Musiques sans parabènes

pour se désintoxiquer de la musique en boîte

par Etienne Maillet.
Mis à jour le jeudi 25 janvier 2018

Le paysage radiophonique, large ou proche, est désespérant de platitude. On dirait qu’il n’existe que de la musique américaine format clip.
Trois minutes : est-ce la capacité d’attention de l’homo-poisson rouge augmenté contemporain ?

Même sur radio Saint Fé, de doctes musiciens qui «  singuent » en singeant NRJ, expliquent que non, l’anglais c’est un choix libre, éclairé - bla bla et autres balivernes - quand ils ne sont que la proie du soft power et son monopole des goûts et des esprits.

Non, la musique ne se limite pas au clip de trois minutes anglo-saxon !
Oui, on chante en d’autres langues que l’anglais.
Non au désert culturel industriel,
oui à la biodiversité musicale !

En conséquence de quoi, comme David devant Goliath,
dès maintenant, je proposerai sur Ricochets
- irrégulièrement, cela va de soi –
des musiques pour sortir l’oreille du désert.
Mais surtout, au-delà, pour changer le temps.
Car certaines musiques sans durée ne contiennent presque pas de temps.
Les entendre aide à ralentir le monde.

Toutefois, ce n’est pas par cela que je commencerai.
Mais plutôt par une vidéo filmée par un collectif de photographes et vidéaste
dans la vallée de l’Omo, en Ethiopie.
Passée l’intro à la musique quelconque, c’est ce mélange de fête,
de danse, de bonne humeur, de grimage, de couleurs, de signes, de chants, de rythmes, d’improvisation, d’émotion, d’inspiration, de collectif et d’originalité, qui certainement ressemble le plus à ce que l’art a pu être sa naissance.

Non pas activité de luxe pour les goûts d’une minorité, mais pratique de tous et chacun, usuelle, quotidienne, banale comme le geste de cueillir, pagayer, lutter, chasser, que le chant, la musique et la danse, le sourire et le jeu, accompagnent, quand n’existait, par la force des choses, aucune idée de travail ou de ségrégation sociale

Cette même fraîcheur, cette même frugalité de moyens pour des résultats éclatants de beauté ou touchant au sublime, ne les retrouve-t-on pas sur les parois de Lascaux, Altamira, Cosquer, Chauvet, en Australie, où le rêve aborigène modèle paysage ?Là, pas de césure entre sacré et trivial : chaque acte est à la fois pratique et métaphysique. Le geste du peintre aborigène ou paléolithique n’est pas esthétique. Il représente pour agir, renouveler, proroger.

Pour mesurer toute la beauté de ces expressions premières, il faut comprendre qu’elles ne sont que des cadavres graphiques. Lorsqu’elles vivaient, le geste quasi chamanique du peintre faisant surgir les images s’accompagnait très probablement de rites, de danses, de chants, de musique, de fumées, de lumières, d’ombres, tous signifiants, tous imbriqués.

Mais comment voir, entendre Lascaux, écouter Chauvet, avec les oreilles, les yeux, l’âme fraîche d’un paléo-humain ? Pour commencer à se désintoxiquer de la musique industrielle en boîte, une piste peut-être ici.


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