Saisir la profondeur du désastre pour avoir une chance d’y remédier

En finir avec le postivisme déplacé, le déni de réalité, l’accusation de pessimisme ou de noirceur

par Camille Pierrette.
Mis à jour le lundi 13 août 2018

Je voulais juste partager cette article : Voyons-nous « les choses en noir » ou sont-ils incapables de regarder l’horreur en face ?
- et citer la fin de l’article :

Un autre phénomène psychologique influence potentiellement notre acceptation collective de l’empirement global de la situation : l’amnésie écologique ou amnésie environnementale (liée au concept anglo-américain de shifting baseline), qui consiste en une habituation progressive (intergénérationnelle ou intragénérationnelle) à un paysage écologique de plus en plus dégradé du simple fait que l’on n’en a pas connu d’autre ou que l’on oublie graduellement son état passé. En parallèle, on pourrait évoquer un phénomène d’amnésie sociale qui correspondrait à une habituation progressive à un milieu social (une société) de plus en plus dégradé (qui serait donc de moins en moins social et de plus en plus antisocial), du simple fait que l’on en a pas connu d’autre ou que l’on oublie graduellement son état passé, et que l’on s’acclimate à sa détérioration.

De la même manière que les individus « prosociaux » ne sont pas des malades mentaux à soigner mais des personnes saines d’esprit prises au piège dans une culture humaine profondément cinglée, les individus que l’on qualifie parfois de « catastrophistes » ne sont pas des dérangés qui verraient « tout en noir ». Le monde entier gagnerait à ce que les euphémistes invétérés et autres optimistes par déni le reconnaissent, et à ce qu’ils utilisent leur énergie pour lutter contre les désastres socio-écologiques en cours qui rendent la vie insupportable tout en la détruisant, plutôt que contre ceux qui les exposent et contre le sentiment de malaise que cela suscite chez eux.

Il n’y a qu’en saisissant pleinement l’ampleur et la profondeur du désastre qu’est la civilisation industrielle que l’on peut avoir une chance d’y remédier.

Cet article est une sorte de réponse aux personnes qui, pour diverses raisons, accusent les personnes lucides d’être pessimistes, catastrophistes, de voir tout en noir, d’exagérer.
Je comprends bien qu’il soit difficile d’admettre que cette civilisation est une horreur engendrant des horreurs, surtout pour celleux qui y ont plus ou moins cru, qui sont encore dans l’idéologie du Progrès, de la Croissance, de l’économie de Marché, dans le bain de la consommation partout, où l’état et les marchés pensent et décident tout à votre place, mais il est important, pour soi-même et le reste du vivant, de ne plus se voiler la face.
Ca peut être énervant, déprimant, angoissant, révoltant, déstabilisant.
Mais ensuite, ça peut être stimulant, et puis ça évite de grosses désillusions et problèmes.


1 Message

  • Saisir la profondeur du désastre pour avoir une chance d’y remédier Le 18 août à 16:19, par Etienne Maillet

    L’article est profondément juste. Je soutiens la thèse que loin d’être un sommet, nous sommes au contraire plongés dans l’état le plus noir que les sociétés humaines aient jamais connu. Cela s’accompagne d’une réduction drastique des capacités cognitives humaines, en termes de mémoire, d’intuition, d’habileté, de connaissances, de capacités déductives, d’acuité sensorielle, etc. Il s’agit d’une destruction totale non seulement du « savoir explicite », mais également du « savoir implicite », tel que stocké au sein des gènes. L’ultime degré de cet amoindrissement est l’intelligence artificielle, qui nous rendra tous crétins, comme il se constate déjà. La première étape de cette réduction cognitive fut l’invention de l’écriture, première externalisation, premier « util » (Heidegger), aux conséquences énormes, notamment en terme de structure politique. De ce passage catastrophique, l’opposition entre Socrate et Platon est le moment le plus connu. Des esprits courts en tirent argument pour dire qu’il s’agit là de l’opposition classique entre anciens et modernes, entre jeunes et anciens. Il faut plutôt voir dans cette remarque l’incapacité intrinsèque de l’esprit humain à envisager les horizons longs, à dépasser les bornes limitées de sa propre vie. Cela nous renvoie à la conception du temps que nous nous faisons.
    Pour l’Occidental, le temps est orienté, et orienté nécessairement vers le meilleur. C’est l’incarnation christique, le big bang, le progrès, nos mythes contemportains. La conséquence d’une telle flèche est la catastrophe. Au contraire la conception du temps que nourrissait les sociétés souches étaient circulaire, répétitive, voire a-chronique. D’où leur immense longévité (40 000 ans, record humain absolu pour les sociétés aborigènes d’Australie). On aurait au surplus tort de croire qu’il s’agissait là d’une conception par défaut, primitive, involontaire. Nombre d’indices ethnographiques laissent au contraire penser que ce choix fut le résultat d’une myriade de tentatives et d’essais dont les sociétés souches surent tirer les conclusions utiles à leur survie.
    Rappelons à ceux qui vivraient dans l’illusion que notre époque constitue une sorte de pinacle que la société industrielle ne dure guère que depuis deux siècle et demi, et qu’en si peu de temps, un tel modèle a suscité une extinction biologique de masse et porté l’humain au bord de la destruction, n’en déplaise aux négationnistes obscurantistes, cette dernière espèce heureusement, en plein déclin. Une remarque pour finir : l’habituation au quotidien, par quoi le pire se jauge à l’aune de la mémoire courte de la personne, ne prend pas sa source dans le concept étatsunien (et non pas américain) de shifting baseline (référence de base mouvante). Nous sommes bien assez grands de ce côté de l’Atlantique pour ne pas avoir besoin des yankees pour penser. Ce qui nous provient d’outre Atlantique - ou plutôt des oligarchies criminelles étasuniennes que notre époque croit constituer l’élite - c’est bien plus l’obscurité que la lumière. N’oublions pas que les USA se sont construits sur le double génocide noir et amérindien. Nous devrions résister aux sirènes délétères sifflant pour notre perte depuis les USA, notamment dans l’emploi de notre outil de pensée - à savoir notre langue - car ce sera pour le pire et non pas le meilleur.

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