10 000 étudiant.e.s refusent de rejoindre les entreprises polluantes…


Mis à jour le mardi 16 octobre 2018

Issus des grandes écoles, ils ne croient plus au système économique et s’engagent en signant le Manifeste pour un réveil écologique.

À quoi bon décrocher un job en or si celui-ci contribue à l’anéantissement du monde, et, par conséquent, à son propre anéantissement ? Voici, en somme la question cruciale à laquelle ont répondu les 10 000 étudiants de grandes écoles signataires du Manifeste pour un réveil écologique. Un geste fort qui les engage officiellement à ne jamais travailler pour une entreprise polluante. Gros plan sur une initiative exemplaire qui invite à l’optimisme.

Face aux désastres climatiques et environnementaux, les choses bougent et les mentalités changent. Rares sont les citoyens qui acceptent désormais de se rendre complices de l’effondrement à venir. En témoigne ce Manifeste pour un réveil écologique qui, lancé il y a trois semaines seulement, rencontre déjà un succès fulgurant auprès des étudiants des grandes écoles (HEC, Ulm, Polytechnique…)

Extraits :

« Nous, étudiants en 2018, faisons le constat suivant : malgré les multiples appels de la communauté scientifique, malgré les changements irréversibles d’ores-et-déjà observés à travers le monde, nos sociétés continuent leur trajectoire vers une catastrophe environnementale et humaine. Nous, signataires de ce manifeste, sommes pourtant convaincus que ce sombre tableau n’est pas une fatalité. »

« Deux options s’offrent aujourd’hui à nous : poursuivre la trajectoire destructrice de nos sociétés, se contenter de l’engagement d’une minorité de personnes et en attendre les conséquences ; ou bien prendre notre avenir en main en décidant collectivement d’anticiper et d’inclure dans notre quotidien et nos métiers une ambition sociale et environnementale, afin de changer de cap et ne pas finir dans l’impasse. »

« Face à l’ampleur du défi, nous avons conscience que les engagements individuels, bien que louables, ne suffiront pas. En effet, à quoi cela rime-t-il de se déplacer à vélo, quand on travaille par ailleurs pour une entreprise dont l’activité contribue à l’accélération du changement climatique ou de l’épuisement des ressources ? »

« Au fur et à mesure que nous nous approchons de notre premier emploi, nous nous apercevons que le système dont nous faisons partie nous oriente vers des postes souvent incompatibles avec le fruit de nos réflexions et nous enferme dans des contradictions quotidiennes. »

« Nous souhaitons profiter de la marge d’action dont nous bénéficions en tant qu’étudiants en nous tournant vers les employeurs que nous estimerons en accord avec nos revendications exprimées dans ce manifeste. Nous affirmons qu’il est possible de bien vivre sans sombrer ni dans l’ultra-consommation ni dans le dénuement total. »

« En tant que citoyens, en tant que consommateurs, en tant que travailleurs, nous affirmons donc dans ce manifeste notre détermination à changer un système économique en lequel nous ne croyons plus. Nous sommes conscients que cela impliquera un changement de nos modes de vie, car cela est nécessaire : il est grand temps de prendre les mesures qui s’imposent et de cesser de vivre au-dessus de nos moyens, à crédit de la planète, des autres peuples et des générations futures. »

Pour un étudiant, signer ce manifeste, c’est éviter de contribuer au pire mais c’est aussi forcer les entreprises à modifier leur comportement. Elles veulent continuer à recruter parmi les plus diplômés du pays ? Alors qu’elles changent de modèle environnemental, social et économique !

Axel Leclercq

Voir en ligne : Article paru sur Médias citoyens du Diois

P.-S.

Voilà qui réconforte les seniors qui ont montré la voie avec courage, abandonnant les ors de positions rémunératrices pour mourir un jour sans honte.

Un bémol quant à ce texte. Pourquoi se tourner « vers les employeurs que nous estimerons en accord avec nos revendications » ? Le travail salarié, parce qu’il est explicitement et juridiquement une dépendance, parce qu’il suppose une forme de domination, d’extinction de la citoyenneté, de la démocratie, du libre arbitre durant l’assignation salariale – crûment dit le salarié ferme sa gueule ou dégage- le salariat donc constitue une partie du problème, peut être même son môle centrale.

Aussi les formes nouvelles de travail, fort vivantes dans la région, que ce soit le travail indépendant ou coopératif – pourvu que la coopérative ne soit pas seulement formelle (Lactalis est une coopérative) – doivent devenir centrales. Le travail salarié doit être découragé, en imposant par exemple qu’au delà d’une certaine taille, le travail se transforme en capital, selon une idée qui est à la fois celle de Marx et de De Gaulle (la participation), de sorte qu’il n’existe plus d’énormes sociétés où le propriétaire actionnaire impose sa vision du monde, ses exigences à des milliers de salariés.

Une autre piste serait une taxation différentielle de la société par action, où la propriété du capital est découplée du travail productif, celle-ci surtaxée, tandis que les formes coopératives ou indépendantes du travail seraient elles favorisées par une imposition allégée.

Il est toutefois douteux que cela puisse se produire en dehors de la construction d’un rapport de force politique puissant, ni même que les acteurs à l’origine de la spoliation sociale – dont l’existence se tient toujours à la limite de la logique mafieuse – , se dispensent d’utiliser la violence, au fondement de leur domination asociale, domination nuisible à la planète, nuisible à la communauté, nuisible à l’humain.

Ces minorités extrêmement néfastes imposeront une légitime défense à la vaste communauté des gens de biens, et tout également – prévenir valant mieux que guérir – la légitime offensive. On peut toutefois espérer que le bon sens et la démocratie l’emporteront.

Par ailleurs ULM, Centrale, Polytechnique, les Ponts, les Mines, Sciences Po, l’INSEAD, etc, sont-ils les lieux où apprendre à construire le monde de demain ? On y est plus déformé que formé. On y apprend des choses inessentielles, tandis que la substance de ce qui fait l’homme complet – la philosophie ou les sciences humaines au premier chef – sont réduites à la portion congrue, qui va chaque jour diminuant.

Or ce sont bien là les racines de la pensée subtile, nécessaires à la compréhension complexe, respectueuse et humble d’un univers qui nous domine, devant laquelle notre intelligence sera toujours insuffisante. L’obscurantisme high-tech et tout prométhéen, qui nous sert de science, le nie.

Rare est l’intelligence dans les grandes écoles. Car il en faut peu, et d’une espèce fort grossière, pour écrire des algorithmes, envoyer une fusée dans l’espace, concevoir des mémoires de haute capacité ou l’architecture d’une supercomputeur, lancer un plan marketing. Dès lors, pourquoi perdre son temps à se charger l’esprit de sophismes toxiques ?

Le nouveau monde qu’en filigrane dessinent, tout perclus de contradiction, ces jeunes gens sincères mais naïfs, demandent des sciences nouvelles, inclusives, subtiles et complexes, – non pas seulement les mécaniques grossières que l’on enseigne à l’X ou ailleurs, dont le véritable nerf, le seul, est celui de la domination, de la brutalité, de la plus grossière animalité travesties en talent.

Un petit pas dans le bon sens...beaucoup à inventer encore... car c’est la civilisation même qu’il faut renouveler.

Etienne Maillet


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