Attention aux récupérations par l’extrême droite, qui est toujours en embuscade et soutenue par les capitalistes

Cours, gilet jaune, le vieux monde est derrière toi !

par Camille Z.
Mis à jour le jeudi 6 décembre 2018

Un militant grec bien connu pour ses engagements et ses films, Yannis Youlountas, lance quelques analyses et mises en garde :

Le mouvement des gilets jaunes est-il vraiment en train de changer de forme et de s’émanciper de l’extrême-droite qui a essayé de l’instrumentaliser depuis le début ? A quelles conditions peut-il s’étendre et rompre avec toute représentation politique ? Et si Macron finissait par tomber, qui serait le joker du capital et quel serait le meilleur moyen de le repousser ?

Depuis quelques jours, le mouvement hétérogène des gilets jaunes semble en train d’évoluer et de se « radicaliser » (pour nous amuser à reprendre le jargon effrayant des médias du pouvoir).

En effet, nous observons :
– une détermination croissante ;
– un rejet plutôt fort de toutes les tentatives de récupérations politiciennes, à de rares exceptions localement ;
– des revendications enfin sorties du carcan fiscal initial, encore en train de s’étendre, assez disparates d’un endroit à l’autre, et souvent jusqu’au rejet total du système politique et non plus seulement de Macron ;
– des modalités d’actions qui s’émancipent enfin des lieux sans intérêt que sont les ronds-points, excepté pour communiquer sommairement avec beaucoup de passants ;
– un refus de plus en plus massif de toute « représentation politique », quelle qu’elle soit, refus encore très vague dans ses conséquences, sans référence historique ou idéologique, mais laissant poindre un désir encore naissant et manifestement hésitant à franchir le rubicon de la démocratie directe.

Cependant, ce mouvement reste encore très confus, au point d’être contradictoire dans son mélange de revendications patronales et salariales. Pas de lutte des classes mais un ras-le-bol contre les plus riches, et pour cause : parmi les gilets jaunes se trouvent aussi des petits patrons, artisans et commerçants, en colère contre d’autres plus grands et plus puissants qu’eux. Le mot finance à toutes les sauces remplace un peu partout le mot capitalisme, trop clivant au regard de la sociologie du mouvement. Certes, tout l’aéropage politique semble être dans le collimateur, complètement rejeté (des élus ont été refoulés dans plusieurs villes et d’autres ont été acceptés à condition d’enlever leur écharpe tricolore, comme à Martigues par exemple). Mais les sympathisants du RN paraissent tout de même nombreux dans certaines régions, surtout au Nord et à l’Est de l’hexagone, sans forcément se dévoiler. Dès lors, une interrogation circule : d’anciens électeurs du RN peu politisés peuvent-ils vraiment évoluer positivement au contact d’autres révoltés, sur le terrain, comme certains observateurs le prétendent, ou bien cela risque-t-il d’être l’inverse, autrement dit un nouveau palier de franchi pour l’extrême-droite dans sa pénétration des luttes et sa récupération de celles-ci ?

Notre seule chance d’échapper à cette issue dramatique réside sans doute dans le refus, actuellement exprimé de plus en plus fort, de toute représentation politique. Autrement dit, refuser les règles du jeu, sortir du cadre imposé, désobéir, saboter, tout bloquer… Et, simultanément, multiplier les assemblées populaires (« populaires » au sens de Louise Michel et Fernand Pelloutier, bien sûr !), sans autres mandats qu’impératifs, succincts et révocables à tout moment ; libérer l’imaginaire social et la volonté de ne plus jamais retourner en arrière ; susciter le désir de chercher ensemble d’autres façons de vivre et de nous organiser ; mettre en commun nos savoirs et nos richesses ; réfléchir à nos actes et acter nos réflexions ; propager autour de nous l’excitation de changer d’ère et de créer un autre « commun », alors même que le pouvoir n’a de cesse d’effrayer et de pousser au repli sur soi pour mieux tomber dans son piège.

Dans toute révolution, il n’y a jamais que deux perspectives possibles : soit avancer à grand pas, aussi vite que possible vers l’utopie en coupant les ponts avec le passé révolu, soit se faire rattraper brutalement par les formes les plus réactionnaires du vieux monde et le regretter tout le reste de sa vie.

- Suite de l’article sur Blogyy


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