Luttes contre les Grands et Petits Projets Inutiles et Imposés

Petit guide pour ne pas se faire enfumer et être efficace

par Camille Pierrette.
Mis à jour le dimanche 3 décembre 2017

Avec ma petite expérience et quelques infos glanées ici et là, voici quelques indications pour les groupes et personnes qui veulent contester et empêcher un projet inutile et imposé, quel qu’il soit, par une bande d’élus et d’entreprises, que ce soit au niveau municipal, départemental ou national.

C’est juste quelques conseils pour démarrer du bon pied et ne pas vous faire embrouiller par les politiciens et les médias. Pour aller plus loin, consultez les divers collectifs qui résistent aux GPII (Grands Projets Inutiles et Imposés), à Notre Dame les Landes, contre les centers Parcs, contre le site nucléaire à Bure, etc. Ils ont acquis à présent une grande expérience et pourront vous conseiller plus en détail.

Quelques conseils de base

  1. Ne jamais croire ou faire confiance à ce qu’affirme un élu, un cabinet d’étude, une institution. Surtout s’il s’agit d’une information importante/utile, il vous faut tout vérifier, éplucher les dossiers et les textes de lois. Soyez têtus et mettez tout en doute.
    En effet, il arrive assez fréquemment, volontairement ou involontairement, que les élus et autres se trompent, occultent des éléments, présentent des études biaisées, disent des choses fausses, etc.
    Par exemple, un cabinet d’étude payé par l’institution porteuse du projet et qui a l’habitude de travailler avec les élus produira forcément une étude de projet ou une étude d’impact conforme à ce qu’on attend de lui.
  2. Les multiples instances consultatives (enquête publique, comité de ceci ou de cela) ne peuvent pas empêcher un projet, par définition elles ne sont que « consultatives », et dans la quasi totalité des cas les préfets et autres valident le projet, même si par extraordinaire une instance consultative allait dans votre sens, conformément au pouvoir qui leur est donné généreusement par la loi.
  3. Pour vos actions se situant dans la légalité, créez assez rapidement une association. Ca permettra de montrer un certain engagement, de pouvoir récolter dons et adhésions (bien utiles pour la communication et vos recours en justice), de pouvoir plus facilement mener une action en justice (l’association ayant un objet permettant l’« intérêt à agir », et pouvant agir en son nom au lieu de le faire au nom d’une personne)
  4. Créez vos propres moyens de communication : sites web, lettres d’infos, bulletins papier, etc. Et repérez les médias locaux et nationaux, qui pourront être vos alliés.
    En sachant que la plupart des gros médias et médias commerciaux seront vos ennemis, et ne parleront pas, peu ou mal de vos actions, de votre cause. Souvent, ils vous dénigreront, tenterons de vous assimiler à des terroristes ou des radicaux écervelés, des anti tout, des écolos à la bougie, et. Ils ne transcriront pas correctement les faits importants ni les détails, et donneront toujours plus de place et de crédit aux élus et institutions porteuses du projet d’aménagement/construction/travaux.
  5. Ne perdez pas trop de temps et d’énergie avec les journalistes. Ne prenez du temps qu’avec les médias qui font un travail un peu fouillé et objectif, ou avec les médias qui sont plus ou moins de votre bord.
    Constituez des dossiers de presse avec toutes les infos importantes à envoyer aux journalistes. Dans un moment d’actualité dense, n’oubliez pas de consacrer du temps à votre propre communication au lieu de répondre aux journalistes de médias hostiles ou moins intéressants.
  6. La plupart du temps, ne comptez pas sur les avocats (en supposant que vous ayez les moyens de les payer bien sûr) pour faire tout le boulot, pour creuser les dossiers. Ce sera à vous, ou à des juristes spécialisés que vous engagerez, de faire le gros travail d’épluchage des dossiers pour trouver toutes les failles (heureusement, il y en a pratiquement toujours). Le plus souvent, les avocats se contentent de rédiger, de mettre en « forme juridique ». Parfois, sur des points qui vous semblent cruciaux, il vous faudra même imposer à votre avocat de conserver tels quels vos notes et explications dans les mémoires transmis aux juges.
  7. Soyez suffisamment nombreux et organisés. Ce type de lutte dure généralement longtemps, des années, et demande souvent beaucoup de travail, donc il est important de se répartir les taches et d’être efficaces, et qu’il n’y ait pas juste 2-3 personnes qui font tout le gros du boulot.
    Pensez aussi à « recruter » ou à former des personnes compétentes pour la stratégie et la communication.
  8. Dans les actions et contestations, allez-y graduellement étape par étape, mais sachez qu’il est très très rare que les élus et grosses entreprises renoncent à leurs projets, même face à une forte pression des habitant.e.s. Donc inutile de perdre trop de temps à tenter de les convaincre ou de les supplier. En fait, ils vous ignorent et vous méprisent, et il est rare qu’ils daignent simplement répondre à une lettre ou une entrevue.
  9. En conséquence, ne prenez pas trop de gants avec eux, et n’hésitez pas à dénoncer publiquement toutes leurs exactions, mensonges, approximations, mépris, non-réponses, etc.
  10. Inutile de compter sur le soutien réel de ministres ou d’un président de la République. Vous pouvez toujours leur écrire pour la forme, pour dire de l’avoir fait, mais il ne faut rien en attendre, si ce n’est plus de répression et/ou d’enfumage.
  11. Ne comptez pas sur les manifestations classiques et pétitions pour empêcher le projet. Elles sont utiles en revanche pour galvaniser les opposants, se rencontrer, récolter des contacts.
  12. Il faut vous attendre, au bout du compte, à ce que tous vos recours juridiques (sauf rares exceptions) contre le projet nuisible qui vous agace soient rejetées par les tribunaux. En effet, même si certains juges essaient d’être intègres, les lois ont été conçues sur mesure par les politiciens haut placés et les lobbies qui les gouvernent pour que les grands projets et autres puissent se faire, pour que la Croissance puisse continuer, pour que les rares obstacles juridiques et environnementaux puissent être levés ou contournés d’une manière ou d’une autre.
    Et il y aura donc toujours une juridiction ou un appel qui parviendra à casser un éventuel jugement émis en votre faveur.
    En plus, sous la pressions des lobbies, il arrive que le gouvernement fasse passer de nouvelles lois sur mesure pour s’adapter aux attaques des opposants et permettre la poursuite sans encombre des Grands Projets.
    C’est comme si vous jouez une partie de carte avec un tricheur qui a créé les règles du jeu en sa faveur et qui peut à tout moment en inventer de nouvelles qui l’arrangent au cas ou malgré tout la partie tournait mal pour lui.
    Malgré tout, les attaques juridiques sont utiles, car elles permettent de mettre en lumière (d’où l’importance de votre communication) les aberrations du projet (et le caractère orienté et non démocratique des lois et institutions) et de le retarder un maximum, dans l’espoir qu’il devienne plus tard « obsolète », que les conditions politiques changent, ou tout simplement que la résistance ait le temps de s’organiser, de s’informer et d’être plus nombreuse sur le terrain.
  13. En conséquence de la quasi impossibilité structurelle de gagner sur le plan juridique, il faut aussi vous préparer à mener des actions de désobéissance civile massive et autres.

Comme on vit dans un monde étatique et économique non démocratique dirigé par des clans et lobbies, il est très difficile de mener ce type de combat.
Si vous être trop « gentil » et que vous jouez le jeu en restant poli et patient dans le cadre existant qui est fait par et pour le système, vous ne pouvez pas gagner.
Si vous êtes plus critique, plus radical, et pratiquez la désobéissance civile et autres, le système et ses agents (politiciens et médias classiques) vous traineront dans la boue en vous accusant d’être « anti-démocrates », pas d’ici, terroristes, anarcho-autonomes, écolos décroissants attardés, etc.

Bref, pour peut-être l’emporter, vous devrez être tenaces, organisés et solidaires (notamment entre les différentes composantes de la lutte), divers, et prêts à être dénigrés et insultés, voire pire hélas dans certains cas.

Bonnes luttes !
...et n’oubliez pas aussi de lutter pour changer complètement de société, afin de ne plus avoir à lutter indéfiniment contre les aberrations et innombrables conséquences néfastes de ce système violent et non démocratique ;-)

P.-S.

Merci à un membre avisée de PCSCP pour ses informations, retours d’expérience et avis.

Quelques références utiles :


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