« J’ai eu l’impression qu’ils prenaient vraiment du plaisir » : une lycéenne frappée par la BAC pour une photo

Origine article : Mediacoop.fr Par Davy DELFOUR

par Auteurs divers.
Mis à jour le mardi 11 décembre 2018

La manifestation lycéenne de jeudi dernier a été durement réprimée. Au plus fort de la répression, une manifestante de 18 ans est violentée pour avoir photographié une arrestation. Courageuse, la jeune femme a accepté de nous raconter cette scène.

C’est arrivé à quel moment de la manifestation ?
Quand on était vers le palais de justice. Il y a eu un mouvement de foule, je n’étais pas à côté des autres. Les policiers ont chargé, j’étais dans une rue perpendiculaire, j’étais seule. Un jeune venait de se faire interpeller, j’ai voulu prendre la scène en photo, et apparemment ça n’a pas plus aux policiers.

C’est le jeune garçon qui était étranglé pendant son arrestation ? [voir la photo d’illustration de cet article]
Oui, c’est exactement ça. Et du coup j’ai voulu prendre la scène en photo, sauf que ça ne leur a pas plu [aux policiers]. Ils m’ont couru après alors qu’il n’y avait plus personne dans la rue, j’étais toute seule. Ils m’ont mis à terre et m’ont demandé la photo, je leur ai dit que je la garderais. Bien sûr ça ne leur a pas plu, ils étaient à six sur moi. Ils m’ont insulté de petite pute, de petite salope, de petite chienne… Et j’étais toute seule, il n’y avait personne autour. Une situation pas très chouette… Ils m’ont tapé la tête par terre, ils m’ont étranglée avec mon écharpe. Je leur ai dit que je ne pouvais plus respirer, ils ont continué quand-même.

Quand tu étais déjà à terre ?
Oui. C’était répété. Ils m’ont immobilisé, parce que j’essayais de me débattre. Ils n’ont pas arrêté de me violenter jusqu’à avoir mon téléphone pour pouvoir supprimer les photos. Donc bien sûr je leur ai donné, parce que à force je commençais à avoir un peu mal. Ils ont continué jusqu’à ce que je leur donne, et en partant ils ont jeté mon téléphone par terre en me laissant un peu désarmée… Ils ont supprimé la photo, et une vidéo.

Ils étaient de la BAC [brigade anti-criminalité] ?
Il y avait trois agents de la BAC et trois policiers. Ils m’ont aussi pris en photo quand j’étais par terre. D’une manière un peu ironique, je ne sais pas pourquoi ils ont fait ça, quand j’étais par terre et blessée. Je ne sais pas ce qui s’est passé avec cette photo. On me reproche d’en prendre une, et c’est moi qu’on photographie, quand je suis le plus abattue. C’était une nana de la BAC qui m’a prise en photo. Mais en toute ironie, du genre « moi aussi je peux le faire ». En tout cas, c’est le sentiment que j’ai eu.

Il s’est passé quoi ensuite, ils t’ont arrêtée ?
Non, même pas. C’est ça que je trouve bizarre ! S’ils n’acceptaient pas que je les prenne en photo, ils auraient dû m’embarquer, pas me mettre à terre et me taper dessus. Mais non, ils m’ont encore insultée de tous les noms, et ils m’ont laissée par terre.

Tu as fait quoi après ?
J’ai appelé un copain qui était aussi à la manifestation, et qui m’a rejoint. Je suis retourné dans la manifestation pour revoir un peu leurs visages, me rappeler de leurs têtes s’il y avait quoi que ce soit. Je suis retombé sur un policier qui avait été violent, il m’a dit que je l’avais bien mérité, que j’avais pas à prendre de photos comme ça.

Ils t’ont dit que c’était illégal de les prendre en photo ?
En fait, c’est assez flou. Ils m’ont dit qu’ils étaient dans leur droit, que c’était dans le code pénal ou quelque-chose du genre… Je ne sais pas trop de quoi ils parlaient.

Tu as continué la manifestation jusqu’à la fin ?
Non, parce qu’à la fin c’est devenu un mouvement seulement violent. Le problème, c’est qu’on nous parle de pacifisme et de respect, et moi j’étais totalement dans ce mouvement là, et au final c’est moi qui me suis fait taper dessus.

Après la manifestation, tu as été chez le médecin ?
Oui, pour qu’il constate mes blessures corporelles. Et puis… J’ai pas été porter plainte. J’ai des hématomes sur les jambes, sur le front, des griffures…

Tu dis que tu n’as pas été porter plainte. Tu y réfléchis ?
En fait, j’ai peur que ça se retourne contre moi. Même s’il n’y a pas de raison… Je connais quelqu’un qui est dans la police, et qui m’a dit que pendant les manifestations, ce genre de violences n’était pas pris en compte. En encore une fois, vu qu’il n’y avait pas de témoins… J’ai pas trop envie de me retrouver face à des policiers alors leurs collègues m’ont… Je ne sais pas trop, je réfléchis. Je pense qu’il ne faut pas trop que j’attende. Je pense que je vais le faire.

J’ai pris une photo de l’arrestation dont tu parles. C’est les agents qui figurent dessus qui t’ont violentée ?
Le type qui tient le jeune au cou, il est venu me courir après. Celui qui est debout, je ne sais plus… J’étais toute seule, ils étaient à six sur moi. Mais ouais, surtout la BAC, ils ont été vraiment violents dans leurs propos et physiquement.
(...)

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