Gilets jaunes, la brèche ouverte ne pourra pas se refermer

ADIEU 2018, BONJOURVOLTE - Cerveaux non disponibles

par Auteurs divers.
Mis à jour le jeudi 3 janvier 2019

*** ADIEU 2018, BONJOURVOLTE ***

Qui aurait pu imaginer il y a deux mois que nous écririons ces lignes ? Certainement pas nous. L’une des forces d’un mouvement insurrectionnel se trouve dans son aspect totalement imprévisible, non planifié. N’en déplaise aux professionnels de la révolte. A cet égard, le mouvement des Gilets Jaunes se révèle éminemment insurrectionnel.

Surtout, les GJ font voler en éclats toutes les typologies pré-établies des mouvements sociaux. Et donc toute tentative de les contrôler / manipuler.

Nous ne savons pas ce que sera 2019. Nous ne savons pas ce que deviendra le mouvement. Mais nous savons que les Gilets Jaunes ne sont ni homogènes ni figés. Et c’est là toute leur force. Depuis le début, le mouvement regroupe des citoyens aux origines très diverses, aux aspirations très variées et aux pratiques de luttes multiples (et complémentaires). Surtout, le mouvement a énormément évolué en quelques semaines. Des dizaines de milliers de citoyens sont sortis. Sortis de chez eux mais aussi de leurs certitudes et de leur quotidien très (en)cadré par la société. L’allégorie de la caverne, à la sauce cinquième République.

Deux exemples suffisent à cerner l’ampleur du phénomène : le regards des GJ envers BFM et celui envers les forces de l’ordre. En un mois et demi, la première chaîne info française est devenue l’une des principales cibles du mouvement, alors qu’elle était plutôt bien accueillie lors de son suivi « non stop » de la journée du 17 novembre. Même constat pour les CRS, la police et la BAC. Si l’on entend encore quelques chants appelant la police à rejoindre le mouvement, une grande partie des GJ considère aujourd’hui les forces de l’ordre avec appréhension (voire hostilité).

Il faut dire que les matraquages médiatiques ET policiers ont été si violents, que de nombreux GJ se sont rendus compte à quel point ces deux acteurs du jeu politique ne travaillaient plus en respectant leur obligation de neutralité.

A cet égard, la crise des Gilets Jaunes est devenue une crise de la démocratie. Une crise de régime. Surpris par l’ampleur du mouvement tout autant que par son côté totalement décentralisé et auto géré, le pouvoir a rapidement paniqué, notamment à partir de l’acte 3 où l’insurrection fut clairement portée par des milliers de GJ dans la rue. Face à cette panique d’une foule sans leader, sans contrôle mais extrêmement déterminée et lucide, le pouvoir a été obligé de jouer son dernier va-tout : la répression ultra violente et la criminalisation du mouvement. Au point de sacrifier bon nombre de droits fondamentaux pour ses citoyens.

Plus de 2 000 blessés dont au moins 4 mains arrachées et 12 éborgnés. Une personne décédée à Marseille. Plus de 5 000 personnes interpellées. Des centaines de condamnations, dont des dizaines de prison ferme.

Ces chiffres bruts ne peuvent être des chiffres de maintien de l’ordre d’un mouvement social. Il s’agit d’une véritable déclaration de guerre du gouvernement à tous ceux qui osent encore sortir et mettre un gilet jaune.

Car au delà des chiffres, il y a les actes : derrière les blessés, il y a des tirs de flashball en pleine tête, des manifestants assis et/ou les mains levées, qui se font tirer à bout portant, des Gilets Jaunes qui se font rouer de coups au sol... Des milliers de lacrymo balancées à l’aveugle, non pas pour stopper une situation dangereuse mais bien pour disperser un rassemblement qui ne plait pas au pouvoir.

Il y a aussi ces manifestants obligés d’enlever leur gilet jaune pour pouvoir entrer (et/ou ressortir) des rassemblements. Ces personnes interpellés pour simple possession de gilets ou de masques de protection contre la lacrymo. Ces manifestants condamnés à de la prison et déchus de leurs droits civiques sans aucune preuve de violence de leur part si ce n’est les déclarations d’un policier : aucune photo, aucune vidéo. Alors que tout est aujourd’hui filmé et photographié (par les manifestants, par les médias mais aussi par la police elle même).

Qu’on se le dise : le pouvoir est sorti à plusieurs reprise du cadre légal et du respect des Droits de l’Homme. Et il le fera encore si cela permet au système de se maintenir en place.

Sa tactique est simple : faire peur. Non pas aux manifestants les plus virulents mais bien aux plus nombreux. Peur d’être « victime » d’un flashball ou d’une grenade de désencerclement. Peur d’être embarqué en GAV, voir condamné, pour possession d’un gilet jaune et d’un masque contre la lacrymo. Le nombre de « bavures » policières mais aussi judiciaires est bien trop important pour parler encore de bavures. Il s’agit là d’une politique et d’une stratégie.

De nombreuses ONG, notamment Amnesty International, ont tiré la sonnette d’alarme. En vain.

Ce que le pouvoir (politique, économique et médiatique) ne comprend pas (encore), c’est que cette réaction disproportionnée, clairement illégale, ne fait que renforcer la conviction des Gilets Jaunes dans l’illégitimité de ce pouvoir. Et dans la légitimité du mouvement.

Il est assez frappant de voir à quel point les GJ gardent la motivation et la ferveur des débuts. Et gagnent en organisation et en stratégie de lutte. En quelques semaines, des milliers de citoyens se sont initiés aux pratiques de révolte et d’opposition au pouvoir, aux contournements des forces de l’ordre, au positionnement face aux différents médias, à la communication en interne.

Une brèche est désormais grande ouverte dans le paysage français. Une brèche qu’on ne pourra refermer sans rien changer. Nous savons les dangers de cette brèche : le renforcement du pouvoir avec un durcissement autoritaire et répressif. Mais aussi la montée en puissance de forces contre-révolutionnaires (se présentant comme révolutionnaire et comme l’unique alternative).

Mais nous connaissons aussi les espoirs que représente cette brèche : la prise de conscience d’une injustice sociale, structurellement construite par le système économique (capitaliste) et préservée par le système politique, médiatique et policier.
Et ce faisant, la quête d’une société plus égalitaire, plus juste et plus tolérante. Évidemment que le chemin est très très lointain pour cet horizon, clairement révolutionnaire.

Des dizaines de milliers de citoyens se sont ré-approprié la question politique. Pas la politique des partis ou des syndicats. Non, la politique au sens noble. La question du vivre ensemble. Des citoyens descendent sur les ronds points, dans les rues, aux péages, depuis plus de huit semaines. Et ce, malgré le froid, les blessés et les arrestations. Rien que cette réalité constitue déjà une petite révolution pour la France. Et ce n’est pas fini, loin de là. La montée en puissance du mouvement dans plusieurs villes et régions prouve que 2019 sera marqué au fer de la révolte GJ. Nous espérons, et nous lutterons, pour que cette prise de conscience et cette politisation inédite des classes moyennes et des laissées pour compte débouche sur des ambitions humanistes et solidaires.

Joyeuse révolte à tous.

Source : Cerveaux non disponibles


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