Le temps viendra où notre silence sera plus puissant que les voix que vous étranglez aujourd’hui !

par janek.
Mis à jour le mardi 8 janvier 2019

-* Comment mettre des mots sur ces sentiments d’impuissance et d’injustice ? Comment rendre visible l’ensorcellement qui nous fait rester si sage lorsque tout se dégrade ? Ou trouver collectivement la force et la puissance de résister face à l’enfermement, la machine judiciaire, la violence policière ou celle des institutions ?

C’est un profond désarroi, une boule d’impuissance, une infinie tristesse qui m’a parcourut à la sortie du tribunal. Dans ma tête résonnait les mots du juge « prison ferme, bouffeurs de flics, trophée, interdiction de manifester………... ». Je regardais le visage de ces ami.es et inconnu.es, je sentais le désespoir parcourir la petite foule, je voyais peindre la détresse sur le visage de ceux qui m’entouraient. Nous étions envoûté.es et nous ne nous en rendions pas compte.
L’envoûtement provoque une certaine forme de léthargie, elle nous ôte la possibilité d’avoir prise sur ce qui se déroule devant nous. C’est comme si on nous fait fixer un point précis, obéir à des injonctions précises et qu’hypnotisé.es nous ne voyions plus la multitude de possibilités qui s’offre à nous pour reprendre en main la situation. Ce soir là, après le délibéré du tribunal, ils nous ont ôté notre puissance de nous tenir ensemble.
Nous étions envoûté par l’idée que la justice puisse rendre justice.
Envoûté par sa soi-disant neutralité.
Envoûté par l’espoir, qu’à respecter les règles de cette justice nos ami.es ne retourneraient pas en prison.

Pourtant je me dis qu’il aurait suffit d’un cri, d’un cri bestiale venant du tréfonds des tripes, pour que se casse en mille morceau l’ensorcellement. Un simple cri venant du cœur, face à l’injustice. Un cri lorsque les peines d’enfermements sont prononcées contre nos ami.es. Un cri pour que nous trouvions la force de nous lever et hurler ensemble. Une cri pour que nos yeux se croisent et découvrent dans ceux des autres cette détermination capable de renverser des mondes.

« Si nous vivons, nous vivons pour marcher sur la tête des rois ! ».
Puis un grand silence et notre volte face collective face à cette justice qui se passe dans un palais (!). Un grand silence afin que nous ressentions dans nos cœurs cette dignité humaine enfin retrouvée. Cette dignité qui peut se passer de leurs justices, de leurs polices, de leurs institutions pour tout récréer sur les ruines du monde marchand et bourgeois.
« Nous n’avons pas peur des ruines. Nous sommes capables de bâtir aussi. C’est nous qui avons construit les palais et les villes d’Espagne, d’Amérique et de partout. Nous, les travailleurs, nous pouvons bâtir des villes pour les remplacer. Et nous les construirons bien mieux ; aussi nous n’avons pas peur des ruines. Nous allons recevoir le monde en héritage. La bourgeoisie peut bien faire sauter et démolir son monde à elle avant de quitter la scène de l’Histoire. Nous portons un monde nouveau dans nos cœurs. » Buenaventura Durruti 1936

Il est édifiant de rentrer dans un tribunal un jour de procès. Il est édifiant d’assister à une journée de comparution immédiate. Il est édifiant de prendre le temps de regarder les costumes, le décor, les nombreux vigiles et policiers armés.
Tout de suite on sent que ce monde n’est pas le notre. Qu’il n’a pas été fait pour s’y sentir à l’aise. On entre pas dans un palais de justice sans laisser une partie de nous en dehors du tribunal. Qu’aucune des règles qui régit ce genre de lieu ne serait valide tacitement en dehors. Que les multiples fouilles à l’entrée ne sont qu’une manière d’inscrire dans nos corps notre propre nudité face à la machine judiciaire, que les flics armés à l’intérieur du palais de justice ne nous font sentir que plus nu.e, que le langage du juge, du procureur, des avocats sont un langage de privilégiés entre personnes qui s’entendent et ont une éducation commune face à celles et ceux qui ne possèdent pas ces codes. Que les sourires tacites et les blagues entre ces différents protagoniste, tout du long du procès, nous donne à voir une connivence et une liberté que nous ne pouvons pas partager entre nous. Que l’injonction paternaliste au silence et à la retenue ne semble être donné que pour les personnes lambda du public de la pièce de théâtre qui se joue devant nous. Tandis qu’eux peuvent se permettre de blaguer, d’éructer, de couper, casser, insulter les prévenu.es, et le public, pendant que les flics discutent entre eux, se racontant eux aussi des petites histoires drôles. Ici, l’humanité, le sensible, n’ont pas leurs places. Ici on ne fait que respecter l’État de droit (parole de procureur...).

Depuis le début du mouvement des gilets jaunes je repense souvent à cette phrase de Jérome Bashet « Mais qu’est-ce donc que ce « peuple » qui, d’un coup, se réveille et se met à exister ? Rarement comme aujourd’hui le mot aura paru aussi juste ». Effectivement je crois bien que c’est le peuple qui est dans la rue. Pas un peuple mais le peuple. Et dans cette idée de peuple je vois resurgir cette idée de classe sociale qui semblait bonne à être jetée à la poubelle tant la classe moyenne semblait dominante. Macron, en traitant tout celles et ceux d’en bas « d’illettrés », « de gens qui ne sont rien », « de gaulois réfractaire » jusqu’à son fameux « qu’ils viennent me chercher » est venu brusquer la scission nécessaire entre ces classes dominantes et ces classes dominées. Ces dernières ont cru aux rêves d’élévation sociale et se retrouvent finalement les dindons de la farce, devant même payer pour la crise écologique alors que les 100 plus grandes entreprises mondiales sont responsables de 70 % de rejet du CO2 mondiale(1). Qu’un yacht de tourisme consomme l’équivalent d’en moyenne 100000 voitures(2). Que le gouvernement à supprimé l’ISF. Qu’il fait la traque aux pauvres plutôt que de s’attaquer à la fraude fiscale. De la, naît une révolte qui ne semble ne pas vouloir s’arrêter. A certains moments de l’histoire l’augmentation du prix de la farine, où du sel mirent le feu aux poudres et furent une des raisons de grandes flambées révolutionnaires, la taxe sur le diesel n’est que l’élément déclencheur d’une colère généralisé qui tente à certains endroits de remettre en question la démocratie participative, la représentation électorale, les inégalités de richesse, la justice de classe, la violence policière.

Face à ce mouvement qui se radicalise, qui rue dans le brancard, qui n’a pas peur d’affronter la police lorsque celle ci s’interpose entre les lieux de pouvoir et de richesse, qui refuse d’être représentée, le pouvoir de Macron et sa clique tremble. Et comme toujours lorsque le pouvoir tremble soit il lâche, soit il se cantonne dans ses positions et use de son bras armé et de sa justice pour tenter de mettre fin à l’insurrection. Alors que la fureur policière, ses meurtres, ses violences se cantonnait beaucoup aux quartiers populaires et aux personnes les plus marginales, elle tend maintenant à se généraliser vers l’ensemble de cette population indocile. Être éborgné.e à coups de flash-balls, asphyxié.e à coups de lacrymogènes, perdre sa main où son pied à coups de grenades de désencerclements, se faire tabasser par une dizaine de brutes en uniformes, se faire insulter et taper en garde en vue voilà qui devient monnaie courante pour celles et ceux qui ne veulent plus marcher au pas. Et lorsque d’autres viennent en secours face à cette violence qui mutile et tue c’est la garde à vue et la justice hâtive (comparution immédiate), où la détention préventive avant le procès qui les attends. Voilà pourquoi sont condamnés nos ami.es.

Cela fait longtemps que j’ai arrêté de croire en la justice. Je la débecte et si un jour elle m’attrape elle se débectera de moi. Mais sûrement moins que si j’étais pauvre, noir et n’ayant pas les codes avalisant de cette société.
Je n’ai jamais oublié ce conte de La fontaine appris par cœur au lycée qui finit par cette célèbre phrase « Que vous soyez puissant ou misérable la justice vous rendra blanc ou noir ». Ce que d’autres appelleront la justice de classe n’a jamais, et n’aura jamais pour but de faire justice mais plutôt de saborder, éliminer, détruire celles et ceux qui chercheraient à entraver la marche inexorable de la marchandisation de toute chose. Celles et ceux qui luttent pour des mondes plus justes. Celle et ceux qui sentent bien au plus profond d’eux-même que le changement ne sera pas doux, en marche, tranquille mais révolté, destructeur, amoureux, passionné.
Ceux ci, il faut les éliminer, d’autant plus quand des situations insurrectionnelles se mettent à exister au quatre coin du pays, dans les Dom Tom. Le pouvoir craint la rue, la justice cherche à renverser la peur....
Sortez dans la rue, amener vos masques, vos sérums physiologiques, vos casques et vous pouvez prendre de la prison. Tentez de protéger vos ami.es, vos enfants, des inconnu.es. lorsque la bavure policière n’est plus que la norme et pouvez prendre de la prison. Refusez de quitter un lieu après les sommations de la police et vous pouvez prendre de la prison.

Ce qui est de l’autodéfense populaire devient un crime. Mais qui nous protège de la police ? Qui nous protège de la justice ?


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