A Paris, la police fait un blessé grave, le cortège se radicalise

par janek.
Mis à jour le dimanche 10 février 2019

Un manifestant a eu la main arrachée par une grenade, samedi à Paris, en dépit des appels à l’interdiction de cette arme qui a déjà fait plusieurs blessés graves.

Et samedi, une nouvelle fois, un manifestant s’est effondré, la main arrachée par une grenade. En dépit des appels à l’interdiction des grenades contenant du TNT – les grenades assourdissantes GLI-F4 – ou du lanceur de balles de défense (LBD), les forces de l’ordre ont une nouvelle fois grièvement blessé un gilet jaune à Paris pour l’acte XIII du mouvement.

Devant l’Assemblée nationale, vers 13 heures, un épais nuage de lacrymogènes recouvre le carrefour du quai d’Orsay et du boulevard Saint-Germain. Des détonations se succèdent. « Il y avait des panneaux de bois devant l’Assemblée, et des flics derrière, explique un témoin. Ça a commencé à pousser dessus. Les flics se sont pointés, des pierres ont volé. Et puis les CRS et les flics en civil ont chargé. »

Des images montrent le manifestant et son bras blessé, porté par un camarade jusqu’aux murs de l’Assemblée. « J’ai vu le mec sortir de la fumée des lacrymos, explique le photographe Édouard Richard. Les policiers tiraient un peu à l’aveugle à ce moment-là. Ils balançaient des trucs par l’arrière des panneaux de bois. »

« Je n’ai pas vu le début. J’ai été appelé, et j’ai vu le blessé à terre avec la main arrachée, explique à Mediapart Clément, volontaire des « street medics » sur la manifestation. Il n’avait plus que des lambeaux de chair. J’avais un garrot, je lui ai posé. C’est une bande avec un tourniquet pour couper la circulation, et comprimer au maximum. Il n’a pas parlé, il était un peu fébrile, comme anesthésié par l’adrénaline. Quelqu’un l’empêchait de regarder sa main. C’est comme dans les films. C’est effrayant de voir ça. »

Un autre manifestant aurait été touché par un éclat à la jambe. Selon un témoin joint par l’AFP, Cyprien Royer, le blessé, « prenait des photos des gens en train de pousser les palissades de l’Assemblée », lorsqu’il a été touché par la grenade en cherchant à l’éviter. La grenade a atterri « à ses pieds », mais « il a, semble-t-il, approché sa main pour la repousser, et elle a explosé », résume Clément. L’enquête qui ne manquera pas d’être ouverte devra déterminer la nature de la grenade en question. Cette blessure est similaire à celles provoquées par l’explosion des grenades assourdissantes GLI-F4, dont ont été victimes Gabriel, à Paris, et Antoine, à Bordeaux. Plusieurs médias relayent cependant, samedi, l’hypothèse d’un tir de grenade de désencerclement.

Postés dans le périmètre de l’Assemblée, des gendarmes ont en tout cas ouvert la grille pour que le blessé soit pris en charge par les pompiers, à l’intérieur.

La manifestation s’est poursuivie à travers le Quartier latin, hantée par « la main arrachée » un peu plus tôt. Une photo de l’homme sans main s’affiche sur les portables. Certains ont aussi la photo d’un lambeau de chair sur le macadam. Alors qu’elle devait emprunter le boulevard Raspail, la manifestation suit son propre chemin. En tête de cortège, une banderole renforcée proclame d’ailleurs « Retour aux bases, manifs sauvages ». Rue de Rennes, des coups de marteau s’abattent sur les distributeurs de billets, et les vitres de banques CIC, Banques Populaires, BNP, aux cris d’« anti’ anti’ capitalistes’ haha’ ». Les manifestants noirs et jaunes – en k-way noirs, parfois doublés d’un gilet jaune –, font résonner leurs marteaux provoquant des discussions sur les méfaits des banques parmi les gilets jaunes du cortège. « Et la MAIF y a droit aussi ! », s’étonne l’un d’eux. Un tag annonce la couleur : « Hé, la CGT, c’est pas des mojitos mais des molotov qu’il faut ».

Lorsque des pierres sont lancées sur les vitres d’un immeuble en construction, une femme s’offusque. « Mais y a personne dedans, lui répond-on. Y a eu une main arrachée à l’Assemblée. La violence, elle est de l’autre côté ! »

D’obscures disputes surviennent entre manifestants masqués. « Arrêtez, les frères ! » leur lance-t-on. Une sono diffuse un vieux tube de Renaud qui parle de grenades et de barricades – « Société, tu m’auras pas ». D’autres manifestants innovent avec une chanson dédiée à Alexandre Benalla : « Benallaaa, Benallaaa, même si vous n’en voulez pas y’a Benallaaa / Il ira pas en prison parce que c’est un pote à Macron/ Benallaaa / Il est dans toutes les combines / Benallaaa ».

Les unités mobiles d’intervention reçoivent l’ordre d’arrêter les frais, et la manifestation. Les gilets jaunes et noirs sont dispersés violemment. Rue Lauriston, une unité de compagnie d’intervention (CI) fonce sur des manifestants à coups de matraque. « Accident grave ! » lance un policier en civil. Une chaîne de gilets jaunes protège une blessée. « Ils étaient une quinzaine à donner des coups de tonfas sur nous, témoigne Jean-Philippe. Ils s’y donnaient à cœur joie. La jeune femme a pris un coup à l’arrière du crâne. » « La blessée a été prise de nausées et de vomissements, ça pourrait être mauvais signe », s’inquiète un « medic ». Elle a été prise en charge par les pompiers.

Voir en ligne : https://www.mediapart.fr/journal/fr...


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