extrême des catastrophes climatiques et écologiques en cours, l’urgence absolue de les enrayer pour espérer garder une planète à peu près habitable et vivante, voilà que les mouvements "pour le climat" se contentent de répéter les mêmes marches de l’inutile, les mêmes slogans pathétiques, les mêmes actions symboliques de nettoyages de banques ou de déclarations alarmistes !
Arrêtons de (mal) lutter "contre le réchauffement climatique", l’expression est inadaptée, mais luttons plutôt pour arrêter et détruire les systèmes politiques et industriels qui anéantissent le climat et le vivant. (et bien sûr construisons d’autres sociétés et façons de vivre à la place)

Faudra-t-il attendre qu’il soit trop tard, quand on subira des cataclysmes mortels, pour voir des actions adaptées ?
Combien de temps encore les "écolos marcheurs" vont-ils resté prisonniers d’une non-violence hégémonique qui exclut d’autres tactiques, d’une foi dans les technologies ou le développement durable, d’une main-mise médiatique et opérationnelle par certaines ONG réformistes et stérilisantes, de la croyance qu’on peut raisonner les gouvernements et qu’on peut garder à la fois cette civilisation industrielle et une planète habitable ??
On se donne juste bonne conscience en défilant de temps en temps de manière rituelle, on se rassure en achetant davantage de bio, en roulant un peu plus à vélo, mais pas grand monde ne construit sérieusement des alternatives radicales, organisées et collectives au système en place, et bien peu essaient d’arrêter la Machine du capitalisme et de la civilisation industrielle.

L’écologie politique en France : impuissante et enserrée

Les gilets jaunes ont su mener des actions adaptées (blocages, occupations, émeutes), en quelques mois ils aussi ont renforcé énormément leur critique du système en place et leurs analyses.
Après des années où la destruction du monde vivant continue et s’aggrave, les "écolos marcheurs" répètent les mêmes défilés qu’il y a 30 ans, seules les pancartes changent un peu, mais les (non)actions restent toujours autant incapables d’arrêter quoi que ce soit.
Il est grand temps de réfléchir plus loin, de mieux comprendre la situation, et d’agir de manière forte, de laisser parler nos coeurs et nos tripes ?

Bien sûr, merdias et gouvernements salueront avec joie les festives, vaines et répétitives marches pour le climat, et critiqueront vertement les émeutes et les destructions de symboles capitalistes lors des "manifs" gilets jaunes.
Les Pouvoirs flattent toujours ce qui ne les gêne pas et critiquent ce qui les menace, ne tombons pas dans leurs pièges.
Combien de temps encore avant que toutes les révoltes "fusionnent" dans un joyeux bordel à la puissance 10 ?

- voir aussi :

  • 16 MARS À NANTES : DÉFILÉ EN BON ORDRE - 4000 manifestants. Gilets jaunes et marcheurs pour le climat ensemble dans les rues. Défilé pacifié - Il y avait donc du monde dans les rues de Nantes ce samedi, mais peu de perspective. Pourtant, il n’y a qu’une façon de faire vaciller le pouvoir : en faisant résonner ensemble les différentes luttes en cours. A présent, le gouvernement déploie un story telling officiel visant à opposer les marches écologistes présentées comme lisses et « responsables », aux manifestations des Gilets Jaunes, décrites comme stupides et violents. Pourtant, la justice climatique et la justice sociale peuvent – et doivent – être réclamées ensemble. Cette articulation est l’enjeu des jours à venir.

# CENSURE LORS DE LA MARCHE CLIMAT : À PROPOS DE L’ACHARNEMENT DES APÔTRES DE LA NON-VIOLENCE

Tandis que nous sommes de plus en plus nombreux à comprendre et soutenir le recours à une certaine forme de violence dans le mouvement social qui secoue actuellement le pays (et dans les mouvements de lutte sociaux et écologiques plus généralement), durant la marche pour le climat qui s’est déroulée à Nancy vendredi dernier, Florent Compain, président des Amis de la Terre, et Denys Crolotte, président du Mouvement pour une Alternative Non violente (MAN) Nancy, ont fait leur possible pour censurer la diffusion des livres "Comment la non-violence protège l’État" de Peter Gelderloos et "Deep Green Resistance : Un mouvement pour sauver la planète" de Lierre Keith, Derrick Jensen et Aric McBay, en formant, avec leurs disciples, une barrière humaine autour d’un stand sauvage tenu par un camarade.

Dire que ces deux énergumènes ont récemment terminé en GAV pour à peu près rien du tout et qu’ils ne comprennent toujours pas, malgré cela, que la répression touche et touchera tous les militants, supposément « violents » ou non violents — à partir du moment où leur activité commence véritablement à constituer une menace, un problème pour l’ordre établi ! Une preuve de plus du fanatisme que constitue leur non-violence dogmatique.

On rappellera au passage que Jean-Marie Müller, un des fondateurs du MAN, gandhien invétéré, est aussi l’auteur d’un livre intitulé "L’évangile de la non-violence", et le fondateur de l’Institut de recherche sur la résolution non-violente des conflits (IRNC), « né de la demande faite en 1983 à Jean-Marie Muller par Charles Hernu, alors ministre de la Défense [celui-là même qui commanditera par la suite le dynamitage du Rainbow Warrior, ô ironie], de conduire une étude sur la contribution de la résistance non violente à la politique globale de défense de la France » ; c’est dire la brochette de défenseurs de l’État et de l’étatisme à laquelle on a affaire. Pas révolutionnaire pour un sou. L’IRNC, « au départ », a d’ailleurs « bénéficié d’un soutien financier ponctuel issu de l’État à travers les diverses institutions avec lesquelles elle collabore (FNDVA, SGDN, FEDN, Ministère de l’intérieur…) », elle a en outre reçu « un soutien financier significatif des ministères des Affaires Étrangères et de la Défense […] à l’occasion du colloque sur l’intervention civile en 2001 ».

Quant aux Amis de la Terre, on rappellera que cette ONG, née aux USA avec le soutien financier de Robert O. Anderson, fondateur et propriétaire de la compagnie pétrolière américaine ARCO, participe en partie (la situation est complexe, il y aurait évidemment bien plus à dire mais je me concentrerai délibérément ici sur ce seul point) à l’ONG-isation de la résistance qui la rend inoffensive. On rappellera aussi que la branche française survit actuellement et principalement grâce à des subventions privées (37% de leur budget) et publiques (27%), issues entre autres du Ministère de l’Ecologie et du développement durable, de la Réserve parlementaire, de l’ADEME, de la Mairie de Paris, Région Ile de France, UE Financiarisation, UE DEAR, UE School of sustainibility, European Climate Foundation, etc.

J’imagine que dans une ou deux décennies, dans la désolation toxique d’une planète saccagée, lorsque la catastrophe aura atteint son paroxysme, ces gens-là pourront regarder en arrière et se dire, non sans fierté, qu’ils ont réussi, qu’ils ont eux aussi (à l’instar des grandes ONG environnementales, des médias de masse et des institutions dominantes) fait leur possible pour empêcher la formation d’un mouvement socioécologique conséquent, que presque personne ne s’est révolté « violemment », et que c’est là l’essentiel.


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