Carlos Ghosn en tôle

à qui le tour ?

par Etienne Maillet.
Mis à jour le lundi 19 novembre 2018

C’est avec un plaisir non feint qu’on apprend l’inculpation de Carlos Ghosn (pdg de Renault-Nissan) au Japon pour fraude fiscale. On lui souhaite longue vie…à l’ombre des geôles nippones. Mais au-delà de la mise hors d’état de nuire d’un délinquant majeur, c’est la question des relations de l’industrie automobile avec le pouvoir politique qui se pose. Relations en effet étroites. L’Etat détient 20 % des voix au sein du conglomérat. Avec des gens dont on est proche, on entretient de bonnes relations personnelles.

Question : la promotion de la voiture électrique, doit-elle tout aux relations incestueuses et malsaines entre les sphères politiques et rien à l’écologie ? Celle-ci n’est-elle qu’un alibi fumeux ? La voiture électrique, la taxe sur les carburants doivent-elles plus aux lobbys qu’à la démocratie ou à l’écologie ?

Car la ficelle a déjà été utilisée : souvenez-vous des contrôles techniques, aux logiciels trafiqués, laissant croire à l’innocuité environnementale des véhicules récents. Il n’y a guère de doute que les sphères politiques, et notamment l’exécutif, étaient parfaitement au courant de l’affaire. A moindre d’être sourd et aveugle. En effet le contrôleur technique de base connaissait le secret de Polichinelle. On allait jusqu’à indiquer au client – cela m’est arrivé dans la banlieue grenobloise - quel régime moteur adopter pour que le véhicule passe sans encombres les contrôles. « "C’est fait exprès, ajoutait-on, sinon la plupart des véhicules ne passerait pas les contrôles ». Voilà de quoi remettre singulièrement en perspective l’argument de l’augmentation des carburants sensés servir l’écologie.

On ne parvient à la position qui fut celle de M. Ghosn que par la violence, la rapine, la brutalité, la ruse, l’escroquerie, l’amoralité, l’ambition effrénée et malsaine.
Puisqu’on doit sa fortune à son talent, son mérite, son audace, la supériorité de son sang, les règles communes ne s’appliquent pas à nous. Au contraire, elles brisent notre élan.

Telles sont bien les valeurs qui font le cœur de l’existence morale et politique de ce haut monde où l’on dépense chaque jour, pour ses menus plaisirs, plusieurs fois la paie de l’ouvrier. Et l’on trouve ça normal. Souvenez-vous de la femme du chef dans Gomorra, qui se met dans une colère noire quand un concurrent du parrain, dont elle est l’épouse, prétend attenter aux intérêts de son mari, à écorner les profits que le ménage tire du racket, du trafic de drogue, d’êtres humains, etc. Rage de la donzelle qui considère les profits de ces activités comme son bien légitime !

Voilà bien le ressort du grand capital, expression et reflet des pires tendances asociales, régressives et puériles de l’espèce humaine, dont n’émerge la culture et la civilisation qu’en les éradiquant. Ce qui ne signifie nullement tomber dans l’autre extrême et bannir toute idée de gagner sa vie en tirant profit de son propre travail ou la juste mesure de son droit aux biens gratuits qu’offre à tous la planète en naissant. Propriété d’usage viager, droit fondamental, mais extorsion néfaste, asociale au-delà. Tout est question de mesure.

C’est probablement un combat vain d’espérer que ces pulsions asociales seront un jour éradiquées : c’est justement pour éviter de tomber sous le diktat des brutes que les sociétés humaines se sont dotées de traditions et de lois. D’où la condamnation des vices d’usure ou d’accaparement (on parle aujourd’hui de spéculation, de marchés à terme, etc), tant par l’Islam que la Chrétienté, et toutes les sociétés souches, les plus durables de toutes.

Les mafias de tout poil ont de longtemps compris que le lieu central du pouvoir était de nature politique. D’où la prolifération de l’amoralité criminelle dans les cercles centraux du pouvoir. Pourtant un jour le masque craque : sous l’habit rutilant, les décorations et les costumes onéreux qu’on se fait couper à Paris (pas à Crest) soudain apparaît en plein jour l’infecte réalité, la toxicité des motifs.

C’est ce qui vient d’arriver à M. Ghosn. Chute de masque qui probablement en annonce d’autres, plus graves et signifiantes, car elles toucheront cette fois au moteur même de la démocratie : le pouvoir politique.

P.-S.

Illustration : C. Ghosn chargeant une voiture électrique


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