Le poids de la Chine

Le Chinois est sérieux, et travailleur.

par jef jaquier.
Mis à jour le mardi 6 février 2018

L’Asie, profonde et mystérieuse, peut-elle nous aider à regarder l’Europe ravagée mais encore pleine de charme, d’un oeil nouveau ?

Je voulais m’insurger contre l’étiquette de sinéphile dont 一点 一点 m’a affublé, en commettant une grosse faute d’orthographe ; en effet, ça s’écrit ainsi : cinéphile. Et pour le coup je vous parlerai de Wang Bing, cinéaste dont les Bouffons Anonymes pourraient profitablement s’inspirer.

Wang Bing, c’est pas du cinéma où on court à toute vitesse, d’un plan de 3 seccondes à un plan de 2,5 secondes, auquel on rajoute un long plan de 4 secondes.

Le Chinois est sérieux, et travailleur, et Wang Bing est chinois. Il va au fond des choses : un plan, chez lui, ça peut durer une heure, et un film peut durer 12 heures, donc 12 plans. Pas comme ces trucs légers et superficiels dont se divertissent mes contemporains.

Quand on fait du cinéma, en Chine, on fait du cinéma. C’est pourquoi je ne saurai trop recommander au lecteure de Riche Hoquet, dont je connais la soif de connaissance, la culture, pour commencer à s’initier à ce cinéaste que je trouve majeur, parce qu’il est à peu près complètement inconnu (les gens connus, comme par exemple Johnny, qui vient de nous quitter, ne sont généralement pas majeurs, même s’ils ont, comme Johnny, plus de 70 ans, ou comme ce pauvre malheureux Vladimir d’Ormesson qui a cassé sa pipe il y a peu).

Wang Bing n’écrit pas le scénario à l’avance, le scénario se dégage de ce qu’il filme, et comme on ne lui accorde pas de gros moyens, alors il filme avec un portable ou une caméra à 2 balles. Mais toi aussi, ô lecteure, tu pourrais faire des bouts de films et, en se mettant à plusieurs, montrer ce qui se passe ici ou là ...

Il faut voir « Les trois soeurs du Yunnan », je l’intègre dans l’article pour vous éviter des efforts de recherche :

Allez, pour la route, on peut aussi regarder Fengming, qui raconte comment cette femme a été régénérée par le laogai, que certains auteurs d’articles contestataires de ce media mériteraient de connaitre.

et puis aussi « L’argent du charbon » :

Personnellement, je m’en fiche un peu si c’est en chinois, parce que quand même on comprend des trucs. Notamment, ce que ça leur coûte, là-bas, pour produire nos fringues, nos portables et tous ces trucs de merde.

Les camps de régénération par le travail, ça existe toujours, mais la nouvelle dynastie au pouvoir a inventé un autre truc, qu’ils appellent des « usines ».

Voir en ligne : Wang Bing sur Youtube

P.-S.

Si vous voulez en savoir plus sur Wang Bing, en tapant son nom en chinois (王兵) sur Youtube, on trouve de tas de choses.


4 Messages

  • Le poids de la Chine Le 10 février à 12:10, par Chinéphile

    Grand Merci pour nous faire découvrir Wang Bing, et son témoignage !
    Les relations entre ces fourmies de la chaine d’extraction/transport du charbon, basée principalement sur l’argent, sont effrayantes. Cela donne un peu à réfléchir sur les risques d’un modèle sans structure et sans règle..

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    • Le poids de la Chine Le 15 février à 22:08, par poulet

      J’ai vu il y a quelques temps « Les trois soeurs du Sichuan » et il y a peu de films qui soient aussi dépaysants. Un peu la même impression qu’avec les films du Finlandais Kaurismaki.
      Peut être en partie à cause de la langue ?
      On a l’impression d’être très loin dans l’espace et le temps.

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      • Le poids de la Chine Le 16 février à 06:51, par papijef

        Je ne sais quelle version des Trois soeurs tu as vue, une courte, une longue ? mais déjà la longueur est un premier dépaysement, non ?
        Le cinéma dont nous avons l’habitude est ce que je nommerais un cinéma bien léché, bien propre sur soi, avec de la belle image, que google reconnaitra comme de la belle image, du bon son, de la musique, ah oui, parce qu’il faut de la musique bien sûr, dans les films et les docus.
        Là, t’as remarqué ? pas de musique, rien pour dramatiser, pas de drama. Alors, comme rien ne vient te guider pour te donner une interprétation, tu te laisses entrer dans la pauvre image, car c’est bien une pauvre image, même pas de projecteur pour éclairer puissamment les scènes, alors, parfois on y voit à peine, comme ça doit se passer là-bas, dans ce monde au bout du monde.
        Une image de pauvre aussi. Ce pauvre monde laissé à l’abandon, cette campagne vidée de ses adultes partis bosser dans les villes, qu’on voit toutes clinquantes, pleines de lumières et de richesse dans nos documentaires sur la Chine.
        Tu as raison, c’est très dé-paysan.

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    • Le poids de la Chine Le 16 février à 06:25, par papijef

      Effectivement Wang Bing donne à penser. D’une part, bien sûr, sur ce qu’il filme, encore que dire « sur ce qu’il filme » n’est pas exact, et à y réfléchir il est dans, avec ce qu’il filme.
      Ce qui joue aussi est l’extrême dénuement des moyens employés (il filme avec du matos à 300€, quelque chose du genre).
      Ce qui, aussi, entraine un décalage entre sa manière de regarder et ce que nous avons l’habitude de voir, ce qu’on a l’habitude de nous montrer.
      Je ne dirais pas que ce modèle est sans structures et sans règles, mais oui, il est effrayant.

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