Les "révélations" sur les brutalités structurelles et planifiées à Ste Soline par l’Etat, ses préfets et ses flics (ici des gendarmes) publiées par « Libération » et « Mediapart » confirment ce que l’on savait ou suspectait fortement.
En plus des brutalités structurelles ciblant les quartiers populaires (et notamment des personnes racisées) par les forces de l’Ordre, documentées depuis longtemps, il y a bien une violence d’Etat structurelle, relayée et pratiquée avec jubilation par des flics en grande majorité extrême-droitisés, qui cible volontairement les activistes, militants, manifestants et rebelles de gauche (au sens large).
Des brutalités qui demeurent légales, en tout cas impunies et "légalisables" sur mesure par l’Etat.
Comme dans les anciennes dictatures d’Europe.
« Les juridictions administratives refusent de reconnaître la faute de l’État. Quant au Conseil d’État, il rejette les recours visant à interdire ou encadrer ces armes. » Même la mise en évidence d’ordre illégaux risque de n’avoir aucun effet, car « les règles d’usage sont contenues dans des circulaires non opposables : elles n’ont pas valeur juridique. Le ministère de l’Intérieur peut donc en changer le contenu ou les ignorer sans sanction », explique le juriste. « Pour l’État, la limite, c’est la mort, résume Pierre Bernat. Tant qu’il n’y a que des blessés, on peut presque tout se permettre. » (extrait d’un article de Reporterre cité plus bas)
C’est une forme de terrorisme ciblé : frapper, tuer, mutiler, blesser des manifestants pour terroriser volontairement TOUTES les personnes de gauche afin de les cantonner à la résignation ou à des formes de contestation inoffensives qui sont totalement ignorées par les pouvoirs.
Ce terrorisme d’Etat s’efforce de transformer volontairement les contestations de gauche en champs de bataille dangereux par l’action légale/illégale brutale des flics, afin de limiter fortement le nombre de contestataires offensifs, ce qui permet d’affaiblir la lutte et de les réprimer/contrôler plus facilement.
Le système judiciaire vient ensuite souvent compléter ce dispositif en condamnant sévèrement les contestataires de gauche. Et les médias du pouvoir et du capital sont là pour enfoncer le clou en permanence.
Tout le monde le sait, le sent, le constate, mais il est bon de se le (re)dire clairement.
L’Etat et ses flics fascisés ne sont absolument pas neutres, et visent structurellement à limiter ou empêcher toutes les contestations de gauche qui pourraient perturber l’ordre établi et construire une ébauche de démocratie ou de sortie du capitalisme.
On pourrait donc dire que l’Etat et ses flics sont structurellement de droite, et glissent de plus en plus vers le néofascisme, leur pente naturelle.
En réalité, tout Etat, de par sa nature centralisée, jamais démocratique, bureaucratique, lié au Capital est structurellement autoritaire et de droite.
Rêver d’un d’Etat vraiment de gauche et démocratique est un contresens, une illusion vite dissipée.
Alors qu’on sait depuis très longtemps que les flics défendent par la brutalité un certain ordre et une certaine société, il s’agirait de ne pas l’oublier.
S’il y a des brutes, des "sauvages", des sans foi ni loi, des anti-tout, des extrémistes, des meurtriers, des sanguinaires, des sociopathes, ils sont à chercher principalement du côté de l’Etat et de ses milices.
Le scandale honteux de la libération de Sarkozy après seulement 20 jours de prison, et le soutien des riches et de l’oligarchie médiatique dont il a bénéficié, illustre également le deux poids deux mesures structurel des organes d’Etat et de ses relais, une justice de classe dénoncée depuis toujours.
Conclusion : l’abolition de la police et de son monde doit forcément être notre objectif, et vice versa : abolir le monde mortifère en place passe entre autre par l’abolition de la police.
Articles sur les brutalités d’Etat à Ste Soline
- Manifestation à Sainte-Soline en 2023 : « Les vidéos révèlent la brutalisation, la bêtise et le mensonge des gendarmes et de leur hiérarchie » - Les chercheurs Olivier Fillieule et Fabien Jobard estiment, dans une tribune au « Monde », que les images montrant des forces de l’ordre face à des opposants aux mégabassines, révélées par « Libération » et « Mediapart », dévoilent des ordres prohibés et une jubilation à blesser.
- Sainte-Soline : retour sur une triple répression : militaire, médiatique et judiciaire, qui a été une étape vers la fascisation - Une « riposte proportionnée » selon le gouvernement
- Gendarmes à Ste Soline : le plaisir de mutiler, la volonté de tuer, en toute illégalité et impunité - Une démonstration sanglante du fascisme déjà là
- « Lui, si je le chope, je le tue » - Sainte-Soline : Flashback et contre-champs - Le 25 mars 2023 à Sainte-Soline, l’État a démontré tout ce dont il est capable pour défendre un trou. 1500 gendarmes, plus de 5000 grenades en tous genres, des centaines de blessés et un ministre de l’Intérieur qui annonce la veille que les images de violences vont être terribles. Nous pensions avoir tout lu, tout vu et tout dit sur l’évènement jusqu’à ce que Mediapart et Libération rendent publics cette semaine les enregistrements des caméras embarquées sur les forces de l’ordre. Force est de constater que ce contre-camps manquait pour comprendre ce qui s’est passé ce jour-là. On entend souvent à gauche la compassion des bonnes âmes qui imaginent des forces de l’ordre épuisées qui obéissent aux ordres malgré elles, parfois dérapent mais dans le fond servent la République et le peuple [1]. Ils en sont pour leurs frais. Dans cet article, Meadows reprend ses souvenirs de cette journée en les éclairants des éructations enthousiastes et joyeuses de ceux qui ont mutilés pour préserver l’ordre et le trou.
- Grenades, LBD... À Sainte-Soline, ces armes de guerre qui visaient les manifestants - Lors de la manifestation à Sainte-Soline, violemment réprimée, les forces de l’État étaient équipées d’armes classées comme matériel de guerre. Des armes déjà maintes fois mises en cause pour leur dangerosité. (...) « Le nombre total de munitions tirées est estimé à plus de 5 000. C’est extravagant, juge le sociologue. Cela montre qu’en France, la gestion des foules passe par les armes et tourne autour de leur usage. » (...) « Les juridictions administratives refusent de reconnaître la faute de l’État. Quant au Conseil d’État, il rejette les recours visant à interdire ou encadrer ces armes. » Même la mise en évidence d’ordre illégaux risque de n’avoir aucun effet, car « les règles d’usage sont contenues dans des circulaires non opposables : elles n’ont pas valeur juridique. Le ministère de l’Intérieur peut donc en changer le contenu ou les ignorer sans sanction », explique le juriste. « Pour l’État, la limite, c’est la mort, résume Pierre Bernat. Tant qu’il n’y a que des blessés, on peut presque tout se permettre. » (...) Les seuls pays comparables sont « les anciennes dictatures des pays du sud de l’Europe et les ex-pays communistes, devenus des démocraties entre la fin des années 1970 et les années 1990, qui gardent une tradition autoritaire de la police d’abord un instrument d’imposition des choix de l’État ».
- À propos de Sainte-Soline et des images révélées par Mediapart - « Pourquoi les gendarmes sont-ils tous des bâtards ? » - La semaine dernière, nos confrères de Mediapart et Libération publiaient les enregistrements des caméras-piétons portées par les gendarmes lors de la « bataille de Sainte-Soline ». Depuis, le scandale ne cesse d’enfler, comment est-il possible que les forces de l’ordre républicain puissent s’affranchir en masse de toute déontologie ? Peut-on raisonnablement déléguer le monopole de la violence à des gens qui semblent si ostensiblement jouir de son exercice ? Est-il nécessaire d’être à ce point bête et méchant pour exercer le métier de gendarme ?
Une question tout aussi légitime reste néanmoins absente du débat public : pourrait-il en être autrement ? Pour ouvrir le débat, nous avons décidé de republier cet excellent article de Serge Quadruppani et Jérôme Floch paru en 2023 [1]. Nous avons cependant tenu à l’actualiser en remplaçant dans le titre le mot « policier » par « gendarme ». Vice éditorial, les plus fins connaisseurs objecteront de différences éthiques considérables entre les deux métiers. (...) En première et en dernière instance, la police ne défend ni le faible, ni la veuve, ni l’orphelin, pas plus que la femme battue. La police défend par la brutalité le monde de l’économie et sa condition sine qua non : l’accaparement par quelques-uns du territoire et des efforts de toutes et chacun Le besoin de police est une mystification, son existence une usurpation. (...) Alors que la police prend de plus en plus ses aises dans l’espace public et médiatique, on entend ce qu’il reste de « gauche » s’indigner de l’avènement d’un État policier. S’il n’y pas d’être humain derrière l’uniforme, il n’y a pas davantage de noble institution étatique derrière l’inique État policier. Si l’on a coutume de définir l’État comme l’institution détentrice du monopole de la violence publique légitime, cela signifie qu’en charge de cette violence, il y a la police et l’armée. Dès lors, tout État est fondamentalement policier. La seule marge qu’il lui reste est de parvenir à masquer plus ou moins efficacement la violence qui l’a toujours constitué, en faisant vivre les fictions démocratiques que l’on connaît. À mesure que ces fictions s’effilochent ou perdent en crédibilité, l’appareil répressif se révèle. (...) Ce qui fonde la police, ce qui la rend indispensable à tout État, à tout gouvernement, c’est le risque du soulèvement, la violence potentielle du peuple. Il n’y a pas l’État, la répression puis la population, il y a le peuple, puis l’État et son besoin de répression. La potentialité de l’insurrection est première : la police lui court après. Il y a la violence émancipatrice qui fait naître des mondes meilleurs et la brutalité qui met tout en œuvre pour les empêcher d’advenir. Il y a d’abord la vie, puis ce qui la contraint, la réprime, l’abime. (...) Du fait du petit pouvoir que lui confère son uniforme, le flic de base, celui que nous devons subvertir, est sans cesse guetté par cette passion mauvaise : la jouissance d’humilier, de faire mal. Mais il faut énoncer ce qui conduit ces hommes et ces femmes-là à libérer tant de haine : le mépris dans lequel ils et elles se sentent tenus. Ce qui frappe dans le récit de Gendrot comme dans les bouquins de sociologues, dans les commentaires tenu au sein de groupes Facebook de forces de l’ordre voire dans les discussions WhatsApp de flics ouvertement fascistes révélées dans la presse, c’est le sentiment chez beaucoup d’être mal considérés, autant par leurs supérieurs que par une bonne partie de la population. Le flic de base est un frustré, et comme tant d’autres frustrés de toutes professions, sa frustration tourne au fascisme et au racisme. Fascisme : si je suis une merde, autant m’accorder la jouissance de traiter d’autres gens comme des merdes. Racisme : je suis une merde mais d’autres, homosexuels ou racisés ou femmes ou intellos, la liste est longue, sont de pires merdes encore. (...) En finir avec la police, c’est trouver les moyens de sa destitution et la destituer ce n’est pas la battre par la force ou l’abolir abstraitement, c’est la rendre inopérante.
Résoudre le problème de la police, c’est parvenir à se dégager un chemin au milieu de son omniprésence. Cela implique d’être capables de la repousser, de s’y soustraire, d’éparpiller et de désorienter ses forces comme l’ont fait les milliers de ronds-points occupés, de rendre son existence encore plus intenable et honteuse qu’elle ne l’est déjà et d’abord et surtout de faire exister les liens et les mondes au sein desquels elle n’aura plus jamais sa place.