Ardèche gilets jaunes Le Pouzin 1er décembre, tensions et émeute

de 17h à 2h du matin, le rond point du Pouzin s’est révolté ! Témoignages et analyses

par Camille Pierrette.
Mis à jour le dimanche 2 décembre 2018

Je vais tenter un récit à peu près factuel sur ce qui s’est passé au Pouzin samedi 1er décembre. Etant gilet jaune, je ne prétendrai pas à l’objectivité totale.

J’étais à Valence samedi après-midi, participant aux manifs dans les supermarchés.
Alors que nous bloquions tranquillement la station service de Géant Casino à Valence Sud, d’autres gilets jaunes ont annoncé que ça « chauffait » au Pouzin, que les policiers voulaient faire évacuer le rond point, et que c’était bien d’aller les soutenir par solidarité.

Ni une ni deux, nombreux ont été les présent.e.s à prendre leur voiture.
Je me suis dit que que c’était aussi une bonne occasion de faire un « reportage », d’autant que je n’étais pas encore passé au Pouzin.

Je suis arrivé vers 18h30 sur place, quelques gendarmes étaient au bout du pont du Pouzin.
La tension montait autour du rond point, il devait y avoir environ 200 gilets jaunes à ce moment là, mais ça affluait.
6-7 gendarmes étaient sur le boulevard, entourés de part et d’autres par des gilets jaunes de tout âge énervés par leur attitude précédemment.

rond point Le Pouzin, Ardèche, samedi 1er décembre : tensions à 18h30

Deux témoignages recueillis sur Facebook :

#1. Je tiens a m’exprimer ,j’étais au pouzin je suis témoin des violences gratuites des gendarmes tout commence vers 17h quand environ 7 gendarmes ce mettent en ligne sous le pont du chemin de fer pendant que nous marchons tranquillement pendant que nous parlions tranquillement et soudain ils se mettent à chopper un jeune le faisant traîner par TERRE sur le cul deux policiers le tirant par les pieds et un autre le pousser au dos
( quoi que ce jeune a pu faire on ne traite personne comme des chiens ! Si même qu’il soit en tord et qu’ils voulaient l’embarqué, ils l’auraient fais normal dans le calme en nous expliquant qu’il la pas été correct la oui on serai resté normal)évidement nous nous approchons le reste des gendarmes nous empêché de passer quand par surprise un gendarme se met à gazer tout le monde je dis bien TOUT LE MONDE et BIZARREMENT dans la maison juste derrière ya pas d’autres gendarmes évidemment déjà préparé ’ casqué bouclier et tout’ qui viennent en courant comme si c’etais fais exprès comme si ils savaient que sa aller se passer ensuite on se défend on met le feu au milieu... puis les pompiers arrivent car des personnes blessées de notre côté des pompiers pour eteindre le feu (qu’ils ont pas éteint )
arrivent aussi puis le chef des pompiers s’énervent contre les gendarmes parcequ’ils tiré des grenade même en leurs présence alors le pompiers va à leur rencontre quand un gendarme leur fais ’un fuk,un doigt d’honneur’
Et une voiture qui passer juste , à reçu une grenade (par les gendarmes )en plein sur le par choc la voiture défoncé Oui parceque y’avais la circulation pendant se temps ..
Alors voilà on s’est défendu oui car sa aurait pu être votre enfant touché par une grenade, votre conjoint/te, vos parents, quoi que vous pensiez mais faut arrêté la sympathie avec les gendarmes ’gentil’ et les laisser parcequ’ ils étaient avec eux casqué et tout donc bon
Moi j’ai eu peur pour ’ mes proches’ qu’ils reçoivent une grenade..
C’était une soirée inattendu. Du soutiens des villes voisines qui sont arrivées après , ils veulent nous disperser, nous diviser mais ils y arriveront pas on est soudé jusqu’au bout !
Force a vous et courage ! (quiconque est libre de penser se qu’il veut)

#2. Pour la première fois de ma vie j ai vécu une scène de guerre... au pouzin en Ardèche. Une arrestation plus qu’ arbitraire, un mec trainé au sol par les gendarmes. Réaction légitime des gilets jaunes face à cette absence de démocratie et de respect de la personne. Ils ont gazé des femmes, des enfants, des anciens sans aucun état d âme. 3 semaines que tout se passe bien au pouzin, dans la bonne humeur, rassemblement bon enfant depuis le debut. Beaucoup étaient venus en famille. C est une honte ce qui c est passé. Je n apelle pas a la violence, je souhaite juste que chacun sache la vérité. C est ce qu’ on apelle « les forces de l ordre » qui ont mis le feu au poudre. La France qui se dit défenseur des droits de l homme, gaze et cogne sur son peuple a tout va, homme, femme, enfant, ancien... C est ça la démocratie façon macron... sachez messieurs gendarmes, policiers, crs, députés, ministres qu’ avec cette façon de faire, même les plus pacifistes vont finir par prendre les armes... a bon entendeur !

après 18h30, ça tourne à l’émeute

Plusieurs témoins sur place ont relaté la même chose que les deux témoins ci-dessus  : des gendarmes (brigade cynophile ?) ont voulut faire évacuer le rond point où tout se passait dans le calme et s’en sont pris à un jeune et l’ont violenté, à partir de là les gilets jaunes se sont énervés.

rond point Le Pouzin, Ardèche, samedi 1er décembre : barricade enflammée sous le pont de la voie ferrée

Ensuite, ce que j’ai vu au Pouzin

Quelques pierres étaient lancées par des gilets jaunes et soutiens sur les gendarmes présents sur le boulevard.
Face aux pierres et à la foule énervée (« cassez-vous », « vous n’êtes pas légitimes », « c’est vous qui avez foutu la merde »), ces gendarmes ont fini par reculer sur le rond point, pourchassés, et ils se sont réfugiés de l’autre côté de la voie ferrée, avant les gymnases.

rond point Le Pouzin, Ardèche, samedi 1er décembre : quelques gendarmes retranchés près du gymnase, près du pont

Remarque personnelle : il faut arrêter de toujours parler de « casseurs », de gens « qui veulent toujours en découdre avec les policiers ». Là on a vu des gilets jaunes de tout âge énervés par l’attitude des gendarmes alors que tout se passait bien. Ensuite, logique que la colère accumulée contre les contrôles de police dans les quartiers populaires, les humiliations, la colère accumulée contre les gouvernements (loi travaille, retraites, referendum contre la constitution bafouée, misères, travail pénible et mal payé) et contre Macron ressortent.
En fait, ces gendarmes ont pris pour les politiciens au Pouvoir et pour tous les flics qui se comportent mal.
Ne pouvant, pour l’instant, atteindre Macron et son gouvernement pour les virer, il n’est pas étonnant que des gilets jaunes gens s’en prennent aux flics, ces éternels chiens de garde du Pouvoir, qui servent ici de paravent et de tampon.
Les policiers sont le bras armé du Pouvoir, un Pouvoir illégitime et autoritaire qui gouverne par la force, le mépris et la violence organisée et légalisée.

rond point Le Pouzin, Ardèche, samedi 1er décembre : quelques gendarmes retranchés près du gymnase, près du pont

Ensuite, des gens ont continué à lancer divers objets sur les gendarmes retranchés, qui répliquaient parfois par des grenades lacrymogènes, des tirs de flash ball (plusieurs blessés côté manifestant.e.s), des grenades assourdissantes.
Au début, ils en ont envoyé aussi sur le rond point.
Des gens, gilets jaunes et soutiens mélangés, ont réactivé la barricade enflammée sous le pont voie ferrée, puis ont fait un autre feu près des gendarmes de l’autre côté du pont voie ferrée.
Remarque personnelle : que les gens énervés soient tous gilets jaunes « déclarés » ou pas on s’en moque, tout le monde était là pour défendre les amis, pour défendre les gilets jaunes et l’occupation du rond point, pour repousser les flics qui veulent réprimer et empêcher les campements et blocages.

Les gendarmes n’ont pas voulu partir, même quand, pendant un temps, toute la foule s’est mise en retrait, peut-être qu’ils avaient peur de bouger ?
En tout cas leur présence attisait la tension, et des gens continuaient de les harceler.
La colère était très vive et ne retombait pas. Les barricades étaient faites avec ce qui tombait sous la main : poubelles, panneaux, grillages, palettes...
Le maire du Pouzin est passé à un moment, avec aussi quelques conseillers municipaux, ils essayaient de sauver quelques poubelles des flammes.
Des gilets jaunes lui ont demandé s’il avait dénoncé l’absence de démocratie des institutions. Il disait faire tout ce qu’il pouvait pour les habitant.e.s. D’autres lui suggéraient de faire sécession avec l’Etat et de déclarer une commune libre vu que de toute façon les petites communes étaient méprisées et que tout l’argent allaient aux grosses métropoles.
Un autre suggérait que la mairie mette à disposition des salles pour que les révoltés s’organisent, et puissent composer des tracts et des banderoles.

rond point Le Pouzin, Ardèche, samedi 1er décembre : un feu et de nombreux débris au sol

Remarque personnelle : quand trop longtemps les pauvres et les petites classes moyennes sont méprisées et laminées, il n’est pas étonnant que la colère éclate, surtout quand le Pouvoir se moque des gens et envoient les CRS réprimer.
La plupart des pauvres n’en peuvent plus, ne savent pas comment s’exprimer, le système politique et économique a organisé et aggravé notre impuissance et notre précarité, et comme les médias ne sont pas vraiment avec les plus exclus, ceux-ci s’expriment par la colère, et la colère entraîne forcément de la casse, des émeutes. Logique quand un système est tyrannique et complètement verrouillé.

c’est pas des manifestations, c’est un soulèvement

Comme disait une gilet jaune dans les médias, à propos de la non déclaration des manifestations, « c’est pas des manifestations, c’est un soulèvement ».
La plupart des gilets jaunes ne veulent plus rien dialoguer ou négocier avec le gouvernement, ils veulent qu’il parte et qu’on se pose pour construire une vraie démocratie, une société au services de tous les gens, et pas au service des politiciens, des patrons, des financiers, des actionnaires.

Les gilets jaunes ne veulent pas d’un quelconque autre guignol au gouvernement

Les gilets jaunes ne veulent pas d’un quelconque autre guignol au gouvernement, ils veulent que ce soit le peuple qui gouverne pour lui, pour l’intérêt commun et pas l’intérêt privé des lobbies et milliardaires qui détruisent les humains et même la planète et le climat, la démocratie directe. Ca c’est à creuser, à quelle échelle de territoire ?, quelles structures ?, en gardant la France centralisée ou avec de nombreuses entités locales autonomes fédérées ?

rond point Le Pouzin, Ardèche, samedi 1er décembre : restes de poubelle en feu sur le boulevard près du rond point

Certaines personnes désapprouvaient le caillassage des flics, mais néanmoins la plupart sont restées par solidarité, et comprenaient la révolte, due aux provocations policières de 17h au Pouzin, aux autres violences policières en France et à la situation générale que l’on subit depuis trop longtemps.
Autour du rond point, on voyait des gilets jaunes de tout âge, femmes, enfants, retraité.e.s, et aussi quelques curieux venus du village.
Environ 200-300 personnes autour du rond point et dans les rues adjacentes.

Au bout d’un moment, les gendarmes retranchés près de la voie ferrée n’avaient plus guère de munitions, ils se sont parfois mis à lancer, parait-il, des pierres aux émeutiers.
Les émeutiers sont malgré tout resté « cléments », les gendarmes en petit nombre auraient pu se faire complètement lyncher.
Sinon, des fumigènes et des pétards volaient, même quelques feux d’artifices dans le ciel, c’était malgré tout aussi la fête.

Pendant longtemps, à deux reprises, un hélicoptère de gendarmerie a tourné autour de la place et du rond point, avec son phare puissant. Sans doute il filmait et repérait le terrain.

Un peu plus tard, plusieurs véhicules de polices sont venus rapidement du pont du Pouzin avec gyrophares, les flics ont arrosé la zone de lacrymos et sont repartis. En fait ils sont venus pour « exfiltrer » les gendarmes retranchés près du pont de la voie ferrée.

rond point Le Pouzin, Ardèche, samedi 1er décembre : opération rapide d’exfiltration des gendarmes qui étaient retranchés et isolés

Tout de suite après, la foule s’est rassemblée au bout du pont côté Pouzin pour construire une grosse barricade, qui a été ensuite été enflammée avec poubelles et restes de palettes.
Les gendarmes en armures se tenaient en un bloc massif au milieu du pont.
Au bout d’un moment, ils ont envoyé du lacrymo, et ont profité du reflux des manifestant.e.s pour s’avancer et prendre position devant la barricade.
Les gilets jaunes et autres manifestant.e.s solidaires se sont retranchés à nouveau tout autour du rond point.

rond point Le Pouzin, Ardèche, samedi 1er décembre : sur le pont, des policiers groupés font masse {JPEG}rond point Le Pouzin, Ardèche, samedi 1er décembre : sur le pont, des policiers groupés après la barricade {JPEG}rond point Le Pouzin, Ardèche, samedi 1er décembre : des policies ont pris position devant la barricade du pont {JPEG}

Parfois les gendarmes envoyaient des lacrymos sur le rond point, mais tout le monde restait sur place, les « pacifistes purs et durs » comme les adeptes de l’auto-défense populaire.
En plus de celle sous le pont de la voie ferrée, une autre barricade enflammée a vu le jour côté ouest du rond point, pour bloquer une éventuelle charge de CRS sur les flancs selon les gens présents.

Précisons que pendant tout le temps de l’émeute et des tensions, les voitures ont pu circuler (souvent elles klaxonnaient par solidarité), les pompiers et des ambulances sont passés plusieurs fois sans problèmes, aidés par les gilets jaunes et autres soutiens.
Des pierres et des débris jonchaient les routes autour du rond point, des gilets jaunes les ont un peu déblayées pour faciliter la circulation.

Après c’était plus calme, les gendarmes ne bougeaient pas de l’entrée du pont, les gilets jaunes ne bougeaient pas du rond point.

Des présents déclaraient ne rien vouloir lâcher, n’avoir plus rien à perdre. « Déjà on se fait exploiter par des patrons, et en plus l’Etat nous taxe et nous méprise, basta ! » « S’il faut faire une insurrection générale on la fera ».

Ensuite, j’étais fatigué d’une grosse journée et je n’avais pas mangé grand chose ce soir là, je suis alors reparti peu avant minuit par des voies détournées même si j’avais en même temps envie de rester présent jusqu’au bout par solidarité.
Il faut pouvoir aussi s’économiser, pour continuer et durer.

Au Pouzin, ce fut un peu une réplique de ce qui s’est passé ce jour là à Paris, en miniature, avec environ 9 heures d’émeutes et de de tensions (d’après des médias locaux, ça se serait calmé vers 2 heures du matin).
Je ne sais pas ce qui s’est passé après minuit, j’espère qu’il n’y pas eu de charges de CRS ni d’autres blessés de part et d’autres.

Restons solidaires, devenons encore plus organisés, affinons nos stratégies et objectifs.

Où est la vraie violence ?

Quelques citations à méditer pour finir :

« La vraie violence, c’est 9 millions de pauvres, 200 000 SDF, c’est 80 milliards d’évasion fiscale, c’est Amazon, Starbucks, Google qui ne paient pas d’impôts, c’est les patrons du CAC 40 qui gagnent 5 millions par an en augmentation de 14 % quand le gouvernement ne donne pas de coup de pouce au SMIC ... C’est ça la violence, pas quelques bagnoles qui crament dans des quartiers à 12 000€ le m² ! »

J’ajouterais aussi : la violence c’est la destruction systématique et accélérée du climat et du monde vivant, des terres, des rivières, des forêts, des sols, des animaux, par des systèmes industriels avides de profits, de Croissance, de dividendes, de luxe, de croisières, de voitures de luxe, d’avions, d’aéroports, d’autoroutes, de surconsommation généralisée de tout.
Ces violences là et celles envers les pauvres et les travailleurs-euses sont structurelles et organisées par les Etats, les lobbies, les gros patrons et les multinationales. Elles sont dues au système économique capitaliste et aux politiciens qui en sont quasiment tous complices actifs.
Toute ces violences sont intolérables, et on devrait être toustes dans la rue pour y mettre fin une bonne fois pour toute.

Autre citation à méditer :

Il y a trois sortes de violence :

  • La première, mère de toutes les autres, est la violence institutionnelle, celle qui légalise et perpétue les dominations, les oppressions et les exploitations, celle qui écrase et lamine des millions d’hommes dans ses rouages silencieux et bien huilés.
  • La seconde est la violence révolutionnaire, qui naît de la volonté d’abolir la première.
  • La troisième est la violence répressive, qui a pour objet d’étouffer la seconde en se faisant l’auxiliaire et la complice de la première violence, celle qui engendre toutes les autres.

Il n’y a pas de pire hypocrisie de n’appeler violence que la seconde, en feignant d’oublier la première, qui la fait naître, et la troisième qui la tue.

Dom Helder Camara, évêque brésilien

Et toujours :
- Petits conseils amicaux aux gilets jaunes et autres révolté.e.s inexpérimenté.e.s - Afin de tenir dans la durée, de virer Macron et de mener ensemble une insurrection libératrice, solidaire et anti-autoritaire


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