Mort d’un SDF à Valence

En marche vers le Moyen-âge

par Etienne Maillet.
Mis à jour le mardi 27 février 2018

mal logement, pauvreté, néo-féodalisme

Un SDF mort de froid à Valence ! Ca fait tâche. On aimerait tellement qu’ils meurent discrètement ! Déjà qu’ils déparent nos centre villes avec leurs chiens et leurs canettes, si en plus ils calenchent au pied de nos églises, où va le monde ?

Voilà pourquoi, pour des raisons d’esthétique et de salubrité sociale, les cités bien gérées chassent les pauvres de leurs beaux quartiers. Les paroissiens doivent pouvoir se rendre à l’église sans se faire renifler les fesses par des cabots mal lunés.
La France tolère les crottes de chiens – c’est même une spécialité nationale - mais pas leurs maîtres, s’ils sont pauvres du moins.

Ailleurs en Europe, on ne nourrit pas de telles pudeurs effarouchées. Il y a huit ans, par amour de la difficulté, je décidai de me rendre en stop en Norvège. A peine arrivé à Oslo, je vis sur une passerelle un jeune homme s’effondrer, avec une lenteur bizarre, comme au ralenti. Je m’inquiétai, alarmai les passants : « Ce n’est rien, seulement un drogué qui vient de se faire un shoot », me répondit-on calmement.

Inutile de dire qu’après une semaine de stop, dans l’obligation de voyager léger, sans vêtements de rechange et dormant dans les parcs, je n’avais pas fière allure. Du coup les clodos, spontanément, me saluaient comme l’un des leurs. Un soir, sur l’avenue Karl Johan, les Champs Elysées locaux, j’assistai à un manège étonnant. Un couple, plutôt bien mis, allait de groupe en groupe, palabrant chaque fois quelques minutes.

Intrigué, je les abordais : « Que faites-vous ? ».
La réponse fut aussi cinglante qu’éclairante, bien qu’imméritée : « Nous ne sommes pas comme vous, les Européens du Sud, qui cachez hypocritement les pauvres sous les tapis. Nous Norvégiens n’avons pas honte des faiblesses de notre système social. Nous les assumons. Nous ne nous bandons pas les yeux pour faire semblant qu’elles n’existent pas ! ». Il s’agissait d’un couple de travailleurs sociaux, allant au contact des pauvres, là où ils vivent, dans la rue.

Salubre leçon dont devraient s’inspirer nos édiles, tout confits de bon sentiments, qui ne les empêchent pas de chasser les pauvres loin des centres villes, de disposer sur les bancs barreaux et piques pour leur interdire le repos ! Quelle différence au fond avec la Chine ou l’URSS où l’on chassait les pauvres des beaux quartiers pour que leur vue ne fît pas douter des immenses succès du socialisme ?

P.-S.

Photo : Deux mendiantes à Shanghai, Chine. Mark Ralston, AFP


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