Crest : pré-rentrée festive des Gilets jaunes au rond-point

entre combativité et inquiétude

par Etienne Maillet.
Mis à jour le lundi 19 août 2019

Pipoune, bébé barboteuse jaune de Royans, avait entrainé ses parents à Crest au rond-point ce dimanche 19 août, pour une formation gilet jaune précoce.

Pipoune ? Peut-être neuf mois d’âge. Neuf neuf de grossesse citoyenne. Un beau bébé ; un bel anniversaire. Autour, sur le gazon sous les ramées, sans les cigales heureusement de l’horrible canicule, beaucoup d’autres bébés, presque comme vrais ; quelques airs de guitares et de bandonéon : on partagea le repas. Alentour, des œuvres singulières, de fer, de laine, de papier, d’encre et de peinture, de plâtre de bois, témoins du talent des gens, antithèses de la médiocrité abrutissante du travail moderne.
Etonnant ! En Chine, on se glissait dans les bois vers de secrètes expositions d’art. Ici, rien de secret : les autos du rond-point voient sous la feuillée. Pourquoi alors cette sensation que les choses se ressemblent ?

Immense pauvreté rampant sous la surface

Celui-ci, celle-là, avouent avoir voté Marine. A leur côté, un compère gilet jaune se déclare à l’autre extrême. Ils sont retraité, enseignant, autoentrepreneur, handicapé, artisan, horticulteur, éleveur, aide à domicile, aide-soignante, comédiens, de fortunes diverses. Le bord politique est mis de côté. On a appris à éviter certains sujets. Ils sont unis par la conscience de la légitimité de leurs revendications.

Les Gilets jaunes veulent plus de pouvoir d’achat. C’est-à-dire plus de justice économique. Fins politiques, ils savent que la justice économique est, in fine, la condition de l’égalité politique. Leurs revendications sont pour eux-mêmes, leurs proches, la société en son entier, et au-delà, intiment mêlé, la survie même du genre humain.
Fin du mois, fin du monde, même combat !

Sur le rond-point, tous constatent l’immense pauvreté rampant sous la surface. Ils évoquent, le mur de l’incompréhension derrière lequel se retranche administration, les élus. Ils comprennent tous, quel que soit leur bord, au mieux l’inefficacité de l’Etat, voire son hostilité envers les plus vulnérables.

Les gilets jaunes, avec l’expérience de la durée, savent que devant eux les institutions censées les représenter ne pourront éternellement mépriser leurs demandes, sauf à finir de perdre toute légitimité. Ils pressentent aussi qu’ils représentent bien plus que leur nombre sur les rond-points.

Ils pressentent que la volonté majoritaire qui mûrit souterrainement aspire à l’égalité, mais qu’elle ne trouve aucun exutoire politique pour s’exprimer.
L’égalité profite au plus grand nombre. Tandis que conduites par des ploutocrates, hyper-riches dont la fortune repose sur le pillage, l’exploitation, l’amoralité, les sociétés courent à leur perte, dans d’indicibles souffrances sociales.
Avec comme fin probable une énième guerre mondiale.

Oui, ces inquiétudes parcourent les rond-points et se cherchent des réponse. Ici et au delà. Les ronds points ne sont que la pointe émergée du ressentiment et de la perte de confiance. Les rond-points ? Sourdement, ils désignent cette peur. Ils sont la cime de l’iceberg prêt à basculer

Un Etat hostile, des institutions déconsidérées

Les touristes qui prennent le chemin du retour klaxonnent souvent au rond-point de la Croix de Romans. Demain, ils reprendront le boulot, s’encoigneront factures, abonnements, charges, échéances, déclarations, paperasses, horaires harassants, mépris des chefs, course exacerbée au rendement, fins de mois difficiles, honte de la pauvreté. Le mouvement des gilets jaunes, s’il recueillit à ses débuts plus de 80 % d’approbation, conserve probablement dans l’opinion un potentiel d’adhésion au moins équivalent, tant aucune des questions soulevées, économique et démocratique, n’a reçu de réponse autre que cosmétique.

La révision du Code du travail, le vote du Ceta – qui accentuera la concentration économique et politique pour ensuite supprimer des emplois et concurrencer la souveraineté des Etats, c’est-à-dire de leur peuples - la violence policière utilisée comme arme de répression et moyen politique ont été au contraire des agressions envers les Gilets jaunes, ont été au mieux des réponses perçues comme méprisantes. Les grand débat est sans suite. Comme une escroquerie...

Le mouvement a mûri. Dans cet anniversaire, cette maturation, on sent à la fois l’élan, l’impatience, l’espoir, mais aussi une l’anxiété. La saison touristique, semble-t-il a été mauvaise, les marchés d’été déprimés. Dans les territoires, les plus pauvres s’appauvrissent. Les statistiques aiment en minimiser le nombre, tandis que par fierté les indigents camouflent leur pauvreté. La braise couve : on préfère faire semblant de ne rien voir.

Le marasme, on l’a d’abord attribué aux Gilets jaunes. Il est plus probable que les Gilets jaunes n’aient fait que révéler la crise de confiance politique et sociale et économique sous-jacente.

Sur le rond-point, à l’ombre des platanes, il y a comme un air de printemps mi-août. Mais sous une lumière étrangement saharienne, comme la sourde inquiétude, le plomb d’une veillée d’armes s’étendant bien au delà du rond-point. .

Que va-t-il se passer une fois évaporée l’anesthésie des vacances ?

Quelques photos...











Photo ci-dessous:par solidarité, la borne à gaz avait choisi d’être en jaune.




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