Ecologie réformiste consensuelle / écologie radicale

La ZAD et le Colibri : deux écologies irréconciliables ?, un très bon article

par Camille Pierrette.
Mis à jour le dimanche 18 novembre 2018

- Voici un très bon article dans la revue Terrestres : La ZAD et le Colibri : deux écologies irréconciliables ?

Cet article met intelligemment en balance les écologies individuelle et intérieure et l’écologie politique citoyenne avec l’écologie radicale (ZADs, anticapitalistes, anarchistes, Deep Green Resistance...), en partant notamment de l’analyse du livre de Cyril Dion "Petit manuel de résistance contemporaine".

Cet article limpide est à lire absolument, car si à présent la plupart des gens informés se rendent compte que les petits pas, les traités internationaux, le développement durable ne mènent qu’à la continuation du désastre, de la confusion et des illusions demeurent parfois chez les "nouveaux écologistes" dans les divers mouvements réformistes soutenus par les Pouvoirs, les grosses ONG et les médias.

- Extraits :

À mesure que notre horizon écologique et politique se durcit, la discorde entre les écologies s’aggrave. Pour ceux qui ne se résignent pas à couper les ponts, le dernier livre de Cyril Dion doit être l’occasion d’interpeler l’écologie majoritaire sur ses angles morts, et de réfléchir aux voies d’une radicalisation politique des résistances.

Si l’on admet cette perspective, un écologiste radical doit donc prendre le temps de lire et de critiquer Cyril Dion, en se rappelant le long trajet intellectuel qu’il a lui-même parcouru avant de pouvoir juger « naïve » l’écologie rassembleuse. Les enquêtes sur le « système Rabhi » ont leur utilité. Mais par une logique parfois proche de l’amalgame, elles ont détourné le débat de l’essentiel, en le centrant sur les intentions personnelles (et parfois hypothétiques) des acteurs11. L’essentiel pour l’écologie est ailleurs : entrer en débat avec elle-même, en confrontant les conceptions divergentes des causes et des remèdes de la catastrophe en cours. A ce titre, une lecture à la fois attentive et sans concessions du dernier livre de Cyril Dion peut s’avérer utile.

Je ne plaide donc pas pour que la critique de l’écologie majoritaire soit moins vive. Mais la radicalité ne doit pas consister, seul clairvoyant, à moquer la bêtise universelle et à mépriser les mobilisations citoyennes toujours trop naïves et inoffensives12. Être radical c’est plutôt réussir à inquiéter les positions inabouties de l’écologie dominante, trouver les voies pour la contraindre à s’auto-critiquer et à se dépasser. C’est donc aussi accepter de descendre humblement dans les effets désordonnés de mobilisations encore balbutiantes, et en tirer ce qui peut l’être pour pousser les modérés à affronter leurs potentielles contradictions. Je résumerai donc brièvement le livre de Cyril Dion dans cette perspective, avant de proposer une critique des aspects les plus problématiques qui s’en dégagent, et qui concernent pour une part l’écologie réformiste dans son ensemble.

Au final, le livre de Cyril Dion apparaît représentatif de certaines des contradictions de l’écologie majoritaire. Celle-ci hésite et oscille en permanence entre une conscience qui s’aiguise de la gravité du désastre en cours (on le voit à la lecture du chapitre 1 du livre, dont on a souligné l’importance), et la crainte de devenir minoritaire, de se couper du public et des médias si elle bascule vers des propositions trop radicales. C’est ce qui explique qu’au long de son livre, Cyril Dion reprenne sans cesse d’une main ce qu’il vient d’accorder de l’autre, qu’il se donne des apparences de radicalité en dénonçant « le capitalisme », sans jamais en assumer les conséquences. Ainsi il déclare ne plus croire à la stratégie du changement individuel, mais il ressort finalement que tout part de là et en dépend ; il vilipende le capitalisme mais ne prend pas le temps de se renseigner plus sérieusement auprès des sciences humaines sur ce qu’il est ; il estime les responsables politiques impuissants et égoïstes, mais explique que de grandes marches pacifiques suffiront pour les faire changer du tout au tout ; les politiques de Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) sont un leurre, mais il faut « collaborer avec les entrepreneurs », comme il faut collaborer avec les responsables politiques34 ; il faut une « mutation complète » de notre société consumériste et néolibérale, mais le chemin de cette mutation doit être non clivant et fédérateur (selon le slogan « Tous ensemble pour le climat ») ; la stratégie des « petits pas » ne suffit pas, mais le chapitre 6 décrit une stratégie qui est exactement celle des petits pas, et ainsi de suite. Face à ces contradictions et ces tours de passe-passe permanents, l’écologie radicale doit plus que jamais être le taon socratique qui par ses piqûres oblige l’écologie réformiste à se dépouiller des « opinions » anti-écologistes que le système dominant glisse en permanence dans sa tête.


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