Inondation temporaire

Poème sur une sorte d’inondation symbolique, fantastique

par David Myriam.
Mis à jour le mercredi 31 janvier 2018

A toute allure,
les nuages filent en biais vers l’horizon
ils entraînent avec eux une partie du ciel
libérant un tourbillon de pluie noire
c’est déjà la nuit avant le soir
les nuages obliquent droit vers le sol
noient les maisons et la peste industrielle
dans les vagues d’une tempête humide
les rideaux de pluie étouffent tous les autres bruits
silence liquide martelé de gouttes
tout devient gris
l’eau transparente enveloppe tout
des langues de brume descendent sur nous
en furie
la pluie fouette les visages qui courent
détourne les voitures qui s’enfuient
les creux d’asphalte sont inondés
seule l’eau peut encore circuler
les pare-brise sont aveugles
et les parapluies envolés
impossible de savoir où nous sommes
L’eau en torrents emporte tout
elle liquéfie la terre
elle gicle dans le moindre trou
ruisselle sur les têtes
et emporte les déchets de pensées
loin des trous de mémoire
La masse liquide déborde de toutes parts
elle submerge ponts et barrières déchaussés
les tours cimetières disparaissent en fumée
la pluie nettoie le ciel
arrache d’innommables impuretés
les constructions sont inondées
le béton suinte des murs
les prisons se fissurent
les rues sont gorgées d’eau
le haut débit est à saturation
inondation au-delà de l’ivresse
la ville en détresse se vomit dessus
les égouts évacuent le trop-plein
les rivières charrient les débris au loin
la terre a bu jusqu’à plus soif
la tête lui tourne
elle ne sait plus où sont le haut et le bas
 
L’averse dense se déplace au loin
les flaques retrouvent leur calme
et les fleuves leurs lits
La pluie devient bruine
les nuages se disloquent au creux des vallées
le ciel se rétablit en l’air
entre les méandres de brumes
Des squelettes d’arbres luisent au bord de la route
les branches coupées et pleines de cicatrices
Les toits s’égouttent dans les caniveaux
les essuie-glaces continuent d’osciller
les hommes sortent de leur trou et se remettent en marche
toujours aussi opaques dans leurs imperméables
les voitures pressées font gicler l’eau sur les bords
sur les passants qui s’ignorent
et clignotent pour tourner on ne sait où
Le béton fume et les tours repoussent
L’inondation n’était que temporaire
la vie reprend son cours détourné
nettoyées, les fissures apparaissent immenses
lavées, les plaies se font plus intenses
La terre à nouveau brûlée par le soleil
se craquelle en d’innombrables crevasses
et l’ordure reprend partout sa place.

David Myriam - 2005

- Et n’oubliez-pas, vendredi 2 février à Crest à partir de 19h : la 2e nuit de la poésie

2013 - Perturbation - Encre acrylique, 65x50cm - David Myriam

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