21 septembre, journée de convergence et de violences d’Etat

La fausse démocratie révèle toujours davantage sa vraie brutalité + un potentiel explosif

par Auteurs divers.
Mis à jour le dimanche 22 septembre 2019

21 SEPTEMBRE : JOURNÉE DE CONVERGENCE ET DE VIOLENCES D’ÉTAT

(un post de Nantes Révoltée)

- La seule marche pour le climat du monde attaquée et empêchée par la répression -

La journée de mobilisation du 21 septembre était annoncée de longue date. Elle devait être le jour des « convergences » tant attendues entre les nombreuses luttes en cours sur le territoire : Gilets Jaunes, marche pour le climat, grèves diverses, mouvements contre les violences policières ... Cet Acte, qui se voulait « capital », devait donner le tempo d’une rentrée sociale haute en couleur. Il aura été asphyxié par un État policier chaque jour plus violent. Quatre points à retenir.

1 - Une répression de nature fasciste

Le gouvernement a fait de chaque samedi un concours de barbarie policière. L’enjeu pour l’État est chaque semaine, de savoir comment museler le plus vite possible l’expression contestataire. Dans les médias, il n’est plus question que de cela : avec quelle efficacité « l’ordre » sera-t-il maintenu. Le 21 septembre, Macron a mis les grands moyens. 7 500 policiers Des centaines de robots entièrement noirs, lourdement armés, patrouillant sur des motos. Des blindés et des canons à eau. Des milliers de contrôles préventifs sur tous les axes routiers et ferroviaires menant à la capitale. Et des dizaines de personnes déjà interpellées alors que le jour se lève à peine.

Le point de rendez-vous des manifestants, Place de la Madeleine, est une nasse géante dès 9H. Quasiment impossible d’y accéder. Les première grenades sont tirées quelques minutes après l’heure officielle du rendez-vous. Toute la matinée sera consacrée à frapper, blesser, pourchasser, enlever, dépouiller les Gilets Jaunes, où quiconque pourrait y ressembler. La moindre grappe de plus de 10 personnes est chargée par des dizaines de policiers. Un homme âgé est traîné par terre. Une journaliste gazée. Des coups de matraque pleuvent pour scinder des petits groupes qui discutent. A midi, le préfet annonce déjà fièrement plus de 100 arrestations. Pourtant, il n’y a pas eu le moindre affrontement. Un bilan Poutinien.

L’industrie tue

2 - L’échec de la préfecture et le retour du cortège de tête

Malgré ce dispositif ahurissant, des Gilets Jaunes parviennent à force d’ingéniosité et de persévérance à se faufiler jusqu’aux Champs Élysées. Ils ne sont que quelques centaines, mais dans ces conditions, c’est un exploit. Évidemment, alors qu’ils ne font que marcher à visage découvert, ils trouvent face à eux un mur noir, armé, d’hommes sans visage qui les arrosent de grenades. Il y a des flux et des reflux, des arrestations et des blessés. Rien que cet envahissement éphémère de la plus belle avenue du monde est un échec pour les autorités.

Deuxième victoire, l’afflux massif au point de rendez-vous organisé l’après-midi pour le climat. Des dizaines de milliers de manifestants. Des banderoles inventives, des chars de carnaval, de la musique. Une grande hétérogénéité qui rappelle les manifestations contre la Loi Travail. En tête un cortège de plusieurs milliers de manifestants qui se positionnent devant les organisations, donnant un tempo clairement révolutionnaire à la manif. Gilets Jaunes, verts, Kway noirs, personnes de tous horizons bien décidés à manifester bruyamment. Une rencontre inadmissible pour le préfet. La manifestation est attaquée avec une extrême brutalité alors qu’elle vient de démarrer. C’est le deuxième rendez-vous de la journée interdit par le gouvernement. C’est la seule marche pour le climat du monde empêchée par la police. Mais aussi un terrible aveu d’échec pour le pouvoir.

3 – Une propagande toujours plus hallucinante

« Nos envoyés spéciaux sur les motos de la police ». C’est, sans rire, ce qu’on entend sur plusieurs chaines d’information pendant la journée. Les « journalistes » sont désormais directement dans le dispositif de maintien de l’ordre sur des motos de flics. La propagande atteint des niveaux hallucinants. Les commentateurs parlent de « black bloc » et « d’affrontements » alors que les images en direct montrent des charges gratuites sur des foules familiales. Les « experts » se succèdent sur les plateaux pour féliciter « l’efficacité » du maintient de l’ordre. La presse ne fait pas mieux. Un journaliste de Libération publie un tweet contre ces « immondices de black blocs » qui aurait infiltré la manif. Un mensonge qui sera repris : celui de faire croire que la violence pourrait venir de certains manifestants plutôt que de forces armées et entraînées. Tout le travail de cette propagande est précisément d’empêcher une manifestation plurielle et hétérogène d’avancer en conjuguant les modes d’actions. Les médias, auxiliaire de l’Etat policier.

4 – Le naufrage des organisations classiques

Dès les premiers gaz, plusieurs organisations écologistes appellent à « quitter le défilé » car les conditions « ne sont pas réunies ». Se préoccuper de la sécurité des manifestants est évidemment légitime, mais ces appels sonnent comme des reddition. Se plier aux caprices des forces de répression n’est pas la solution, surtout en période de disparition accélérée des libertés fondamentales. Greenpeace va même publier une dénonciation de la « violence des black blocs et des forces de l’ordre ». Comme s’il était possible de mettre sur le même plan les oppresseurs et les opprimés. Des gens désarmés qui mettent leurs corps et leur liberté en jeu, au même niveau que celle d’agents armés, protégés, et couverts par l’Etat qui frappent les corps.

Le 1er mai dernier, alors que la police attaquait l’avant de la manifestation syndicale – une situation jamais vue en temps de paix en France – plusieurs organisations appelaient à quitter la manifestation. Lors du G7 de Biarritz, même scénario : le pays Basque étant militarisé, les organisations avaient annulé leurs actions. A chaque fois, le chantage fonctionne. On croirait que plus la répression est brutale, injustifiée et liberticide, plus certaines organisations donnent raison aux autorités en annulant les événements réprimés. Une stratégie perdante.

Malgré tout, une manifestation nocturne aura lieu en musique. Seul moment d’apaisement et de fête de la journée. Plus tard, des Gilets jaunes réinvestissent les Champs Élysées. Un feu de joie est allumé. Les charges sont à nouveau très violentes. C’est la dernière action de la journée, la nuit des barricade n’aura pas lieu, écrasée par la répression.

Quelles perspectives ? Malgré tout, des mondes se sont rencontrés pour cet Acte 45. Jeunes pour le climat, Gilets Jaunes, anticapitalistes. Des dizaines de milliers de personnes ont tenu la rue ensemble. Plusieurs tentatives de déborder les pièges ont eu lieu, parfois victorieuses, souvent défaites. Les marges de manœuvres se resserrent sous les coups de plus en plus affolants de l’Etat policier. Il devient urgent de réinventer des manières de lutter, faute de voir disparaître définitivement le droit de manifester en France.

Pour votre sécurité, interdiction de manifester

PARIS TENU

(un post de Cerveaux non disponibles)

Ce 21 septembre était tellement attendu et porteur d’espoir qu’il avait toutes les chances d’être un grand défi. D’autant que le gouvernement avait saisi l’enjeu de ce rdv et s’était donné les « moyens » de faire échouer toute contestation. Et pourtant...

La matinée s’annonce difficile. Comme prévu, le dispositif répressif est démentiel. 7 500 forces de l’ordre mobilisées, des barrages, des contrôles, des interpellations, des amendes. La stratégie du pouvoir est simple : empêcher tout regroupement aux alentours des Champs Élysées mais pas seulement : son rôle n’est plus de protéger les manifestants, mais bien de leur faire peur en amont pour qu’ils ne viennent pas manifester. Certaines personnes se sont fait contrôler 5 fois en moins d’une heure, d’autres ont écopé d’amendes, pour regroupement non autorisé, alors qu’ils étaient cinq ou six, sans aucun gilet jaune ou matériel de protection ! « On nous contrôle à notre gueule de prolos ». Il faut bien voir là que le simple fait d’une expression collective et prolétaire dans la « plus belle avenue du monde » est réprimée afin d’isoler et d’empêcher les revendications là où elles font sens. Ce sont petit à petit des mesures d’apartheid social qui sont mises en place. A quoi s’attendre quand l’Etat ne tient que par sa police ? (En fin de journée le bilan légal faisait état de 168 interpellations et 120 GAV.)

La stratégie d’étouffement et d’asphyxie sécuritaire est la même juste à côté, à Madeleine, lieu du premier rassemblement du jour, celui d’une convergence GJ et écolos et altermondialistes pour ouvrir le bal d’une journée épique. Le rassemblement avait été interdit par la préfecture, mais à l’instar de nombreux groupes, ATTAC et Solidaires, ont eu l’audace de maintenir l’appel à se rassembler pour aller en groupe sur les Champs. Évidemment, la police en aura décidé autrement. Après une évacuation de la place, les esprits étaient suffisamment chauffés et joyeux pour partir en sauvage vers Saint Lazare. Les « Paris debout soulève toi » retentissaient à nouveau dans les beaux quartiers. Sur le chemin, charges, gazages et dispositif furieux des voltigeurs ultra mobiles n’ont pas réussi à empêcher les manifestants de construire des barricades et de se diriger vers les champs.

La matinée sera ainsi faite de nombreux rassemblements improvisés, intuitifs, devenant des manifestations sauvages, signant les premières alliances spontanées, prometteuses pour le reste de la journée. En effet dès l’évacuation de la place de La Madeleine par la police, c’est ensemble que Gilets Jaunes, Gilets Verts et sans gilets démontrent au pouvoir en place qu’il ne pourra défaire ce qui fait désormais « commun », la lutte, tous ensemble.

A ce stade il paraissait toujours incertain de pouvoir tenir dans ces quartiers et encore moins possible d’investir les Champs. Et pourtant... à force de détermination, plusieurs petits groupes de GJ ont réussi à franchir tous les barrages menant à l’avenue. Au fil de la matinée, le nombre de manifestants sur place ne cesse de grossir. Pour la plupart sans gilet, comme lors du 14 juillet, ils commencent à se regrouper et à chanter. A plusieurs reprises, les GJ arrivent à investir l’avenue et à couper la circulation. Difficile à compter, on peut tout de même estimer qu’entre 1000 et 2000 GJ auront réussi à investir l’avenue, mais qu’il ne faut pas oublier que beaucoup plus de GJ étaient présents autour, invisibilisés par les flics qui n’ont eu de cesse d’essayer d’imposer leur terreur pour les tenir à l’écart. Ces manifestations sauvages, sur des Champs Elysées bunkérisés, sont un énorme pied de nez au dispositif militarisé et guerrier du pouvoir. Même face au surnombre, face au rouleau compresseur policier, il aura suffi d’un peu de détermination pour atteindre un des objectifs de la journée. Cela devrait inciter à être plus nombreux les prochaines fois... A seulement plus d’un millier de gilets jaunes, sans gilet, ils ont réussi à faire cela, quel exploit ! Et ressentir à nouveau ce sentiment de puissance collective dont le but est d’accéder à une justice sociale et climatique. Paris tenu !

Malgré les dizaines de milliers de blessés, d’interpelés et de condamnés, il reste encore de très nombreux Gilets Jaunes prêts à faire des centaines de kilomètres pour venir sur Paris et risquer des GAV (voire pire) pour pouvoir crier leur colère sur l’avenue la plus inaccessible d’Europe. Macron, Castaner et Lallement peuvent parader, il n’en reste pas moins qu’ils devraient s’inquiéter d’un tel constat. La terreur n’a pas maté la colère d’une partie du peuple. Bien au contraire.

L’autre réussite de ce 21 septembre, c’est la réelle convergence sur la marche pour le climat. Car, assez vite, face à la situation irrespirable des Champs, de nombreux GJ font tourner le mot d’aller au rassemblement de Luxembourg. Avant même le départ de la manif, de nombreuses personnes décident de se placer à l’avant, faisant ainsi renaitre le cortège de tête. Un cortège composé d’environ 2000 manifestants très divers mais où les chants GJ étaient massivement repris (par des manifestants avec GJ, avec Kway noir ou sans aucun signe distinctif). Dans ce cortège, de nombreuses personnes avec des pancartes pour le climat. Beaucoup de jeunes, des familles aussi. On est donc bien loin de l’image d’un vilain Black Bloc ayant vampirisé la gentille manif climat. Non, toutes les personnes présentes, en tête de cortège ou à l’arrière, sont là pour un monde meilleur, pour un avenir plus juste et pour sauver la planète. Aussi cela fait bien longtemps qu’ils ont acté le fait qu’on ne peut plus attendre, plus se permettre de manifester gentiment derrière des services d’ordre. Et la quasi totalité a conscience que cela passe par un changement de système économique : aucune multinationale n’est écolo et aucune banque n’est populaire !

Alors oui, certaines des asso organisatrices n’ont pas vu d’un bon œil ces manifestants bigarrés et deter. Ils ont même tenté de laisser partir le cortège de tête devant pour se préserver d’éventuelles charge et gazage. Mais cela n’a pas marché, notamment parce que la violence de la première charge (suite à une vitrine de banque brisée) fut telle que des milliers de manifestants furent contraints de faire marche arrière, mêlant définitivement l’ensemble des personnes présentes !

Si certaines orga comme Greenpeace ont rapidement communiqué pour appeler leurs militants à sortir au plus vite de la manifestation, car la sécurité n’était plus assurée, les autres ont eu l’intelligence de comprendre qu’il fallait condamné la répression aveugle et disproportionnée de la manif sans tenter de s’en désolidariser. Car si Greenpeace ne le savait pas, cela fait malheureusement plusieurs années que toute manifestation qui remet véritablement le pouvoir en cause, est rendue dangereuse par une Police qui a carte blanche et s’en prend à tous les manifestants, enfants compris...

Surtout, qu’importe les consignes, la très grande majorité des manifestants était décidée à rester débout et digne, à ne pas céder face à la terreur. Alors après un énorme reflux jusqu’à son point de départ, la manifestation est repartie vaillante ! Toujours joyeuse, avec des familles encore présentes et prêtes à affronter les gaz jusqu’à une certaine dose, mais pas moins déterminée. Alors que la préfecture s’enorgueillissait sur les réseaux sociaux d’avoir calmer les éléments violents, dans sa logique médiatique de cloisonner et de hiérarchiser les luttes, sur le chemin la réalité était tout autre. Barricades et manifs sauvages semblaient éclorent d’un peu partout et ne pas affoler les cortèges massifs.

En fin de journée des groupes écolos ont réussi leur action secrète de la journée et ont posé une énorme banderole sur un pont parisien : « Macron Polluter of the word ». Bravo ! Des groupes de manifestants étaient encore présents dans les rues de la capitale. Une manif sauvage à Bercy de plus d’un millier de personnes, plusieurs centaines au coeur du quartier latin rue Mouffetard, pendant que des groupes de gilets jaunes préparaient un retour aux Champs. Les gyros allaient dans tous les sens dans Paris. Police débordée ? En tout cas la convergence en acte leur a fait tourner la tête.

Ultime affront pour le pouvoir : le 21 septembre s’est continué en soirée et dans la nuit, avec une manif non déclarée initiée par les écolos mais allègrement renforcée par des gilets jaunes. Et quelques affrontements sur les Champs Élysées !

Si le pouvoir voulait casser la dynamique jaune et endormir la colère verte, il a surtout réussi à définitivement imbriquer les luttes en criminalisant tout mouvement tentant de près ou de loin de se solidariser avec les gilets jaunes. On retiendra qu’à seulement quelques centaines, les gilets jaunes ont réussi à investir les Champs en bravant la terreur imposée par la police et les interdictions politiques et qu’ensuite l’intelligence collective a permis une addition expérimentale entre une marche climat et un cortége de tête. Une question demeure, est-ce que ce mix amènera les écologistes à muter de l’indignation vers la révolte ? Ou se désolidariseront-ils comme la préfecture les y incite ?

Alors c’est sûr, le pouvoir n’a pas tremblé ce 21 septembre. Mais il n’a pas gagné non plus. Et à moyen terme, il a peut être perdu beaucoup. Car la stratégie du pouvoir conduit de plus en plus d’individus et de structures à adopter des méthodes de luttes plus radicales. Ce gouvernement a réussi à pousser des milliers de Gilets Jaunes à enlever leur gilet. Il a réussi à convaincre des citoyens à utiliser les méthodes de black bloc. Il a même poussé des associations bien installées comme Attac et Solidaires à assumer des appels à des rassemblements non déclarés et à rejoindre les Champs !

Car ce n’est pas les citoyens qui définissent le niveau de radicalité et d’illégalité de la lutte mais le pouvoir par sa façon de réagir à la contestation sociale. Les milliers de personnes qui se rendent en manif non déclarée ou qui se prêtent à des actions de désobéissance ne le font pas par amour pour l’interdit, mais parce qu’ils n’ont d’autres choix pour réellement faire changer les choses.

Ce qui s’est joué le 21 septembre pourrait donc s’avérer potentiellement explosif pour le pouvoir et pour ceux qui profitent de cette société injuste. Peut être bien plus néfaste qu’une banque brisée ou qu’un Fouquet’s cramé.


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