Des jeunes lancent un appel à l’écologie sans transition

Nous sommes en rage

par Les Indiens du Futur.
Mis à jour le mardi 21 mai 2019

Tribune de jeunes francilien.ne.s mobilisé.e.s dans les grèves pour le climat, afin que le 24 mai ne se contente pas d’une simple marche mais soit un appel à l’écologie sans transition.

- Retrouvez l’appel sur : Nous sommes en rage

Maintenant ou plus jamais

Nous sommes en rage

Depuis plusieurs semaines, nous nous sommes dit "en grève", grève scolaire du vendredi, avec un message simple : pourquoi apprendre si nous n’avons pas d’avenir ? Pourquoi apprendre pour enrichir un système qui ne profite qu’à une seule et même classe sociale, mondiale, immensément riche et minoritaire ? Pourquoi apprendre, quand notre éducation nous oriente vers l’oppression des plus pauvres, vers la destruction et l’épuisement de notre planète ?

De toute évidence, notre intention n’a pas été comprise. On nous a répondu : "l’école c’est important, c’est en apprenant que vous pourrez faire changer les choses", ou encore : "nous sommes d’accord avec vous et nous essayons de progressivement répondre à l’enjeu écologique". Des messages plats et sans valeur. Des engagements vides de sens et de conviction. Alors, éclaircissons un instant notre message.

Nous ne sommes pas seulement "en grève", nous sommes en souffrance, angoissé.e.s, dégoûté.e.s, exaspéré.e.s, en colère, en rage, nous sommes révolté.e.s. Les médias et le gouvernement se complaisent à qualifier nos marches et nos actions dans un lexique infantilisant : "mignon", "gentil", "non violent", "plein de bonnes intentions". C’est-à-dire, avec un mépris qui se cache à peine : inoffensif, sans effet, sans intérêt. Nous ne sommes pas dupes de ces opérations qui visent, somme toute, à nous décrédibiliser, quand nous disons qu’il est urgent d’agir et que "tout brûle déjà". Plus vous nous invitez à attendre, à être patient.e.s, à voter, à consommer moins, plus vous délayez la prise au sérieux d’une écologie sans transition.

Nous vous accusons d’être source de destruction de notre présent, de notre avenir et pour cela, il n’y aura pas d’absolution, pas de pardon.

Les pyromanes seront les premier.ère.s à payer

Le constat est simple. Depuis des décennies, la même propagande est administrée aux générations qui se succèdent sur les bancs des écoles, et par la suite dans les administrations publiques et sur leurs lieux de travail : croissance, production, biens matériels, ressources, richesses... Toujours plus, toujours mieux. Au nom de ce "plus" et de ce "mieux" qui ne nous font guère envie, il a fallu asservir, saccager, dominer une planète et le vivant qu’elle héberge.

Sourds aux alertes des mouvements écologiques partout dans le monde, sourds aux autres modes d’existences qui s’élaborent de la Guyane à la ZAD, du Mali aux quartiers populaires, les gouvernements continuent d’étendre et de raffiner le système capitaliste, qui repose sur l’exploitation croissante des ressources, humaines comme naturelles. Et bien que dans un relatif consensus médiatique, l’idée d’une "crise environnementale" fasse les gros titres, ce n’est que pour servir la soupe de l’économie verte et de la gouvernance mondiale.

La vérité est que les "décideur.se.s", dont les citoyen.ne.s les plus inconscient.e.s attendent tout, se soucient surtout de la continuation du business as usual, quand bien même celui-ci livrerait la planète entière à la destruction. Ils n’ont pas encore eu à payer le coût de leur mode de vie et de production, qui est entièrement supporté par un prolétariat mondial dont on peut douter qu’il accédera jamais au bonheur frelaté des Trente Glorieuses. Ainsi, nos "décideur.se.s" peuvent se contenter du discours expliquant que nous avons 10 ans, 20 ans, 30 ans pour faire une "transition écologique" - mais, pour tous les autres, la catastrophe est déjà là, depuis bien longtemps. Ce ne sont pas d’aussi minimes aménagements que les compensations carbone, les taxes kérosène, ou "la prise en compte des externalités" qui décourageront les pyromanes de continuer : nous devons les faire payer.

Écologie populaire et sans transition

Face aux mobilisations de masse dans les rues, face à la construction d’alternatives écologiques et sociales sur les ronds-points, les ZAD et les lieux occupés, le gouvernement n’a qu’une seule réaction : la répression. Quand des activistes écologistes s’opposent aux grands projets inutiles ou volent les portraits présidentiels, quand les manifestant.e.s offensif.ve.s refusent de se soumettre aux lois de la manifestation encadrée et symbolique, quand les Gilets Jaunes investissent des lieux emblématiques du pouvoir, nous savons que la véritable violence vient de ceux qui mutilent, matraquent, assassinent, et mentent pour le cacher.

On peut déplorer que cette répression ne soient mise en avant que maintenant alors qu’elle s’exerce depuis bien longtemps en toute impunité dans les banlieues. Il apparaît clairement, aujourd’hui, que la police est l’unique rempart entre un gouvernement illégitime et une population qui a soif d’une autre vie, et qui veut s’en donner les moyens.

En voulant nous faire taire, vous nous permettez de nous trouver. La répression nous a rappelé, ou parfois fait découvrir, que ces "crises" sociales et écologiques ont bien une source commune, que nos combats pour la dignité, pour les droits des travailleur.se.s et pour la protection de l’environnement ont bien un ennemi commun : le capitalisme, et ses lamentables représentants temporaires. Face à cet ennemi, nous devons apprendre à lutter ensemble et hors des cadres que l’on cherche à nous imposer. Chaque rond-point, chaque ZAD, chaque squat, chaque lieu de lutte où se construisent d’autres possibles autonomes vous affaiblissent et nous rendent nos libertés.

En grève d’ici le 24 mai, et ensuite

Le 24 mai, la « jeunesse » appelle à une grève mondiale et intergénérationnelle pour le climat. C’est deux jours avant le 26 mai, où se tiendront les élections européennes, que certain.e.s nous présentent comme décisives pour l’écologie. Il nous paraît évident que ces élections, comme toutes celles qui les ont précédées, n’ont pas un grand intérêt : quels qu’en soient les résultats, les États sont partout coincés par leur insertion dans le système économique mondial de la croissance et de la dette.

Cette grève du 24 mai est une opportunité pour cesser de faire reposer nos espoirs sur quelques élu.e.s, et pour nous saisir nous-mêmes du problème, à notre échelle. Que ces grandes dates de grève mondiale servent à mettre à bas l’ordre qui nous est imposé, à faire fourmiller les publications de textes et de vidéos, les initiatives d’occupation, de jardinage et de sabotage… Il s’agit de prolonger la grève pour le climat à toute notre vie.

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