Les hommes et le féminisme, quel rapport ?

par Véra.
Mis à jour le mardi 17 juillet 2018

Je ne sais pas vous mais moi l’affaire Weinstein puis les mouvements qui ont suivi, #meetoo et "balance ton porc", m’ont sérieusement remise en questionnement. Je me suis aperçue qu’héritière du MLF car adolescente dans les années 75, j’avais pas mal oublié dans ma vie relationnelle avec les hommes les principes et réflexes que j’avais cru intégrés.
Et tout d’un coup je prends conscience qu’on a quand même pas trop avancé sur le patriarcat et ses conséquences. On a cru que c’était plié avec la contraception et l’IVG, ça a été des combats déterminants mais il y a encore du travail pour que les femmes récupèrent leur corps, leur voix et la moitié du pouvoir. Le système patriarcal est toujours très efficace pour opprimer les femmes et il influence tous nos comportements de femmes ou d’hommes.

Ce qui me paraît encourageant c’est que le débat soit devenu si public, on en a parlé partout. Certes il y a eu des attaques violentes et machistes en réaction aux révélations des femmes mais il y a eu un début de prise de conscience. Suite à ces évènements un philosophe Raphaël Liogier a écrit« Descente au cœur du mâle » et il a été interviewé sur de grandes chaînes où on n’entend jamais des hommes questionner leur rapport aux femmes .
Ce qui me paraît important c’est vraiment de remettre au centre du problème le système patriarcal qui permet l’oppression des femmes. Il ne s’agit pas d’accuser les hommes de tous les maux, c’est un système, les hommes en sont victimes comme les femmes à la différence énorme qu’ils en sont aussi les gagnants, les privilégiés.

Il s’est bien passé quelque chose en 2018. Deux petites anecdotes sur ce qui me semble être la difficulté des hommes à conscientiser leur situation de privilègié. Cette année je vais aux Rencontres de l’Ecologie à Die. Pierre Jouventin, anthropologue, intervient, il est l’auteur de « l’Homme, cet animal raté-Histoire naturelle de notre espèce ». Sa conférence est très intéressante toutefois au début des débats une femme intervient longuement pour expliquer qu’elle en a marre d’entendre ce terme Homme pour désigner les hommes et les femmes, voir ne serait-ce que dans l’expression « Droits de l’Homme », et elle propose d’utiliser le mot « humains ». Elle a été entendue mais apparemment pas écoutée puisque ni le conférencier ni les intervenants dans la salle n’ont adopté sa proposition.
Le même jour, pour remplacer Serge Latouche qui n’a pas pu venir, est projeté « La possibilité d’être humain » un documentaire sur l’évolution des sociétés humaines jusqu’à notre ère post-moderne et notre futur. Le film est constitué d’entretiens et de citations. Au fur et à mesure qu’il se déroule je sens un malaise monter en moi, je finis par comprendre. Seize intervenants péremptoires, pas une seule femme, environ 80 citations, une seule d’une femme.....
Je n’étais pas seule à éprouver ce malaise, plusieurs femmes en ont fait part tout de suite dans le débat qui a suivi mais seulement 2 hommes ont réagi en accord, un spectateur et l’animateur qui a dit qu’en effet ça ne pouvait plus passer ce genre de film, qu’ils avaient été pris par le contretemps alors qu’ils étaient très attentif.ve.s à équilibrer les prises de paroles, d’autant plus que l’écologie était souvent portée plus par des femmes que par des hommes, les ¾ des organisateurs des Rencontres de l’Ecologie sont des organisatrices !!! Mais les autres participants hommes ? Pas un mot sur la problématique équité dans le film et même « bon et si on parlait du fond » ! Parce que ce n’est pas du fond la prise de parole si souvent entravée, coupée, non considérée des femmes ? On attend qu’elles s’expriment puis on passe à autre chose sans tenir compte de ce qu’elles disent ? J’en suis encore en colère !

Je voudrais bien qu’on m’explique pourquoi c’est si difficile pour la majorité des hommes de questionner le fait d’être en situation dominante ? Je suis bien consciente que de mon côté je suis privilégiée par le fait d’être occidentale, blanche, cis, de classe moyenne à une époque où les guerres se font au loin et où subsistent quelques droits sociaux (bien que leur démolition s’accélère). Mais je suis en position dominée par rapport au plus dominé des hommes et je le constate très régulièrement dans ma vie, qu’elle soit privée ou sociale....

Heureusement des femmes et des hommes cherchent, écrivent, témoignent et ça ouvre le cerveau. Je pense notamment au site d’entretiens « les couilles sur la table » qui parle des masculinités et au livre de Jérémy Patinier « Petit guide du féminisme pour les hommes » aux éditions Textuel. Sur infokiosques on trouve aussi plein de textes fondamentaux pour le féminisme.

Bonnes écoutes et bonnes lectures !
Véra

P.-S.

- Cet article a été publié dans le journal papier n°5 de RICOCHETS de juin 2018


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