Crest : d’inquiétants effondrements

par Etienne Maillet.
Mis à jour le dimanche 25 novembre 2018

Comment cela aurait-il pu ne pas de produire ? Une partie de la route des Sétérées s’est écroulée : « On avait prévenu, dit un chasseur de passage, venu rechercher ses chiens. La zone est inondable ». C’était la première fois que je me promenais dans ce quartier de Crest. Quelques instants avant de découvrir l’éboulement, mes yeux m’avaient, averti d’une chose : cette partie de la colline n’est pas stable.

Or on y construit pourtant un lotissement. Une des maisons en cours de construction est d’ailleurs directement menacée. N’a-t-on pas procédé à des études géologiques avant de donner les permis d construire ?

Pourtant les signes de l’instabilité sont éclatants : ici, de l’eau qui stagne en fond de fouille. Plus loin, c’est un verger : l’eau affleure au sol, signe que le terrain est gorgé d’eau. Il n’est plus solide, mais quasi fluide, thixotrope, prêt à partir comme une pâte. Oh, certes on a construit une retenue – fort onéreuse - juste en dessous, preuve que le problème est connu. Toute la zone est une éponge. Le terrain est composé d’une couche puissante de plusieurs mètres de plaquettes de gélifraction, sans structure, sans tenue. En excavant au pied même de la colline, on n’aura fait qu’aggraver la situation. Car les centaines de tonnes excavées, par leur poids, soutenaient les terrains au-dessus, sur lequel se construit le lotissement.

La retenue colinaire est la réponse automatique, systématique, que tous les technocrates hydrologues apportent avec une régularité toute pavlovienne, à ce genre de problèmes. Au pied du Pilat, comme récemment en Drôme, l’Union européenne, il y a quelques années, procédait à un audit des bassins versants vers le Rhône. Les préconisations, là encore, ont été de construire des retenues. Identifier et éliminer les effluents sauvages, tels les drains sauvages que des paysans installent pour évacuer l’eau en bas de leur champ, pour permettre le passage des machines ; planter des haies en bord de ruisseau pour retarder les écoulements, etc. Ces solutions, qui imposent une connaissance fine du terrain, la coopération des populations, est hors de portée, hors de la compétence, hors de la volonté de l’union européenne. Sa logique fondamentale, sa structure intrinsèque est toute tournée vers les intérêts des lobbys, des plus grandes entreprises, des « champions » industriels. Par construction, l’Union européenne est anti démocratique.
L’urbanisme – crestois du moins- procède de la même logique, qui ne connait que le lotissement, la gabegie de terrain, l’isolement et la rétraction sociale : Voyez ces murs, ces portails, ces barrières, derrière lesquelles se dilue la volonté de vivre ensemble ! Mais il est aussi l’expression de ce mépris anthropologique envers les forces naturelles, auxquelles rien ne résiste. Or la catastrophe globale est en cours : avec la montée des eaux, oubliez bientôt, quand vos enfants auront votre âge, le marais breton, le marais poitevin, les Landes (exondées récemment, il y a moins de deux siècles). Oubliez Lille (naguère l’Ile) et tout son avant pays. Et ne croyez pas qu’habiter à la montagne vous préservera des hoquets de la terre. Car les variations du niveau littoral résonne jusqu’au sommets des terrains d’altitude.
On ne résiste pas aux forces naturelles. Au mieux, ont les conturne. Lisez ce qu’écrit Mandelbrot (inventeur des fractales) à propos de crues du Nil : aucun barrage ne les contiendra jamais.

Dans la zone considérée, les rus nombreux sont dénués de haies. Le sillon des charrues est parallèle à la pente. Certaines ruines des abords de Crest plantée en plein champ, sont désormais juchées sur des buttes. Il n’a fallu que quelques décennies pour que le terrain labouré autour s’érode.

Il faut sortir de cette gabegie environnementale, de cette débauche de terrain, de cette érosion des sols et de l’en-soi social. Partout dans le monde, les rendements agricoles s’effondrent tandis que la population s’accroit. Les terres arables voient leur superficie diminue toutes les décennies de la surface d’un département. Il y a bien sûr les belles proclamations et les sublimes envolées écologiques, agenda 21, états généraux de l’environnement et autre billevesées. Mais depuis beau temps les politiciens nous ont appris à distinguer la gesticulation de l’action, les actes des déclarations. Mais pour beaucoup, cela reste de la théorie, une menace lointaine dont on n’aperçoit pas les conséquences pratiques. Il est probable que pour la famille dont la maison à peine achevée est menacée par le glissement de la colline, l’écologie deviendra soudain une dimension à la réalité aussi cruelle que palpable.


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