Paris 21 septembre, enfin une marche climat qui dérange un peu les pouvoirs !

La répression subie par la manifestation en atteste - Désobéissance civile et/ou action directe ?

par Camille Pierrette.
Mis à jour le dimanche 22 septembre 2019

Grâce aux gilets jaunes, Black blocs et autres personnes déterminées, le cortège de la marche pour le climat a pris une tournure plus offensive et dérangeante :

Post FB :
Déclaration commune des organisateurs : « A 14h45, 45 minutes après le départ de la Marche Climat, les forces de l’ordre ont projeté sans sommation plusieurs dizaines de grenades de désencerclement directement dans le cortège alors que la manifestation était autorisée. Devant la violence de cette attaque policière, inédite dans l’histoire du mouvement, les dizaines de milliers de manifestants réunis ont été contraints de faire marche arrière et rebrousser chemin. Il y a une volonté délibérée et inacceptable du gouvernement de réduire la contestation au silence. »

⏬⏬⏬ PARIS - RETOUR SUR L’ACTE 45

(un post de Rouen dans la rue)

9h du matin, les premiers gilets jaunes gravitent autour de la place de la Madeleine. Le dispositif policier est énorme, visible, et les zones interdites n’ont jamais été aussi vastes. Les groupes de détachements rapides, BRAV, BAC et autres, jouent dès les premières minutes la carte de la proximité. Toute tentative de cortège dépassant la centaine de personnes sera immédiatement scindée, chargée, gazée. Un cortège parvient à se réfugier dans la gare saint Lazare perturbant un temps soit peu la marche normale du trafic ferroviaire. Une matinée difficile donc, avec des tentatives d’investir les champs très compliquées et déjà de nombreuses arrestations.

Ce 21 septembre était placé sous le signe de la « convergence » effective. Les gilets jaunes se sont alors spontanément retrouvées à la marche pour le climat sur l’autre rive de la capitale. Très rapidement, à l’avant du cortège se forme une masse hétérogène et déterminée, à l’image du cortège de tête du printemps 2016, cette fois agrémentée d’une présence gilet-jaunesque notable. Les slogans anti-capitalistes résonnent. Les tags fleurissent et les premières vitrines tombent (agences bancaires, immobilières ou cabinets d’assurance) comme une volonté pour certains de porter la conflictualité écologiste vers un nouveau seuil. Quelques organisations écologistes appelaient à quitter le cortège tandis qu’une grande majorité de leurs militants restaient solidaires en poursuivant la marche, bien souvent noyée sous les gaz. La marche se finira à Bercy non sans de multiples intrusions des BRAV, violentes et agressives, sur des bouts de cortèges parfois familiaux.

Il semblerait que la disproportion des dispositifs policiers sur la capitale n’incombe finalement aucun coût politique au gouvernement français. Les images de blindés, de champs-élyées bunkerisés et de BRAV balayant des groupes de 30 personnes soit la nouvelle norme politiquement acceptée du maintien de l’ordre sous Macron. Fort heureusement, la réalité des événements révèle l’échec à contenir absolument les situations. Bien que l’essentiel de la colère n’ait pu s’exprimer qu’à plusieurs kilomètres de l’Elysée, celle-ci continue de proliférer et de chercher ses nouvelles formes.

Il n’est pas rien que des gilets jaunes et toute une nouvelle génération de jeunes engagés pour le climat aient pu goûter aux joies du cortège de tête. C’est d’ailleurs la seule marche pour climat qui, partout en Europe, a montré hier de telles signes de détermination (certes, dans le contexte particulier d’un acte 45 des gilets jaunes). Par ailleurs, la reproduction de la forme cortège de tête constitue en soi une limite qui avait montré le bout de son nez en 2016 : elle ne s’exprime que dans le cadre d’un appel à manif déposé donc dans des parcours cernés par un dispositif policier. Elle montre aussi l’échec du mouvement des gilets jaunes à rebondir depuis ses propres forces et à revivre son intensité de décembre 2018. Celle qui avait pourtant chamboulé l’imaginaire de la conflictualité politique en France.

La nuit des barricades n’a pas eu lieu. Mais il y a bien eu plusieurs centaines de gilets jaunes, militants écologistes et citoyens en colère à déambuler aux abords des Champs Élysées une fois la nuit tombée. Cette manifestation est probablement la première manifestation nocturne du mouvement de cette ampleur et marque le désir d’un certain nombre à dépasser la temporalité habituelle des actes hebdomadaires.

La démocrature en Marche.

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Arrestation de Camille Halut, observatrice de la Ligue des Droits de l’Homme Montpellier.

En garde à vue pour avoir observé et photographié la manifestation du samedi 21 septembre #Acte45

Post de Désarmons-les

La manifestation n’est pas encore terminée que la préfecture de police annonce 163 arrestations à Paris.

Elle se félicite aussi de l’étroite collaboration avec les organisations de lobby/marketing ANV COP21, Alternatiba et consors.

Pas étonnant, puisque ces organisations ont encore une fois joué leur rôle d’auxiliaires de police. Voir à ce propos le très bon article d’Acta.

Il ne peut y avoir d’autre écologie qu’une écologie radicale. Le reste n’est que spectacle.

Tou-tes celles et ceux qui traitent avec la préfecture de police se rendent complices des violences d’Etat. La contre-insurrection verte a assez duré.

On en profite pour faire un grand big-up à Attac qui a maintenu le rendez-vous du matin malgré l’interdiction de la pref 👏

Paris 21 septembre 2019, LDB en joue

Quelle désobéissance civile ?

- Extraits de l’article de Reporterre : Le mouvement pour le climat mise gros sur la désobéissance civile

Les écologistes pratiquent donc aujourd’hui, la plupart du temps, une désobéissance civile indirecte. « Les décrochages, c’est symbolique, ça fait parler, c’est bien, observe Christian Roqueirol. Mais je ne vois pas beaucoup d’actions qui remettent de manière déterminée en question ordre étatique. Il faut qu’on passe à la vitesse supérieure ! »

Quel en est alors l’efficacité ? « Si succès il y a, c’est par l’impact médiatique que ces mobilisations créent, estime Albert Ogien, sociologue à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS). Mais au niveau des résultats concrets, on doit encore attendre ». « Leur impact matériel est quasi nul », juge de son côté le collectif Désobéissance écolo Paris. « Les ONG voient la désobéissance civile comme une stratégie d’interpellation du pouvoir ou de la population, via des formats d’action symbolique, plutôt que comme une véritable stratégie efficace permettant d’arriver à ses fins par soi-même. »

Des risques que tout le monde ne peut pas prendre, rappelle le collectif Désobéissance écolo Paris, contacté par mail : « La police ne réagit pas de la même manière à une action organisée par des blanc.he.s bourgeois.es qu’à une action des jeunes de banlieue racisés ou des Gilets jaunes. La non-violence n’est possible qu’à partir du moment où l’opposant — l’État et la police — veut aussi être non violent à votre égard. S’il faut massifier, il est souhaitable aussi d’articuler avec d’autres modes d’action. »

Les pionniers de la désobéissance civile n’avaient d’ailleurs pas une position si tranchée qu’on l’imagine sur la violence et la non-violence. « Dans le mouvement de Gandhi pour l’indépendance de l’Inde, il est arrivé que des non violents, provoqués par les forces de l’ordre, finissent par réagir de manière extrêmement violente, rappelle Manuel Cervera-Marzal. Idem pour le mouvement des droits civiques aux États-Unis : le récit dominant consiste à opposer Martin Luther King à Malcolm X, mais des échanges épistolaires témoignent d’une grande estime réciproque et d’un respect pour le choix stratégique de chacun. »

- voir aussi cet article : Occupation, boycott, sabotage : jusqu’où les activistes pour le climat sont-ils prêts à durcir leurs actions ?

🐦Podcast (1-11) : LIMITES DE L’ÉCOLOGIE CITOYENNE

(un article excellent de Floraisons)

Quelle serait la victoire pour le mouvement climat ? C’est certainement un point aveugle de notre mouvement, cette question si mal posée qu’elle nous rend pour l’instant irréconciliables à l’intérieur même de ce mouvement. Si on ne la pose pas correctement, impossible de réfléchir, impossible d’être stratèges, impossible de gagner.

Un mouvement de résistance doit avoir comme objectif à long terme la résolution de ce problème, et donc le démantèlement des systèmes qui en sont à l’origine. Et par quels moyens nous allons démanteler ces systèmes. Nous discutons avec Juliette (La meuf avec les mots), Julien (de la chaîne Demos Kratos) et Cemil (de la chaîne Cemil Choses A Te Dire. Ce podcast a été inspiré par deux vidéos tournées sur le Camp Climat d’Alternatiba, ANV-COP21 et Les Amis de la Terre : « Il est E̶n̶c̶o̶r̶e plus temps » (réalisée par le JTerre) et « Non-violence : Peut-on être populaire et radical ? » (réalisée par Demos Kratos).

Dans sa vidéo Julien dit : « Ce n’est pas tant qu’ils [les groupes non-violents] n’ont pas réussi à déranger ce sommet, ils ne l’ont pas voulu. » C’est une phrase qui résonne énormément avec la critique que l’on peut justement faire des organisations citoyennistes. Nous avions déjà défini ce qu’était le citoyennisme, mais c’est toujours bien de revenir là-dessus, car c’est une idéologie qui ralentit et mine notre mouvement.

- Écoutez le podcast et lisez l’article sur le blog

https://www.youtube.com/watch?v=0bOQHMOkxbU

Commentaires persos

Dès que les flics ont l’ordre de réprimer, ça veut dire que les contestataires dérangent un peu le régime. Donc, quelque part, il faut se « réjouir » de la répression contre la manif climat de Paris de ce 21 septembre.

Dans un système autoritaire, brutal, extrémiste, anti-démocratique et totalitaire, ça ne peut pas se passer autrement.

L’Etat, ses gouvernements et les puissances capitalistes ne laissent l’expression libre que si elle ne dérange pas trop.

Soit des manifs et autres qui ne dérangent pas, et y a pas de répression.
Soit des manifs et autres (qu’elles soient « violentes » ou « non-violentes ») qui dérangent vraiment le système industriel, capitaliste et l’oligarchie, et il y a répression féroce.

On pourrait presque établir un étalon permettant de mesurer le degré de perturbation du système d’une action dans la rue grâce à la mesure du taux de répression policière ;-) :

  • degré 0 : pas de lacrymo ni coups de matraques, amendes éventuelles
  • degré 1 : amendes, lacrymo éparse, et bourrades policières
  • degré 2 : en plus : lacrymo massive et matraquages, arrestations
  • degré 3 : en plus : voltigeurs, grenades explosives et LDB, arrestations « préventives », garde à vue pour des journalistes et observateurs
  • degré 4 : en plus : tanks, canons à eau, cavaliers
  • degré 5 : en plus : présence de l’armée, menaces par armes à feu
  • degré 6 : en plus : tirs par armes à feu

Exemples, les marches climat habituelles ou les défilés syndicaux sont au degré zéro, donc ils sont totalement inoffensifs.
Les gilets jaunes se retrouvent souvent avec au minimum le degré 2, donc ils sont dérangeants et perturbent la bonne marche du système.

Ce régime n’a rien de démocratique, sa pseudo « démocratie » s’efface dès qu’on le conteste vraiment, et là les méthodes brutales de répression de type dictature apparaissent, pour protéger « la démocratie » contre des factieux bien sûr ! lol

- Pour échapper en partie aux brutalités policières et déborder les dispositifs de contrôle, il n’y a que deux moyens.

  1. Une présence massive, organisée et déterminée, comme à Hong Kong. (doublée idéalement de grèves massives et longues)
  2. Les actions clandestines éclairs.

On pourrait ajouter les émeutes surprises et rapides, mais c’est trop sporadique et l’effet est moindre.

Face à l’urgence et à ce régime verrouillé et terroriste, la désobéissance civile « classique » sera loin de suffire. Elle se fera fracasser par la répression et ses effets seront beaucoup trop lents, à moins d’être vraiment massive et dérangeante ?
A moins qu’on inclue dans la désobéissance civile toutes les formes de sabotages et de destructions matérielles menées par des activistes masqués ou pas ?


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