Gilets jaunes : l’amorce d’une grève générale ?

par Etienne Maillet.
Mis à jour le lundi 26 novembre 2018

Les gilets jaunes : quel étrange mouvement ? Ils demandent la dissolution de l’assemblée nationale. Ils veulent s’organiser en comités citoyens. Ils font peur. Peur à tout le monde.

Au gouvernement d’abord, dont les crânes d’œufs de Bercy avait cru rusé de camoufler une énième et insupportable augmentation d’impôt au prétexte de protection de l’environnement. Une bonne partie de la gauche écolo-bobo tombe à pied joint dans le panneau. Du coup, la bien-pensance socialo-macronienne « qui a du cœur », la bourgeoisie éclairée, les écolos dorés, s’interrogent : dans quel ordre placer les priorités ? Le social d’abord, ou l’environnement d’abord ? L’environnement d’abord, crie-t-on partout en cœur. Car pas question de toucher à la structure politique et économique. Au fond, on en profite bien, on en souffre peu. L’environnement d’abord, pour le social on verra ensuite, comme dirait Manu.

Ce peuple-là ne saurait être le bon.

Même réflexe à l’extrême gauche : le mouvement, spontané, aurait des relents d’extrême droite ! Le mouvement manipulé par Le Pen. Intolérable ! Populisme ! Que faire ? Le peuple, par définition, n’est pas d’extrême gauche. Les gilets jaunes ne peuvent constituer un mouvement populaire. Donnez-nous des Grecs, des Vénézuéliens, mais pas des voisins, des proches, des collègues. Ils nous ressemblent trop, leurs questions sont trop gênantes, les abîmes de perplexité qu’ils ouvrent trop intimes, trop profonds. Faut-il alors changer le peuple avant de faire la vraie révolution ?

Même désarroi, et silence radio, dans les mouvances radicales. On y proclame l’amour pour la démocratie directe. Pour une fois l’occasion se présente. Mais on fait la moue : oui, mais non. Démocratie directe, oui, mais à condition qu’elle soit directe comme il faut, populaire comme il faut. A condition que le peuple pense comme nous. Ce n’est pas le cas. Ce peuple-là ne saurait être le bon.

Bordélique, polymorphe, populaire

Le mouvement, spontané, est bordélique, polymorphe, populaire : il inquiète, justement pour ces raisons. Il intéresse, justement pour ces raisons. Qu’en sortira-t-il ? Personne ne le sait. Mais c’est justement le vaste potentiel de remise en question générale de nos institutions, la possibilité de l’amorce d’une grève générale, le ferment d’une auto-organisation citoyenne que ce mouvement sans bord ni centre esquisse. Voilà pourquoi il dérange toutes les forces politiques traditionnelles, même les plus radicales.

Le 17 novembre, seront peut-être semés les ferments du futur. Chaotique ? Certainement. Peut-être amorcera-t-il une refondation en profondeur des forces politiques dans notre pays et au-delà. Quelles forces politiques manqueront l’appel de la démocratie et le train de l’histoire ? On y verra plus clair dans quelques semaines, quelques mois. Une chose est sûre toutefois : le 17 novembre, l’essence précèdera l’existence…
Le mouvement, difficile à tracer, devrait être représenté à Valence, Montélimar, Orange, Grenoble. A Crest, la page Facebook du mouvement a disparu. Fébrilité des autorités ?

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3 Messages

  • Gilets jaunes : l’amorce d’une grève générale ? Le 13 novembre à 21:11, par Virago

    Bonjour

    Je trouve que l’article d’Etienne est tés bien mais moi je vois les choses sous un autre angle.
    Ce phénomène des gilets jaunes est une pure production des réseaux sociaux (j’aime). Jusqu’à maintenant cela n’a fonctionné dans aucun pays.
    L’idée de bloquer la circulation c’est une idée du monde passé. Au bout de quelques jours on dira que l’on est en présence de terroristes et l’armée interviendra.

    Actuellement c’est l’argent qui commande donc il faut bloquer l’argent donc la bourse et les banques, directement au niveau de leur informatique et/ou au niveau de leurs communications et/ou de leurs alimentations électriques.
    Si un jour il y a une révolution dans ce pays cela passera par là................mais quelle sera la couleur des gilets ?

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  • Gilets jaunes : l’amorce d’une grève générale ? Le 13 novembre à 21:42, par Etienne Maillet

    Virago (mes amitiés à lui) et Libération, le quotidien du capitalisme de gauche, sont d’accord. Le mouvement des gilets jaunes n’est pas un complot de l’extrême droite. Non, à Libération - l’outil de propagande du milliardaire aussi interlope que sulfureux Patrick Drahi - on est trop cultivé pour tomber dans la théorie du complot. Pas d’extrême droite en sous-main.

    Ce sont les GAFAM, explique avec sérieux Libération, qui manipulent les gilets jaunes via les réseaux sociaux. Car le peuple, ne pouvant se diriger lui-même, est toujours manipulé (je cite, en substance, Libération). Mais bon sang, mais c’est bien sûr !

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  • Gilets jaunes : l’amorce d’une grève générale ? Le 15 novembre à 18:01, par Breynat Paul

    çà rappelle étrangement pour ceux qui ont un peu de culture, Poujade et le poujadisme.

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