Je crois comprendre, comment cela fut possible….

Comment les bonnes gens retombent dans l’apathie généralisée

par Nadège.
Mis à jour le lundi 18 juin 2018

Née en 1976, j’ai, depuis mon enfance, toujours entendu parler de la guerre de ses privations, du placard vide de ma grand-mère et du « départ » de mon grand-père pour les STO. A l’école ensuite, à l’université un peu plus tard, le sujet fut traité plus précisément et au fur et à mesure des années, une question m‘a taraudé : comment tout ceci a-t-il été possible, ces millions de Juifs (à l’époque, je ne me souviens pas que les professeurs aient mentionné les Tsiganes) raflés, déportés pour être assassinés ? Je m étonnais que ce crime contre l’Humanité ait pu se produire sous les yeux des autres parties de la population, spectateurs passifs (car nous avions bien compris que la Résistance n’était le fait que d’une poignée), voire complices de cette horreur.
Les faits historiques ne se reproduisent jamais à l’identique. Mais quand, à Grenoble le 10 juin dernier, une bande raciste se rue sur un campement en brandissant des bidons d’essence pour effrayer et faire fuir les familles roms, puis met le feu aux cabanes, le reste de la population, dans sa grande majorité, ne réagit pas. Quand l’Aquarius se voit interdit d’accoster en France, le gouvernement met ainsi en danger la vie de plusieurs centaines de réfugiés très affaiblis, les réactions sont vives mais pas suffisantes en nombre ni en force pour faire pression sur le pouvoir et qu’il revienne sur son interdiction. Quand plusieurs milliers d’étrangers, et parmi eux des enfants, sont enfermés dans les Centres de Rétention Administrative sous le seul motif de n’avoir pas les bons papiers, la population se détourne, voire accepte les détentions d’innocents.

« Ils ne savaient pas tout », disions-nous de nos grands-parents ayant vécu la collaboration. Mais nous, nous savons tout, nous avons accès à toutes les infos, les articles, les photos, les vidéos sont là et tournent sur les réseaux sociaux. L’Aquarius arrive à Valence en direct live sur les chaînes d’infos en continu. Jamais l’horreur n’aura été aussi documentée, en temps réel.
Et que faisons-nous pour mettre fin à cela ? Pas grand-chose, il faut l’avouer. Ceux qui font et aident, sont devenus des criminelles, la fraternité envers l’Humain est devenue un crime. Nous sommes devenus si dociles, si apathiques face au pouvoir, si résignés, que la désobéissance sera bientôt une matière que l’on devra enseigner à l’école pour maintenir l’illusion démocratique. La solidarité n’est plus un réflexe humain mais un fond de commerce, un projet associatif subventionné.

Alors, aujourd’hui comme autrefois, il reste cette poignée de femmes et d’hommes qui résistent à la peur, à l’inertie, au découragement. Tels les résistants de nos belles montagnes, ils donnent de leur temps pour la Justice, l’Égalité et la Fraternité, simple slogan que les sabres peuple ont remplacé au profit de Argent, Travail, Obéissance.
J’ai toujours aimé ce pays qui m’a vue naître car il avait résisté (et puis parce que sa nature est quand même super chouette). Dans ma tête d’enfant, je croyais les Français courageux et prêts à se battre pour leur convictions profondes, convictions écrites sur chaque frontons de mairies. Je n’arrivais pas à comprendre Vichy, l’État collaborationniste français pendant la Seconde Guerre mondiale, sa complicité active avec le régime nazi raciste et les crimes de la Shoah.

La france d’aujourd’hui, les francais(es) d’aujourd’hui me font comprendre comment cela fut possible : apathie, peur de ne plus avoir d ’argent, peur tout court grâce à la nouvelle « Propagande » connue sous le nom de « Relation Publique », une presse vendue appartenant aux fortunés, une justice muselée peut-être même complice grâce à l’argent, des élus sourds et muets, une police violente. Bref un cocktail de rêve confectionné avec dédain par une élite oligarchique, antidémocratique et autoritaire.

En réfléchissant, je crois que toute ma vie, jusqu’à peu, a été hantée par cette question fondamentale : comment le génocide des Juifs et celui des Tsiganes ont-il été possibles, sans que le reste de la population ne s’y oppose, radicalement, efficacement, comme un mur inébranlable, une digue infranchissable dressée contre l’horreur ?
Je crois désormais comprendre, comment cela fut possible….


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