Du « transidentitaire » à l’enfant-machine

Un entretien avec Fabien Ollier proposé par Pièces et Main d’Oeuvre


Mis à jour le dimanche 18 août 2019

Voici ci-dessous un entretien roboratif et courageux proposé par Pièces et main d’oeuvre. Texte courageux en ce qu’il brise les conformismes supposé progressistes, recouvrant de beaux et bons sentiments des sophismes pernicieux.

Entretien avec Fabien Ollier, à propos de son livre, L’Homme artefact. Indistinction des sexes et fabrique des enfants (Editions QS ?), précédé de rappels et considérations sur le sujet.

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Depuis la parution de notre Manifeste des Chimpanzés du futur contre le transhumanisme, en septembre 2017 (Editions Service compris), nous voyons des volées d’ouvrages tournant dans l’air du temps, autour du même sujet, s’abattre sur les tables des librairies. Peut-être avons-nous mis à jour un puzzle de faits et d’explications qui, une fois assemblés, saute aux yeux avec la force de l’évidence et de la surprise, contraignant dès lors ceux qui l’ont vu à y penser et à en parler. Et il en sera ainsi tant que l’humain, le vivant politique dans son milieu vivant, sera une cause disputée, et non un produit de laboratoire commandé sur Amazon et livré par drone.

Parmi les pièces de ce puzzle en cours depuis vingt ans, on peut citer en vrac et de manière non exhaustive : les concepts de machination et d’auto-machination (homme-machine, monde-machine, etc.) ; le lien établi entre volonté de puissance et développement des moyens/machines (mekhané) de cette puissance ; la filiation reliant la technologie (moyens de production) à la technocratie (en tant que classe détentrice effective de ces moyens) et la technocratie au transhumanisme ; le
« multiculturalisme » et le transhumanisme comme idéologies dominantes – et convergentes - de la technocratie dirigeante. Au même titre que son art, « l’art contemporain », est l’art officiel de notre époque. La reproduction artificielle de l’humain et la convergence, objective et subjective, entre transhumanistes et transidentitaires (alias queer). Parmi la volée de livres évoquée plus haut, il en est de mauvais et d’autres. Sans parler des livres transhumanistes, consacrés à la défense et illustration de « l’Homme augmenté », nous avons vu passer des ouvrages platement opportunistes, d’auteurs et d’éditeurs désireux de figurer sur ce
marché, et dans ce débat ouvert par l’intrigante audience du Manifeste ; quitte à en paraphraser les références et les idées. Il aurait fallu recenser ces livres au fur et à mesure, engager la discussion avec leurs auteurs, etc. Faute de temps, nous avons préféré creuser notre propre enquête , et participer à la contestation populaire des villes-machines (smart city) avec le mouvement anti-Linky.

Ce qui nous décourageait surtout, c’était l’incohérence de la critique, sa veulerie bornée, chez des gens pourtant fort diplômés, philosophes, psychanalystes, sociologues, économistes… ayant tribunes et micros ouverts, professionnels célébrés de la pensée ou scientifiques praticiens.

Faut-il évoquer le pathétique Testart, qui, livre après livre, s’en va nous « alertant » sur les « dangers », les « dérives eugénistes et transhumanistes » du DPI (diagnostic pré-implantatoire), tout en soutenant mordicus la pratique de la PMA pour les couples stériles. C’est-à-dire à la reproduction artificielle qu’il a introduite en France, en 1982, avec son compère René Frydman. Il est pourtant évident qu’en ouvrant la possibilité de la reproduction artificielle, on ouvre celle de l’amélioration du produit ; et d’innovations en améliorations à toutes les manipulations génétiques offertes par Crispr-CAS9 et les prochaines « avancées des connaissances ».
Et que dire de Sylviane Agacinski, qui prétend faire rempart de son CoRp (Collectif pour le Respect de la Personne), contre la prostitution des mères porteuses (GPA), mais se tait sur la PMA, et ne s’avise que cinq ans plus tard, ces derniers jours, du lien entre reproduction artificielle et idéologie queer.

De même que Marianne Durano, catholique et « féministe intégrale », hostile à la GPA, aux usines à bébés, à l’eugénisme et au transhumanisme, mais aussi muette sur la pratique de la PMA pour les hétérosexuels infertiles.
Ou enfin, pour borner là cette revue à la Dubout, ces anarchistes qui, ayant commis le faux pas de nous accompagner dans la contestation de la RAH (reproduction artificielle de l’humain), s’étonnent de l’esclandre du « milieu », et se défilent en courbettes apaisantes. Il faut dire que nous avions poussé l’outrage aux bons sentiments jusqu’à la critique du transidentitarisme, de son déni du réel et de ses délires subjectivistes. C’était dans un texte de novembre 2014, intitulé, Ceci n’est pas une femme (à propos des tordus « queer »).

Circonstance aggravante, ce texte suivait une série consacrée à La Reproduction artificielle de l’humain, corédigée avec « Alexis Escudero », et publiée en mai/juin 20144. Endurcis dans le délit d’opinion et le crime de pensée, nous avons récidivé avec une mise à jour publiée en juin 2018 : La reproduction artificielle pour toutes ; le stade infantile du transhumanisme. Aujourd’hui encore, tout anarchoqueer ou « transgenre » qui se respecte pique une crise d’épilepsie à la mention de ces horreurs. Et si ce n’est iel ce seront ses amis « techno-progressistes ». Toute l’aire libérale-libertaire, de l’extrême-gauche en décomposition, au showbizz (musique, mode, cinéma, publicité), en passant par les media (groupe Le Monde, groupe Radio France, Libération, etc.), l’édition et l’université, tous se trémoussant à la remorque de la Gay pride.
Bref la danse macabre des transhumanistes, conscients ou inconscients.
C’est pourtant de cette critique du « transidentitarisme » qu’est parti Fabien Ollier, cinq ans plus tard, dans « L’Homme artefact » , sans craindre les références à Ceci n’est pas une femme, ni à La Reproduction artificielle de l’humain.

Ce courage, si rare chez les critiques de la société industrielle aurait suffit à attirer notre attention. A l’exception des Italiens de Resistenze al Nanomondo, des Belges de la revue Kairos, des anarchistes espagnols de Contra toda Nocividad, et des Lyonnais de La Décroissance, nous n’avons rencontré au sujet de la reproduction artificielle de l’humain, du lien entre eugénisme et transhumanisme, entre
transhumanisme et transidentitarisme, qu’esquives, silence, sourdes oreilles et regards fuyants. Nos propos sont « clivants », voyez-vous, ou « maladroits ». Il aurait été bien plus adroit et rassembleur de nous en tenir aux lieux communs de la critique écologiste : la contestation des ravages territoriaux, des barrages, autoroutes, aéroports, TGV, etc. Ou encore aux sujets qui nous valaient
tant de suspicion quand nous parlions, depuis 2001, des nanotechnologies et du nanomonde, de l’emballement et du totalitarisme technologiques, à partir des symptômes fournis par Minatec, Clinatec, le téléphone portable, les puces RFID, les mems et les nems (micro-electro-mecanicalsystem), la biologie synthétique, les bio-et neurotechnologies, etc. Autant de critiques devenues après de longues années d’études la matière à penser de Camille Ran-tan-plan ou du Groupe Voiture-Balai.

Il se trouve qu’en outre, L’Homme artefact esquisse ce que nous n’avons pas fait – ni personne à notre connaissance : l’histoire générale de cette crise anthropologique depuis les années 1970.
Sans doute, nombre de faits, de notions, d’épisodes, de personnages, d’auteurs, etc., avaient été repérés dans d’autres ouvrages. Parmi les plus récents, La philosophie devenue folle, de Jean-François Braustein (Grasset, 2018), qui rappelle les conditions sordides de l’invention du « genre social » par John Money ; l’essai remarquable d’Isabelle Barbéris sur L’art du politiquement correct (PUF, 2019) ; Au rendez-vous des mortels de Jacques Luzi, sur le déni de la mort de Descartes au transhumanisme (La Lenteur, 2019) ; Leurre et malheur du transhumanisme d’Olivier Rey (Desclée de Brouwer, 2018) ; et vingt pages de bibliographie, des dizaines de notes en bas de page, attestant que Fabien Ollier a recyclé une multitude d’éléments épars, mais précisément, il l’a fait. Et ce faisant, il en restitue l’enchaînement, les ressorts et les articulations.

Ce qui nous est donné à voir, c’est le déchaînement de la volonté de puissance (le « désir »), au moyen du déchaînement technologique, dans la production et la reproduction du client roi. Il s’agit, littéralement, de prendre ses désirs pour des réalités et de les imposer comme telles, au défi, précisément, des réalités objectives. Et ce n’est pas beau à voir. Boucheries chirurgicales et intoxications pharmaceutiques pour fabriquer des fake femmes et des fake mecs. Imposition du langage et du délire mental d’une minorité « tordue » (queer), à l’ensemble de la société sommée
d’authentifier ses hallucinations, et de leur donner un faux-semblant de vérité grâce aux dernières avancées de la science. Contradictions entre refus du biologique et exigence de validation biologique de l’identité auto-machinée. Entre haine de la chair, de la « guenille humaine », et surinvestissement narcissique du corps designé sur mesure. Egotisme des auto-entrepreneurs en identité, obsédés par la dissection de leurs particularités et par le strict respect des étiquettes. Quiconque confond créatures « binaires » et « non-binaires » commet le crime de lèse-identitaire. Sanction encourue : la mise au ban de la nouvelle bonne société, celle qui respecte toutes les différences, quitte à en fabriquer pour mieux les instrumentaliser. Si l’intérêt de l’industrie de l’auto-machination pour cette diversification des options identitaires ne fait pas de doute, plus stupéfiante est la complaisance perverse du monde intellectuel pour ce renversement du réel. Anne Fausto-Sterling, Thierry Hocquet, Eric Fassin, Elsa Dorlin, Sam Bourcier, Paul Preciado et tant d’autres universitaires cités par Fabien Ollier, qui font carrière sur la défense de prétendues différences. C’est la règle du jeu comme dirait Bourdieu qui l’a si bien pratiquée. On se distingue comme on peut sur le marché des idées.

Quand les habits magiques de l’empereur sont censés rester invisibles aux yeux des imbéciles, quel intellectuel aurait le courage de s’exclamer – « Mais sa Majesté est nue ! »
Quel universitaire oserait dire aujourd’hui devant une Marie-Hélène, « Sam », Bourcier, ou une Beatriz, « Paul », Preciado « Mais ! Ceci n’est pas un homme ! ».
Qu’un simulacre plus ou moins réussi puisse se faire passer pour ce qu’il n’est pas ; qu’il en arrive à croire sa propre fiction ; et à trouver des faux témoins diplômés pour garantir, en toute compétence scientifique et philosophique, qu’on y doive croire aussi, vérifie en retour le poncif de Debord sur « l’ère du faux sans réplique » :
« Le seul fait d’être désormais sans réplique a donné au faux une qualité toute nouvelle. C’est du même coup le vrai qui a cessé d’exister presque partout, ou dans le meilleur cas s’est vu réduit à l’état d’une hypothèse qui ne peut jamais être démontrée. Le faux sans réplique a achevé de faire disparaître l’opinion publique, qui d’abord s’était trouvée incapable de se faire entendre, puis très vite par la suite, de seulement se former. »

Fabien Ollier contribue à la survie d’une opinion publique. Ceux qui comme lui préfèrent penser par eux-mêmes le vérifieront en lisant notre entretien (ci-après).

Pièces et main d’œuvre

Entretien avec Fabien Ollier

PMO : Hors de rares exceptions, les humains naissent mâles ou femelles, et deviennent hommes ou femmes. C’est ce que nous pensons, comme toi et comme beaucoup de gens qui n’osent plus le dire à voix haute, tant les discours des transidentitaires s’imposent désormais de façonautoritaire. Tu écris que ces « discours idéologiques ou utopiques sur les nouveaux horizons sexuels des humains se distinguent par un style de pensée commun ». Quel est ce style de pensée, et quelles idées véhicule-t-il ?

F.O : Les transidentaires que sont selon moi les groupes de pression transsexualistes, transgenristes, transbiomorphistes et transhumanistes forment actuellement ce que l’épistémologue Ludwik Fleck nomme une « communauté de pensée fermée sur elle-même » ou, pour le dire autrement, une sorte
de nébuleuse sectoïde qui adopte en effet un style de pensée caractérisé par les choix d’objets sur lesquels le collectif peut ou non réfléchir, par les préjugés et allant-de-soi obligatoires qu’un membre de ce collectif doit forcément avoir intériorisés et par les méthodes qu’il faut utiliser ou ne pas utiliser pour élaborer des « connaissances ». Cela signifie plus précisément qu’un style de pensée est un conformisme, un assujettissement mental, une limitation de l’esprit critique qui confine à l’intolérance. Ainsi la propagande transidentitaire, d’inspiration libérale-libertaire en apparence, diffuse de manière autoritaire une idéologie-ciment, une vision du monde qui agglomère de plus en plus de personnes les unes aux autres au point de former un corps mystique nouveau. Cette idée phare est que le corps n’aurait aucune gravité ontologique, même minimale. Il ne serait pas donné par la vie, la nature et le hasard, il ne serait surtout pas constitué transcendantalement
comme un « corps de chair subjectif » indéchirable, mais il serait au contraire une pure construction sociale, politique et in fine individuelle. Du corps réduit ainsi à l’état de simple matière fabriquée socialement ou de mécano plus ou moins complexe à composer soi-même, ne reste que la chose malléable à volonté ou le capital à faire fructifier au gré des liturgies médiatiques et des messes techno-marchandes du corps fétiche, du corps à merveilles, du corps glorieux ici-bas. Nul n’est besoin d’insister sur le potentiel totalitaire de telles conceptions du corps chosique. Dès lors s’est aussi insinuée l’idée pernicieuse que la sexuation des êtres humains en deux catégories
distinctes et radicalement autres autant que complémentaires – mâle et femelle – ne serait, elle aussi, que le résultat d’une force socio-politique contraignante : celle de la science mâle, occidentale, patriarcale, blanche, colonialiste et hétérosexuelle. Tout se passe un peu comme si la lune devait désormais révéler au monde entier qu’elle est constituée de fromage de roquefort sous prétexte que Neil Armstrong est le premier homme à avoir posé le pied dessus et qu’il n’a forcément rien vu de tel à cause de sa couleur de peau et de son pénis ! De nouvelles questions, tout droit sorties d’esprits
tordus (queer), se sont mises à fuser : et si les sexes n’existaient finalement pas plus que le corps ? Et si tout cela n’était que mensonge, vue de l’esprit, fiction sociale, délire de mâles dominants ?

Pour les transidentitaires, notamment ceux qui sont très actifs au sein des gender studies dans les paysanglo-saxons et en France désormais, un vaste complot métaphysique serait au fondement d’une illusion majeure : celle de l’existence du dimorphisme sexuel. Aussi faudrait-il déconstruire ce mythe, sortir de la binarité homme-femme aliénante et oppressive, et pour ce faire reconnaître enfin que les sexes ne sont pas deux mais innombrables (thèse de Anne Fausto-Sterling), que les « genres » sont mêmes plus essentiels que les sexes (thèse de Judith Butler) et qu’étant fluides, flous, troubles ou sans frontières, il faudrait qu’ils prolifèrent afin de réaliser le cyborg (thèse de Donna Haraway). Du fait avéré que le masculin et le féminin relèvent d’une fabrication sociale effectuée sur la corporéité au travers d’institutions qui prennent en charge la vie quotidienne des individus, on en est insidieusement arrivé, par l’abandon de toute critique institutionnelle autant que par obsession identitaire, à prétendre que les rôles sexués sont purement conventionnels (thèse de Bourdieu) et que la véritable libération sexuelle consisterait à en finir une bonne fois pour toutes avec les sexes. L’heure serait donc venue, pour les transidentitaires et autres post-sexualistes, d’avoir le droit de choisir son genre. Cette idéologie psychotique et morbide du corps en chantier permanent, du corps déraciné et nomadisé comporte une base matérielle réelle : le marché de la « transition » est parfaitement organisé et mondialisé pour accueillir à bras ouverts dans ses cliniques de biodesign et dans ses cabinets médicaux, les nouveaux « dysphoriques » ou « pléthoriques » de genre qui veulent « voyager » de la femme vers l’homme (et inversement) à grands shoots d’hormones commercialisées par les laboratoires Bayer-Monsanto, en passant par les deux à la fois, en n’étant finalement ni l’un ni l’autre à grands coups de bistouri, ou en optant pour l’hybridation avec d’autres
« êtres sentients » dont ils se sentiraient très proches (animal, végétal, robot).

PMO : Les transhumanistes, qui projettent un corps sur-mesure, automachiné par la technologie, affichent leur dégoût pour le charnel et le corps biologique (« viande » ou « gelée », selon les auteurs). En quoi la négation du dimorphisme sexuel relève-t-elle de cette haine du corps ?

Il existe des passerelles idéologiques entre les groupes LGBTQ+ ou post-féministes actuels qui nient de manière mystificatrice les deux sexes et les transhumanistes qui prétendent pouvoir « augmenter » ou « transcender » l’humain grâce à des transformations profondes du corps et des conditions d’existence. Pour ces deux mouvements à forte tendance sectaire qui prônent des nouvelles vérités plus vraies que celles qui avaient cours dans « l’ancien monde », le corps humain ne serait
finalement qu’un brouillon devant être absolument corrigé sans cesse. Dès lors, le rapport au corps est à mon avis plus ambivalent que vous ne l’envisagez en parlant simplement de haine. Theodor W. Adorno et Max Horkheimer avaient bien remarqué cela : « L’amour-haine envers le corps imprègne toute la civilisation moderne. Le corps est raillé et rejeté comme la part inférieure et asservie de l’homme et en même temps objet de désir comme ce qui est défendu, réifié, aliéné ». Dans le cas des transgenristes, le bricolage techno-médical du corps nécessite un investissement narcissique considérable mais celui-ci est aussi complètement négatif ou morbide puisqu’il s’agit de refaire un corps tout en le refusant quasi-complètement. Dès le moment où ce qui distingue radicalement l’homme de la femme – j’en conviens, il s’agit d’un presque rien métaphysique qui est un presque tout – est réduit à un ensemble de mécanismes quantifiables, de taux d’hormones, d’organes ou de gènes observables, il devient aisé d’énoncer qu’un homme n’est finalement rien d’autre qu’une femme doté d’un fort taux de testostérone, éventuellement doté d’un pénis ou de quelque chose y ressemblant vaguement. S’engage alors la longue « transition » durant laquelle les attentions nombrilistes à son petit corps chéri-haï captent toute l’attention, absorbent toute l’énergie, vident aussi les bourses au passage et bien sûr éloignent de toutes les autres préoccupations plus fondamentales au genre humain : l’art, la politique, la morale, la création sociale, etc.

Dans ce type d’obnubilation corporelle à tendance maniaque, il s’agit en somme de s’engendrer soimême en appliquant au corps une volonté de toute-puissance infantile et (auto)destructrice qui conteste en profondeur l’appartenance à l’humanité de l’humain. D’où l’attrait pour le post-humain post-sexuel, pour l’homme artefact. C’est très exactement ce qu’exprime Max Valerio, très souvent pris pour modèle dans la littérature trans et queer, car il se qualifie d’homme avec vagin : « Nous
restructurons nos glandes, nos fluides corporels, notre peau, nos nerfs et nos parties génitales, nous intensifions les archétypes de la masculinité et de la féminité de manière à voir à travers eux, à les traverser et à les reconfigurer complètement ainsi que leurs significations une fois pour toutes ».

Or, l’ethnopsychanalyste Georges Devereux a mis en exergue la forte prégnance masochiste que recèle ce type de « bionégativité ». Il dit quelque chose qui me semble fondamental pour bien saisir l’étendue des ravages que peut générer sur l’ensemble de la société l’idée a priori seulement stupide ou délirante que les sexes seraient flous et traficables à volonté. « La tentative de s’individualiser par la négation de ses caractéristiques de base représente l’anéantissement de l’identité réelle comme un moyen privilégié pour achever une identité factice. Les lemmings humains prétendent affirmer la vie en démontrant leur capacité à mourir. C’est comme si c’était l’eunuque qui prouvait le mieux l’existence des non-femmes : des hommes ». « Performer les genres », « dériver à travers les genres » et leurs combinaisons potentielles, faire « proliférer les genres » et devenir selon l’expression de la post-humaniste Katherine Hayles « gender drifter », revient à militer aussi pour des identités cyborgs, des technocorps mutants pourvus d’organes génitaux customisés aux formes, quantités et qualités désirés, et dotés d’attributs nécessaires aux activités sexuelles réalisées comme on s’équiperait d’ustensiles pour cuisiner ou faire du sport. C’est le fantasme du corps total, du tout-en-un. C’est pourquoi l’ordre corporel qui adviendrait dans le cas où s’appliquerait une technopolitique visant à libéraliser et encourager la mutilation des sexuations originaires pour soi-disant « augmenter » les jouissances, les sensations, les vibrations ou les spasmes du corps artificiellement transgenré serait forcément totalitaire. George Orwell avait bien prévenu dans 1984 : Big Brother s’enflamme à l’idée d’abolir l’orgasme. Et ceux qui prétendent l’améliorer ou le démultiplier par transition ou hybridation de genre sont en train d’y parvenir grâce à une forme de censure par excès.

Voir en ligne : Du « transidentitaire » à l’enfant-machine


2 Messages

  • Du « transidentitaire » à l’enfant-machine Le 19 août à 01:14, par Etienne Maillet

    J’aime beaucoup les fractales. Sur les puzzle, je suis prêt à donner un indice. Lequel trouves-tu trop compliqué ?

    Répondre à ce message

  • Du « transidentitaire » à l’enfant-machine Le 18 août à 23:27, par simon

     ? ? ?- je ne suis pas sûr d avoir tout saisi...sont-ce des guerres intestines ? Enfin de ce que je présume, j’ ai toujours trouvé sympathique le courage d’aller contre la pensée commune - aussi bien celle des dominants que celle des plutôt marginaux ( =slogans). Sinon , l’église catholique sentait bien les dangers futurs en interdisant la dissection, et DESCARTES arriva, donna un coup de pied dans le ventre d’un chien, déclarant qu’il s’agissait d’une machine. Le corps machine était né.
    Sinon, on assiste toujours aux mêmes glissements : liberté==> liberation ==>libéralisation ==> libéralisme ==> marchandisation objectivation ;
    Enfin moi je dis ça....je préfère les fractales aux puzzles tels que tu les sers -trop complexes .

    Répondre à ce message

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