Peut-on parier avec la Chine ?

court aperçu de la sagesse millénaire de la Chine

par jef jaquier.
Mis à jour le samedi 17 février 2018

L’Asie, profonde et mystérieuse, peut-elle nous aider à regarder l’Europe ravagée mais encore pleine de charme, d’un oeil nouveau ?

Les empereurs de Chine, y compris la dynastie qui règne actuellement, préfèrent Confucius, qui prône l’obéissance, l’ordre, la morale, le respect, les rites, d’après ce que je crois, ne l’ayant jamais lu. Mais c’est ce qu’on dit. Et si on le dit, c’est que c’est sûrement vrai.

Je préfère les sages taoïques, car c’étaient des anars, des mecs qui ne respectaient, pas même l’Empereur, puisqu’ils avaient mené contre lui des soulèvements avec les paysans.

Aujourd’hui, pour me distraire un peu des effroyables témoignages que je suis en train de voir sur les famines déclenchées par l’incurie de Mao et sa clique, et qui en 3 ans ont fait mourir de faim entre 20 et 40 millions de personnes. En 3 ans ... aujourd’hui donc je voulais te faire lire un peu de Tchouang-tseu, pour parfaire encore ta culture, ô lecteure de Riche Hoquet, si avide de culture et de connaissance.

Tchouang-tseu, contrairement à Lao Tseu, semble avoir réellement existé, et écrit ses propres textes. Lao Tseu, lui, on ne sait s’il a existé, si même les textes du Dao De Jing sont de lui, et non des phrases prises à droite et à gauche, sans aucun rapport entre elles.

Bon, passons au plus important, ce qui doit être lu, et que je mets en italique, d’une part pour montrer que c’est la partie importante de cet article, et d’autre part que c’est la citation d’une traduction.

"Tseu-kong, après s’être rendu dans la principauté de Tch’ou, revenait vers celle de Tsin. En passant au sud du fleuve Han, il vit un vieil homme occupé à travailler son potager. Cet homme descendait par un tunnel dans le puits, en sortait avec sa jarre remplie d’eau et la vidait dans les rigoles de ses plates-bandes. Labeur pénible et mince résultat. Tseu-kong lui dit :
- Si vous aviez une machine avec laquelle cent plates-bandes pourraient être arrosées en un jour, n’aimeriez-vous pas vous en servir ?
- Comment est-ce fait ? demanda le jardinier en levant les yeux sur Tseu-kong.
- Une machine en bois creusé dont l’arrière est lourd et l’avant léger, avec laquelle on lève l’eau comme si on la tirait à la main, aussi vite que le bouillon déborde de la marmite : cette machine s’appelle « Ki-kao ».

Le jardinier se mit en colère, changea de couleur, ricana et dit : « J’ai appris de mon maître ceci : qui se sert de machines use de mécaniques et son esprit se mécanise. Qui a l’esprit mécanisé ne possède plus la pureté de l’innocence et perd ainsi la paix de l’âme. Le Tao ne soutient pas celui qui a perdu la paix de l’âme. Ce n’est pas que je ne connaisse pas les avantages de cette machine, mais j’aurais honte de m’en servir. »

[...]"

Précision : Tseu Kong est un disciple de Confucius.
Je n’en dirai pas plus, te laissant, ô lecteure le soin de commenter. En te souhaitant une bonne année du chien. Comme disent les chinois (et les chinoises) « gou hen hao chi »

Tchouang-tseu, Oeuvre complète : Traduit du chinois, préfacé et annoté par Liou Kia(hway

Voir en ligne : Tchouang-tseu

P.-S.

Pour les articles, on dit que ça vend mieux avec des images. Comme la sagesse ce n’est pas vendeur, j’ai mis une lithographie érotique chinoise. Mais le chinois (et la chinoise) étant très pudiques, et la législation actuelle punissant la pornographie de camp de redressement par le travail (pour l’édification du socialisme), le chinois préfère s’exprimer par l’allégorie. Donc la jeune femme qui joue si joliment de la flûte ...

J’ai aussi mis un daguerrérotype d’époque de Tchouang Tseu, c’est pourquoi il est un peu flou.


4 Messages

  • Peut-on parier avec la Chine ? Le 17 février à 23:28, par Etienne Maillet

    A propos de cet article, deux remarques : la pudibonderie chinoise évolue. Récemment une video Youtube a fait le tour de Badoo, le Google chinois : une chinoise, et un chinois faisant l’amour dans une cabine d’essayage d’un grand magasin. Leurs murmures, paroles enflammées et soupirs de désirs semblent monter qu’ils ne se sont rencontrés que quelques minutes auparavant. Quel scandale dans la puritaine et confucéenne Chine ! Mais telle est la société chinoise d’aujourd’hui !

    Sur la question extrêmement intéressante du taoïsme et de l’anarchie, des découvertes récentes paraissent devoir remettre en question tout ce que la doxa chinoise affirme quant à la légitimité de l’autoritarisme et du centralisme impérial.

    L’empereur jaune est le fondement canonique de l’unité chinoise circonscrit depuis le premier empereur dans le périmètre que nous lui connaissons encore aujourd’hui.
    On le sait, le premier empereur a supprimé toute vie intellectuelle contrevenant à son projet centralisateur et unificateur. Mais la découverte récente – il y a deux ou trois ans - de lamelles de bambous iconoclastes expose l’intensité du débat intellectuel, moral et politique, que l’empire vainqueur s’emploiera ensuite à supprimer.

    Ces lamelles de bambou, en cours d’étude, semblent évoquer un monde de fermentation intellectuelle, où les idées démocratiques, anarchistes, voire communalistes s’expriment, dans une fermentation jusqu’ici non documentée, auquel l’avènement du premier empereur, autocrate et despote, vient mettre terme en 221 avjc.

    Immense révolution pour les sinologues : la Chine n’aspirerait pas par constitution à l’autoritarisme – selon une thèse classique de la sinologie – mais ne devient telle qu’après la victoire autocratique du premier empereur.

    Par l’autodafé le premier empereur décapite ces tentatives, d’inspiration anarchiste, égalitaire, démocratique. Mais bien qu’elles fussent supprimées voici deux mille ans, ces forces alternatives continuent de s’exprimer en Chine : je peux ainsi personnellement témoigner qu’elles vivent et existent au sein même du PCC, où existent des courants démocratiques que j’ai côtoyés, tout comme existent au sein de la société civile chinoise de plus en plus d’alternatifs, de drop-outs (selon la terminologie Beatnik), de décroissants, et bientôt certainement de zadistes.

    Avant la suppression unificatrice impériale, le passé chinois explora d’autres voie, comme semblent le démontrer ces nouvelles découvertes. Forces politiques, sociales et philosophiques, qui jadis eussent pu orienter la Chine, et le monde, vers de tous autres développements. Ces forces continuent certainement à exister souterrainement dans la Chine moderne.

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  • Peut-on parier avec la Chine ? Le 18 février à 13:49, par jef jaquier

    Merci de ton commentaire !
    pour cette vidéo on ne la trouve plus en Chine, et nous ne savons pas ce que sont devenus les acteurs, mais nul doute que la police les ait retrouvés !

    Pour ce qui est du premier empereur, voir cet article de Wikipedia. J’ai l’impression que les empereurs, disposant d’une armée et d’une police extrêmement bien organisées, même s’il y avait de la contestation dans l’air, ont su l’étouffer drastiquement.

    Sous Mao les gauchistes, qu’ils appelaient droitistes, ont été traités de telle façon qu’ils ne devaient plus avoir envie de récidiver. On pouvait être traité de droitiste pour avoir dit « il faut mettre le mot Peuple avant le mot Parti » dans la phrase « Le parti communiste et le peuple chinois ... » Mais de ça je parlerai plus longuement plus tard.

    Certes ces forces critiques peuvent toujours être à l’oeuvre, mais, en deux mille ans n’ont pas fait exploser la chape de plomb. Et c’est ça qui m’intéresse dans leur civilisation, comment ils ont su, au long des dynasties, poursuivre cette politique.

    Ce qui m’intéressait surtout dans ce court extrait c’est « qui se sert de machines use de mécaniques et son esprit se mécanise » et à quel point ça me semble applicable au présent et à notre société.

    Ah ! on me signale que mon estampe serait plutôt japonaise, toutes mes excuses. D’habitude les estampes japonaises sont plus ... expressives. Pour me rattraper en voici une vraiment chinoise. en même temps qu’un article de Georges Charles sur la littérature érotique chinoise.

    Dernier point, puisque tu vécus en Chine. Est-ce que le ni hao est très utilisé ? Si non, qu’est-ce qui est utilisé ? As-tu entendu dire ni chi le ma pour dire bonjour ?

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    • Peut-on parier avec la Chine ? Le 18 février à 16:22, par Etienne Maillet

      Beaucoup de thèmes dans cette réponse.
      Je laisserai provisoirement de côté le sujet du luddisme, car il est passionnant, universel et d’une profonde actualité, ainsi que le montre la dernière livraison de Pièces et Main d’oeuvre.

      Les sinologues établissent souvent le parallèle entre Qin Shi Huangdi et Mao : les paysans soldats vivaient dans ce qui ressemblait fort aux communes populaires des années 60/80. Par contre que l’autocratisme centraliste ait régné continûment sur la Chine n’est pas la réalité. L’unité politique chinoise a explosé à plusieurs reprises. En 1989, à la chute du mur, il y avait une tension palpable à Pékin, car chacun craignait que cela n’annonçât la désintégration du pays.

      Sur les exactions communistes, oui sans déni, à condition d’équilibrer le tableau. Les Chinois n’ont pas fait la révolution par goût de l’aventure, mais parce que le système impérial à bout de souffle était devenu inhumain, avec des salaires qui ne permettaient pas de manger par exemple. Les coolies employés par les mandarins mouraient littéralement au travail. Encore un peu et nous y serons En Europe (sur ce sujet, la littérature est immense : voir par exemple Liu Binyan).
      Mais le plus intéressant est la véritable révolution intellectuelle qui se prépare avec la découverte de plusieurs trésors de plaquettes de bambou calligraphiées, en cours de déchiffrement, qui semblent indiquer que tout ce que nous connaissons sur la Chine pré-impériale est faux et le produit au contraire de la propagande impériale. Ces travaux se font aux Etats-unis et aussi en Chine, où ils ne sont pas interdits - il faut se méfier des caricatures, comme de croire que le régime communiste n’a pas de soutien populaire - mais extrêmement sensibles. Il y aurait tout un débat à ouvrir sur les contradictions et enjeux de l’archéologie chinoise, mais ce n’est pas le lieu de l’ouvrir.

      Or la sinologie vit et enseigne toujours de vieilles idées : les chinois auraient la passion de l’autorité, de la soumission : légisme, confucianisme. Or ces plaquettes de bambou, relatant des travaux de philosophie politique qu’on ne saurait mieux comparer qu’aux travaux des sophistes pré-socratiques, peignent un tout autre tableau. Un peu comme en Grèce Aristote, Platon et Périclès viennent mettre u terme aux « Cent Fleurs » présocratiques, Qin n°1 assassine une fermentation intellectuelle novatrice, mais gênant sa volonté unificatrice.

      Celui d’une Chine en ébullition philosophique et politique, où des thèmes jusque-là pensés comme externes à la philosophie chinoise étaient au contraire vivement débattus. Thèmes qui se rattachent par exemple à la démocratie, voire à l’auto-gestion. Il faudra probablement une dizaine d’années pour que les travaux de déchiffrement donnent fruit, et que soit intégré cette nouvelle donne historique et philosophique de nature à remettre en cause de fond en comble notre vision de la Chine.

      Quant à l’illustration représentant ce couple, elle est indéniablement japonaise (les japonais ne font pas que représenter des bracquemards veineux et des chattes poilues) !

      Quand au « Ni chi hao le mei you », il se dit, mais plutôt aux abords des repas

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  • Peut-on parier avec la Chine ? Le 18 février à 15:29, par Etienne Maillet

    Beaucoup de thèmes dans cette réponse.
    Je laisserai provisoirement de côté le sujet du luddisme, car il est passionnant et … d’actualité, comme le montre la montée du néo-fascisme scientiste du transhumanisme et de l’intelligence artificielle.

    Les sinologues établissent souvent le parallèle entre Qin Shi Huangdi et Mao : les paysans soldats vivaient dans ce qui ressemblait fort aux communes populaires des années 60/80. Par contre que l’autocratisme centraliste ait régné continûment sur la Chine n’est pas la réalité. L’unité politique chinoise a explosé à plusieurs reprises. En 1989, à la chute du mur, il y avait une tension palpable à Pékin, car chacun craignait que cela n’annonce la désintégration du pays.

    Sur les exactions communistes, oui sans déni, à condition d’équilibrer le tableau. Les Chinois n’ont pas fait la révolution par goût de l’aventure, mais parce que le système impérial à bout de souffle était devenu inhumain, avec des salaires qui ne permettaient de manger par exemple. Encore un peu et nous y serons En Europe (sur ce sujet, la littérature est immense : voir par exemple Liu Binyan).

    Mais le plus intéressant est la véritable révolution intellectuelle qui se prépare avec la découverte de plusieurs trésors de plaquettes de bambou calligraphiées, en cours de déchiffrement, qui semblent indiquer que tout ce que nous connaissons sur la Chine pré-impériale est faux et le produit au contraire de la propagande impériale.

    Or la sinologie vit et enseigne toujours ces idées : les chinois auraient la passion de l’autorité, de la soumission : légisme, confucianisme. Or ces plaquettes, qu’on ne saurait mieux comparer qu’aux travaux des sophistes pré-socratiques, peignent un tout autre tableau. Celui d’une Chine en ébullition philosophique et politique, où des thèmes jusque-là pensés comme externes à la philosophie chinoise étaient au contraire vivement débattus. Thèmes qui se rattachent par exemple à la démocratie, voire à l’auto-gestion. Il faudra probablement une dizaine d’années pour que les travaux de déchiffrement donnent fruit, et que soit intégrée cette nouvelle donne historique et philosophique de nature à remettre en cause de fond en comble notre vision de la Chine.

    Ces plaquettes de bambou sont en cours d’étude dans diverses universités de par le monde et en Chine également, où le débat, politiquement extrêmement sensible, ne déborde pas les cercles spécialisés. Des conférences filmées (en mandarin) existent sur le sujet, mais retrouver mes sources me demanderait plusieurs heures.

    Ton illustration est indubitablement japonaise (même si les Kanji sont des caractères chinois), les Nippons ne faisant pas que représenter des chattes poilues et des bracquemards veineux !

    Quand au « 你吃好了没有 ? », il se dit surtout à proximité des repas.

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