Exploiter global, harceler local

les dérives drômoises du travail

par Alex Vernes.
Mis à jour le mercredi 12 juin 2019

« Cette émission [Cash Investigation] a fait beaucoup de tort à Amazon. On a beaucoup de mal à trouver des candidats. Ils préfèrent rester au chômage que d’y travailler », me dit le conseiller Pôle emploi. Je lis dans sa pensée : il souhaite que j’abonde en son sens ; que je dise que les chômeurs sont des fainéants ; que les gens n’ont plus le goût du travail.

Le capitalisme n’a pas de frein

Je réponds : «  Eh, oui, les entreprises doivent veiller à ce que leurs employés aient plaisir à travailler dans leurs murs. Elles doivent veiller face à leur image. Sinon, ça leur retombe dessus ». Intérieurement, je pense : « Bien fait pour leur gueule  ». Je songe aussi à la déconfiture en cours du mastodonte Heinz/Kraft (agro-alimentaire) dont la valeur chute en flèche. En cause : la stratégie de réduction des coûts drastiques du mammouth, dont l’heureux résultat est une chute vertigineuse des profits. Le capitalisme n’a pas de frein. Il vendra la corde avec lequel on le pendra. Une bonne raison d’espérer...

Mais au fait, y a t-il des humains chez Amazon ? Ne sont-ils pas plutôt des terminaux de la méga-machine, de simples extensions biologiques de l’intelligence artificielle, des esclaves 2.0 ? La machine dicte leur geste, donne des ordres, chronomètre, évalue : et si les performances ne sont pas celles attendues, la machine d’elle-même envoie la lettre de licenciement.

L’empathie est mauvaise pour les affaires.

Actuellement se tient le procès du harcèlement chez France Telecom, et singulièrement celui de son ex PDG, Didier Lombard. Un PDG issu du sérail, col blanc et cuiller d’or dans la bouche. Ni bleu, ni graisse, ni expérience du vrai travail. L’empathie est mauvaise pour les affaires.
M. Lombard fut, directeur de cabinet de Christine Lagarde, celle-là même qui épanchait son amour pour N. Sarkozy dans une ridicule missive énamourée. Cette même Christine Lagarde, qu’on aimerait voir à plus d’un titre sur les bancs des prévenus, dès qu’elle aura quitté son poste au FMI et perdu son statut diplomatique, si adéquatement pratique pour se dérober à la justice. Pour, entre autres choses, son implication dans l’affaire Tapie.
Voici brossé à grands traits le portrait des personnages douteux, inhumains et amoraux qui vont nous occuper dans les lignes à venir.

De mois en mois les mêmes offres d’emploi

une immense régression depuis les années 70

Par la porte ou par la fenêtre ! On aurait tort de croire que le phénomène se limite aux dérives de quelques groupes d’ampleur national : ce n’est que la partie hébergée de l’iceberg. Si l’on se penche attentivement sur les offres d’emploi régionales, on constate que certaines sociétés, de construction de camping-car, d’élevage intensif ; ou autres, de mois en mois, publient et republient les mêmes offres d’emploi. Pourquoi ? Parce que l’on jette les salariés comme des kleenex. Des kleenex mal payés, mal traités, essorés en quelques semaines, dont la productivité baisse, qui se mettent en maladie, ou pire, risqueraient de se syndiquer et de s’organiser s’ils restaient. Qu’importe : l’assurance chômage paiera, l’assurance maladie paiera. Socialiser les pertes : voilà une bonne manière de créer de la valeur pour l’actionnaire.

Qu’on ne s’y trompe pas : l’épuisement au travail fait partie du business plan. L’amoralité est devenue la recette centrale du capital. Recette touillée par des « élites » ayant perdu tout sens moral.
Qu’y a t-il sous la ligne de flottaison ? Crest et sa région : certaines « belles » sociétés qui ont pignon sur rue, dont les patrons sont des notables, des gens biens qui causent dans les journaux et dont on sollicite l’avis. Mais une fois passé la pointeuse, c’est Auschwitz qui règne. Arbeit macht frei. Mépris, menaces, harcèlement, épuisement, arbitraire : une immense régression depuis les années 70. Le progrès.

C’est là, au bord de la Drôme…

De belles sociétés avec des dessous sales, comme ces familles, ou derrière l’huis clos, se perpétuent des actes innommables qui détruisent les futurs humains. Me too : salutaire mouvement qui a vu la peur changer de camp et désigné les porcs. Mais seule une partie du chemin a été accomplie : ce sont les harceleurs d’entreprise, les patrons abuseurs (ils ne le sont pas tous), les chefs de production brutaux qu’il faut désormais montrer du doigt : qu’ils aient honte ; que la peur change de camp ; qu’ils comprennent que leurs actes sont des délits ou des crimes.
Et c’est là, au bord de la Drôme…


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