Chronique de Jérusalem : Premier épisode

Promenade dans la vieille ville de Jérusalem

jeudi 28 mars 2024, par Armand.

Récit de voyage d’avant le 7 octobre 2023 : où l’on comprend pourquoi les Palestiniens n’en peuvent plus. C’est une ville occupée depuis 1967 au mépris du droit international. Le truc c’est de te faire passer pour un pèlerin, mais ça marche pas à tout les coups !

Après quatre heures de vol, de plusieurs heures de contrôles avant de décoller et à l’atterrissage, j’arrive à Tel-Aviv. Je monte dans le taxi collectif qui vous dépose où vous voulez dans Jérusalem. Sauf que, comme le chauffeur (il porte une kippa),ne sait pas où c’est la Maison d’Abraham (du moins c’est ce qu’il essaye de me faire croire, car en vérité il ne veut pas y aller, c’est Jérusalem-Est : le mois dernier il y a eu des émeutes à cause de la construction d’une colonie illégale à 200m de là où je loge. Elle est cernée de hauts grillages, le chef de chantier n’a pas une truelle à la ceinture, mais un revolver, ambiance…
Ce sera donc Porte de Damas. Et après un autre taxi. Des Français un peu largués (la soixantaine) me demandent de dire au chauffeur de les emmener à tel endroit, car ils ne parlent QUE français. Me voilà traducteur, avec mon anglais approximatif ,mais bon, ça a marché ! Et donc une heure de « je vais par ci, je vais par là » pour déposer tout le monde. Et je suis largué porte de Damas, à 21h30, il fait nuit.
Ça grouille de monde, de musique, de brochettes qui cuisent sur des braseros de fortunes.
Je n’avais pas fait gaffe : c’est la veille du ramadan, donc grosse fête et gros bordel. Avec mon sac à dos vieillissant sur le dos et un autre sac dans les bras, je fais un peu tache dans le paysage.

Je cherche un taxi : Il y en a un, mais vide. « Please can you tell me where is the driver ? », à un marchand de grillades hilare. Il ameute tous ses potes qui sont autour, mais pas de chauffeur. Je fais deux fois l’aller et retour devant la Porte de Damas avec mes sacs qui pèsent quand même sacrément.

Un taxi libre bloqué dans l’embouteillage :
- you are free ?

Yes com on ! Je balance mes bagages à l’arrière et monte devant.
- Were do you want to go ?
- Abraham House, at Ras El Amoud.
Il fronce les sourcils. Manifestement il n’a pas bien compris. On est dans des embouteillages monstres et son attention est surtout captée par ne pas qu’on lui abîme sa bagnole.
Je sors mon carnet : adresse et téléphone de la maison d’Abraham.
Il lit : OK, I phone to go ! Tel me the number !
Je lui dicte les numéros pendant qu’il se faufile dans la circulation. Le bruit, la musique autour sont hallucinants, on se croirait à la fête de la musique, voiture, brasero et brochettes en plus ! Ça grouille de monde, partout... La connexion avec la Maison d’Abraham faite, il me fait la conversation et veut tout savoir.
- « HA français ! ». Les Palestiniens adorent les Français !, ta famille, le nombre d’enfants, métier et tout et tout.
Mais il m’en coûtera 80 shekels (18 euros), plus que pour faire Tel-Aviv/Jérusalem alors que c’est à un quart d’heure à pieds... Bien joué : je me suis fait rouler.

Je prends enfin possession de ma chambre à 22h30, c’est mignon tout plein. Et surtout calme. Je retrouve ce havre de paix avec son immense jardin qui donne sur le Mont des Oliviers. Je prends le temps, mes affaires posées, d’aller sur la terrasse et d’admirer la ville de nuit. Il monte un brouhaha incroyable, c’est la fête. Les muezzins appellent à la prière, il y a trois mosquées dans les alentours, en plus de celle d’Al-Aqsa (ou Dôme du Rocher), située en face à moins d’un km à vol d’oiseau. Cela donne une espèce de chant grégorien diffusé par les haut-parleurs au sommet des minarets.
Le lendemain il fait très chaud, mais j’ai marché quand même pendant six heures dans et autour de la vieille ville, avec bonheur.

Bref, seul dans cet univers surprenant et changeant, je me sens libre, mais un peut paumé et sans repaire. (Toutes les indications sont en hébreu, arabe et anglais, et encore pas toujours). Et la tension est palpable. Les molitaires sont partout, méfiant, soupsoneux aux moindre signe suspect, tu sort un truc de ta poche en passant devant eux et ils ont déjà enlever la sécurité de leur Ouzis.

Depuis la terrasse, on distingue derrière un cactus la partie nord des remparts, avec l’Esplanade des mosquées et la mosquée du Dôme du Rocher reconnaissable à l’or dont elle est recouverte. Elle date de 692. Menacée moult fois de destructions, tantôt par les juifs, tantôt par les chrétiens, elle a failli être rasée lors de la prise de la ville (ainsi que les églises), pendant la guerre des Six Jours. C’est Moshé Dayan qui aurait donné l’ordre de protéger tous les lieux saints, de toutes les confessions. Mais encore aujourd’hui les fondamentalistes juifs veulent la détruire, car il y aurait dessous le temple de Salomon.
Elle tient son nom au fait qu’à l’intérieur il y a le fameux rocher où Abraham aurait prévu, à la demande de Dieu, de sacrifier son fils pour prouver sa foi. Mais c’est aussi là que Mahomet serait arrivé à son retour de la Mecque, et d’où il serait monté au paradis. C’est le troisième lieu saint de l’Islam.

Le soleil cogne dur, il fait 30° à l’ombre. Depuis la Maison d’Abraham, je dois traverser l’immense cimetière du Mont des Oliviers et contourner la vallée du Cédron, sorte de ravin sous la vieille ville où l’eau ne coule que rarement, juste en hiver. Mais c’est là, dans une grotte un peu plus haut que logeait Jésus-Christ, et c’est aussi là qu’il serait mort (enfin la première fois puisque c’est un récidiviste du décès). C’est dire la charge spirituelle qui règne dans cet endroit pourtant minuscule. Des dizaines de cars sont garés plus bas et déversent leurs lots de touristes, américains, japonais, enfin de partout.

Mais si tu sais t’isoler et passer par d’autres chemins, éviter les contrôles et les cheik-points, tu es seul avec cette atmosphère particulière et la nature, car les corbeaux viennent te rappeler qu’ils étaient là bien avant toi, et la religion ils s’en foutent pas mal. Je me sens proche d’eux.

P.-S.

La suite au prochain numéro !


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